‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 81 sur 181 · LA FRANCK^ L'ÉGLISE ET LES ÉTATS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LA FRANCK^ L'ÉGLISE ET LES ÉTATS PROTESTANTS

Shoatioii extérieure de la France au sortir de la Ligue. ~~ L'Europe partagée en deul camps extrêmes, la Réforme et la maison d'Autriche. — Entre ces deux camps la France, à la fols catholique et ennemie de la maison d'Autriche. — Henri IV s'allie aux protestants, miis dirige contre l'Espagne seule la lutte qu'ils eussent déV)urnée contre la Papauté. -^ Au dehors comme au dedans, il substitne les guerres d*Ëtat aux guerres religieuses. — Henri lY et la Papauté. — Nécessité oh se troutèrent les Papes, pendant l'efFacement momentané de la France, de s'unir avec l'Espagne contre la Ré* forme. — Une fois catholique, Henri IV rattache le Saint-Siège à la France*—- Influence mutuelle que le Saint-Siège et ce prince exercent l'un sur l'autre, celui-ci pour faire prévaloir les conseils de modéra* tioo, celui-là pour rappeler à Henri IV l'uniun des nations chrétiennes elles grandes fins de sou règne. — Efforts des Papes pour ménager one entente entre la France et TEspagne.

La ftanéèj dans ses luttes comme dans ses triomphes, dans ses bouleversements comme dans son re^ pOSy dans ses défaillances comme dans ses élans, daui^

le cours entier de son histoire, a toujours représenté l'histoire même de l'Europe. Tantôt elle a senti se former au dedans d'elle les orages qui devaient ébranler les nations, tantôt elle les a vus, après de longues et lointaines menaces, éclater et se perdre dans ses propres troubles; toujours elle en a résumé les phases et déterminé l'issue. Nées de son sol ou portées sur ses bords par d'autres influences, c'est toujours elle, c'est toujours la France qui a décidé les questions d'où dépendait le sort du monde.

Il n'en fut pas autrement au temps de Henri IV. Tout ce que nous avons reconnu en France de divisions, de calamités, d'inquiétudes, ne faisait que reproduire les inquiétudes, les calamités, les divisions de l'Europe. En Europe comme en France, la vérité religieuse en lutte avec le droit politique. En France, un parti s'armant des croyances nationales pour changer Tordre légitime de la succession royale ; en Europe, une puissance conspirant, au nom de l'unité de foi, pour la monarchie universelle. En France, les protestants tout à la fois rebelles k la loi religieuse et accidentellement défenseurs du droit politique; en Europe, les peuples, qui s'étaient séparés de Rome, tout à la fois persécuteurs des antiques croyances, et, de quelque ambition qu'ils fussent d'ailleurs insph^és, soutiens obUgés de l'indépendance mutuelle des États. El de même qu'au dedans la royauté s'était efifacée

LA FH4NCE, L'EGLISE ET LES KTATS PHOTESTAJJTS. li^B

derrière les luttes de ces factions où brillaient des léroB, de même, au dehord, la France, épuisée de discordes, ne tenait plus son rang dans ce coiiilit

s nations.

Cependant, cette nation décliii-ée, cette royault affaiblie ou dispulée semblaient seules capables de rendre la paix au monde. Les partis s'étaient retournés vers le prince dont ils avaient méconnu le droit, pour chercher auprès de lui le terme de leurs épreuves, et c'était sur ce royaume dévasté que se réunissaient les peuples pour y tenter leiu" dernier -eombat; c'était son sort qu'ils s'efforçaient de fixer, cbacua dans le sons de ses entreprises, comme si aux destinées de la France ils avaient cru en effet attachées les destinées de l'Europe.

La chrétienté se trouvait, depuis up siècle, divisée en deux grands partis. La Réforme dorninait parmi les États du Nord, eu Angleiorre, en Suède, on Danemark, dans la plus graude partie de la haute Allemagne, à Genève et dans quelijues cantons de h Suisse; elle ralliait les Provinces- Unies révoltées; elle ti'availlait à s'établir en France, et, par la France, dans le reste de l'Europe. L'Europe méridionale, l'itilie, l'Espagne, l'Autriche, la basse Allemagne, gardaient l'unité de foi; les Pays-Bas espagnols et la plupart des cantons germaniques de la Suisse étaient fidèles au catholicisme.

jycBtésegalemt

170 LA PACIFICATION REUGlEtJSE.

Mais, entre ces deux grands partis ainsi déterminés, quelle différence de situation I Alliés sans être coufondus, les États protestants formaient chacun une nation distincte : les États catholiques, au contraire, semblaient tous dépendre d'une seule puissance. Unis par leur opposition à l'Église romaine, les États protestants avaient d'ailleurs trop d'intérêts divers pour inquiéter l'Europe ; la rivalité des uns eût suffi à combattre l'ambition des autres. Mais les États catholiques n'obéissaient qu'à la maison d'Autriche, C'était l'intérêt de cette maison qu'on voyait partout confdBidu avec l'intérêt de la foi cathoUque. Sous prétexte de les soumettre au Saint-Siège, elle menaçait tous les trônes; Jîolir demeurer sous les lois de l'Église il avait semblé que le monde devait subir les lois de l'Espagne.

Tel était le double péril qui, à Tavénement de Henri IV, pesait sur l'Europe : ou protestante ou espagnole! Supposez, en effet, que l'une ou l'autre des deux politiques que la Ligue avait vues aux prises 3Ùt absolument prévalu en France; supposez le trône i'ivré ou à un prince espagnol ou à un prince calviniste : la lutte, et une lutte suprême, s'engageait désormais entre le catholicisme ainsi associé à 1 esprit de conquête, et le protestantisme. Et de deux choses l'une, ou le protestantisme était vainqueur, et c'en était fait en Europe du Drincijpe de l'unité chrétienne,

LA FRANCE, L'ÉGLISE ET Lfô ÉTATS PROTESTANTS. 171

OU la monarchie universelle triomphait, et Tindépendance du monde n'existait plus.

Henri FV, par son abjuration et sa politique, bouleversa tout le plan de la lutte. De religieuse qu'elle était, il la rendit nationale. Il ne reconnaissait plus au dedans de son royaume que des guerres civiles ; il réduisit les guerres du dehors à n'être plus que des guerres d*État. Comme il avait relevé sur le respect des droits de ses sujets le pouvoir de la royauté, il chercha dans raffranchissement des nations européennes la grandeur de la France. Comme il avait ruiné les prétentions de la Ligue tout en reconnaissant le droit au nom duquel elle s'était formée, il com- ^iattit l'ambition dévorante de la maison d'Autriche toiK en soutenant les croyances qu'elle prétendait couvrir. Allié des protestants et roi catholique, il dirigea contre cette puissance toute seule des armes que la Réforme eut détournées contre la Papauté, et, mêlant dans un commun effort la liberté de l'Europe et l'apaisement des divisions reUgieuses, il ouvrit aux libres conquêtes de la foi catholique des portes qui S(? fussent fermées devant les exigences de l'Espagne, Véritable politique, bien digne d'assurer l'ascendant du prince qui la poursuivait! politique laïque, comme on Ta dit, mais qui ne cessait pas pour cela d'cMre religieuse! politique française, mais qui par là même demeurait catholique i

tu U PACIFIC.KTION RELIGIEUSE,

Nous observerons, dans Texposé de l'œuvre eitérieure de Henri IV, l'ordre que nous nous sommes fixé dans Tétude de son gouvernement intérieur. Avant de montrer ce qu'il fit pour restituer à la France son influence, nous essayerons de faire voir quelle mission il lui assigna au milieu des divisions religieuses de TKurope*

iVesl dans ses négociations avec le Saint-Siège qu'il foui chercher d'abord sur ce point la pensée de Ut un IV.

Le Saint-Siège n^avait pas attendu, pour se fatiguai

do la prépondérance de la maison d'Autriche, que

Uonri IV fût devenu roi. Dès longtemps il avait vi

avec inquiétude les Espagnols envahir successivemen

les jHvsilions importantes de la Péninsule, et il n'avai

poiwt n\anipié au devoir de défendre contre eux Tin

dôpendanoe de l'Italie et les libertés de l'Église. Qu

ueoommU les épreuves de Clément VII, assiégé jusqm

dans Uome par les soldats de Charles-Quint; les ten

tativos do Paul III se prêtant à des négociations ave

lo (irand Seigneur et secondant entre la France (

rAugloleriH) uu rapprochement qui pût arrêter l'Err

pereur? Qui ne se rappelle Paul IV développant c(

premiers essais dans une coalition ouverte, et, quoiqi

déchu de ses espérances, quoique réduit à signer

paix avec l'Espagne, témoignant, en présence mên

duc d'Albe son vainqueur, de ses magnanim-

Page 1