‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 82 sur 181 · I.A FRANCE, L'ÉGLISE ET LES ÉTATS ^l^ff^f;ST,\^TS · texte numérisé non relu

I.A FRANCE, L'ÉGLISE ET LES ÉTATS ^l^ff^f;ST,\^TS

lessPDtimeDls contre les oppresseurs de sa pairie '? Mais ces l'ésistaiices avaient fléchi à mesure que s'était amoncelés les orages de la Ligue. La Papauté ne pouvait lutter contre la maison d'Autriche qu'en s'appuyant sur la France. Du jour où la France, incertaine de sa foi comme de son roi, Tint à défaillir, il ne se rencoulra plus pour le Saint-Siège isolé, en face des ennemis communs du catholicisme et de l'Espagne, d'autre soutien que l'Espagne elle-même. Il n'en garda pas moins, dans cette esLtrémité, ses traditions et ses défiances, Dès 1589, Villeroy montrait la cour de Home effrayée de « la grandeur et puissance espagnole *^ « et c'était au nom du Pape qu'il pressait le duc de Mayenne de repousser les propositions de Philippe II, Six ans pins tard, du Perron se trouvant à Rome pour négocier l'absolution du roi, démêlait sous l'attitude encore réservée du Souverain Pontife les mêmes dispositions. «Il faut. Sire, écrivait-il à Henri IV, que Votre Majesté s'acquitte des obligations spirituelles qu'elle luy a (au Pape), et entretienne l'affectioQ et la bienveillance paternelle que Sa Sahiteté porte à vostre estât et à vostro personue, vous suppliant très-humblement de croire, au point où sont les affaires, que s'il vous plaist de cultiver le crédit

J . Ranke, Hisloire de la Papauté, passim.

a. Mémoires de Villeroy, édit. MichauJ el l'oojoiilal, I. XI,

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que Vostre dite Majesté a acquis ici, elk prendra

une pleine et entière possession de cette oourt, laquelle ayant déjà, en ce qui s'est passé, à bon escient offensé l'esprit de» Espagnols, semble être portée par le cours des affaires, si on lui ouvre tant soit pei les bras, à se jeter en la protection de Votre Ifajesté^.•

Henri IV s'empressa de répondre à cet appel. L'iur térêt de sa politique autant que soq inclination personnelle devaient le rapprocher du Saint-Siège. Chaque progrès de son influence auprès du Pape marquait up échec à L'ascendant de l'Espagne. Sans doute cette iu^fluence, que chargeaient d'avance tant d'accusations, cette influence, qui entraînait après elle des mesures si différentes de celles que d'autres conseils avaient fait prévaloir, put rencontrer des hésitations : on ne la vit pas moins demeurer et grandir. Il n'y a point à le méconnattre, et c'est là, selon nous, le trait principal de cette époque : comme la Papauté n'eut pas d'allié plus sincère que Henri IV, Henri IV, à son tour, n'eut pas d'nMié plus constant que le Saint-Siège. Ce prince, contre qui avaient été soulevées tant de défiances, ce prince, le nouveau converti, l'auteur de l'édit de Nantes, le promoteur zélé de la tolérance en même temps

i . Ambass. et Négot. du cardinal du Perron, édit, 1623, p. 15. 0 novembTe ^595,

LA FRAKCE, 1,'ÉGLISE ET LES ÉTATS PHOTESTANTS. 175 que le fils (iéTOué de l'Iîglise, c'est lui qui en déQnitÏTe inspire et seconde les démarches de la Papmité; c'est entre ses mains qu'elle remet, aux grandes coûjonclures, sa cause menacée; c'est à lui qu'elle confie le soin des catholiques étrangers; c'est son appui, c'est sa bienfaisante sollicitude que ces mêmes catholiques, désabusés de leurs longues préventions, invoquent et proclament.

Cette alliance du pape et du roi, dont les phases diverses se reflÈtent si vivement dans la correspondance de Henri IV, est également utile aux deux souverains. Ils ont, chacun dans sa sphère, des inlcréls particuliers à ménager. Séparés, ils pourraient se laisser entraîner, par des considérations exclusives, à de regrettables extrémités. Unis, ils se balancent et se tempèrent par une loyale et mutuelle influence. C'est bien là, si l'on peut dire, l'accord du Sacerdoce et de l'Empire, de la puissance ecclésiastique et de la puissance laïque, travaillant, au nom de principes distincts, mais avec une égale ardeur, à l'union de la chrétienté et à la paix du monde.

Le Pape (que ce soit Clément YllI ou Pan! V), tout entier au désir de défendre l'Église, s'eiforce de conjurer le péril dont la menacent à la fois , de deux points opposés, la Réforme et le Croissant, Itveut ramener à une même croyance toutes les nations de l'Europe, et les pousser en armes contïe kftTwtcs,

Dans cet espoir , il tente de détourner Henri IV des alliances protestantes et de le réconcilier avec l'Espagne. De semblables desseins préoccupent Henri IV : l'unité religieuse et l'expulsion des Turcs apparaissent comme les perspectives dernières de sa politique. Mais le roi Très-Chrétien est aussi le roi de France. Ces grandes œuvres ne sauraient s'accomplir que dirigées par la France, et la France ne peut les entreprendre qu'après avoir réparé ses maux au dedans , reconquis au dehors son influence et assuré par la ruine des projets de conquête le repos de l'Europe. « Tant que la chrestienté sera troublée en soy, difficilement pourra -t- elle porter ses armes contre l'ennemy commun d'icelle pour abattre son orgueil; partant c'est le poinct auquel il nous semble qu'il faut principalement travailler pour parvenir au but auquel Vostre Saincteté aspire *. y> Apaiser les différends des États européens, c'est là le soin, dit-il encore, auquel « il faut pourveoir par préférence à tout aultre pour bien entreprendre la dicte guerre contre les Turcs. » Et, laissant entrevoir les avantages que peut offrira l'Église elle-même l'alliance de la France catholique avec les pays protestants, il ajoute : « Si l'on estime que l'entremise de Sa Majesté y puisse servir, elle s'offre d'y employer toute la créance qui luy reste,

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