‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 72 sur 181 · I. Matthieu, liv. III, p · texte numérisé non relu

I. Matthieu, liv. III, p

indépendantes; il voyait les grands de sa cour s'efforcer de détourner pour des usages particuliers les contributions publiques, et quelques-uns d'entre eux révéler aux souverains étrangers ses secrets d'État; c'en était assez pour qu'il ne voulût point pousser a noblesse dans le gouvernement. A ce sujet, il avait écrit à Sully : « J'ay sceu que plusieurs personnes entrent tous les jours en mon conseil des finances, qui n'y dévoient estre receues ny souffertes pour la dignité et réputation d'iceluy, ny pour le bien de mon service. Je sçay mauvais gré à ceux qui sont cause ou permettent ce désordre; car je n'ay point d'affaires qui méritent d'être traitées plus secrètement et sérieusement que celles-là, lesquelles doivent donner la loyaux autres, comme vous sçavés très-bien *. )*

1. Lettres missives, t. VII, p. 204.— 28 avril 1607. — Sully avait de meilleures espérances. 11 répondait à Henri lY : a Je ne nieray point que je n'aye souvent exorté les princes, ducs, pairs, officiers de la couronne et autres seigneurs d'illustre extraction et que j'aye reconnus avoir bon esprit, de quitter les cajoleries, fainéantises et baguenauderies de court, de s'appliquer aux choses vertueuses, et, par des occupations sérieuses et intelligence des affaires, se rendre dignes de leur naissance et capables d*estre par vous honorablement employés; et que, pour faciliter ce dessein, je n'aye convié ceux de ces qualités qui ont des brevets de se rendre plus assidus aux conseils que nous tenons pour l'Estat et les finances, les asseurant qu'ils y seroient le mieux venus, moyennant qu'ils en usassent avec discrétion et ne s'y trouvassent plus de quatre ou cinq à la fois... chose qui m'a semblé bien plus selon la dignité de Vostre

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Cependant aa noblesse lui était chère. Aimant à se proclamer le premier gentilhomme de son royaume, il ne cédait à aucun autre, pas même aux princes, le droit de la « gourmander ' ; » il se rappelait avec orgueil ses traditions fières : « Ce royaulme est composé de noblesse qui faict profession d'honneur et de mespriser son sang pour en acquérir '. n Que youlait-il donc pour elle? Non pas une puissance politique contre laquelle ses propres souvenirs le mettaient en garde, mais la gloire militaire et l'influence sociale. Premier ordre de l'Ëtat en dehors du clergé, la noblesse représentait le premier attribut de la royauté,

Majesté et de son Estât, que de voit en ce lieu-U un tas d maistres de Tequestes et autres bonnets cofnus, qui font iiii cofitw de vùitre Conseil et voudraient volontiers réduire toutes t flaires ^Eslat et de finances en chiquanerie. » Notons ce der nier trait, qui attestait du moins l'iadépeadance du Cousei!. Htnii IV ne se rendit pas tout de suite & ces représenlalions : u J'ay receu vostre lettre, éorit'il h, Sully, faisant responce & cellti que je vous ayois escrite touctiaat mon Coaseil, laquelle * j'ay leue par deui fois, ot trouve que voua aviez pris une opinion que vous ne deviez pas : néantmoins, y ayant des choses en îceile qui méritent d'y penser, ]e le foray et tous en diray mon advis quand je vous verray... » tEc. royales, t VII. — Quel fut cet avis? C'est ce que n'indiquent pas les (Economies. En tous cas, les grands seigneurs continuaient do paraître au Conseil. (Voyez Œc. royales, U Vil, p. 249, et t. VIII, p. ) , elc.) Il est piohahle o^e Henri IV, fidi'le à sa coutume de ne rien précipiter, les laissa venir, sans les appeler de lui-même.

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