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autrement que tout le monde, ce qui est pour certains esprits le premier besoin.
Henri IV ne pouvait échapper, en effet, à ce qui arrivera toujours aux grands réformateurs : il fut critiqué à outrance, ses plus grandes vertus furent contestées, ses moindres faiblesses grossies sans mesure. Jusqu'à lui Taristocratie cléricale et nobiliaire était tout, tout lui était rapporté, tout se calculait dans rintérôt exclusif de son élévation, de sa fortune. A elle toute distinction, toute faveur; à elle la dilapidation du trésor public, à elle toutes les tyrannies, toutes les violences ; c'était reçu. Le peuple ne comptait à peu près pour rien. Avec Henri IV tout change : C'est la démocratie, c'est le peuple dont les intérêts furent consultés. On peut juger comme durent sonner aux oreilles des grands seigneurs, ces maximes pour eux si nouvelles : Qui s'en prend à mon peuple s'en prend à moi ; ayons soin du peuple, c'est lui qui nous fait vivre tous ; j'aime mon peuple comme mes enfants ; je veux que chaque famille du peuple puisse mettre la poule au pot le dimanche ! Comme tout cela dut leur paraître vulgaire, quels cris ils durent pousser, de quels sarcasmes ils durent user I Et chez toutes ces grandes dames vivant d'intrigues et de galanteries, dames d'honneur, filles d'honneur, ornement des fêtes et des bals de la cour, habituées à y briller dans des toilettes souvent obtenues aux dépens du trésor public, quel débordement de colère dut couler, quelles méchancetés tout cela dut inventer, quelle guerre à coups d'épingles cela dut livrer I Aussi que d'amères critiques, que d'âpres sarcasmes tombèrent chaque jour
sur ce pauvre roi ! Henri IV ne Tignorait pas, car il voulait être informé de tout et il avait Thabitude à son lever et à son coucher de questionner ses amis sur « ce que disaient de lui par la cour et par la ville les langues médisantes, les envieuses de ses prospérités et celles de ces hauts hupés qui ne sont jamais contents de lui, quelque bien et honneur qu'il leur fasse, dont le redoublement leur accroît plutôt Tavidité qu'il ne les rassasie (Sully) » , de même il aimait à se mêler ^ au peuple, à causer avec lui, à écouter ses réflexions et ses plaintes et souvent, dans ces entretiens familiers, il en entendit de belles sur ses ministres, sur ses maîtresses et sur lui-même.
Sur tout cela, Henri IV écrivit, en 1607, à Sully, une lettre bien remarquable. 11 se plaint que le doux repos que ses travaux, ses périls et l'universelle bienveillance de ses peuples, ont acquis à lui et à la France, je conserve ses expressions, soit traversé par les calomnies, par les ruses et par les coups de langue de plusieurs « des plus grands et des plus autorisés, auxquels il a fait le plus de bien et départi le plus d'honneurs, qui sont assez méchants pour dire et faire publier dans les provinces que cette grande tranquillité produite par la paix universelle lui fait négliger, mépriser même les plus grands et les plus qualifiés personnages de son royaume, lui ôte tout le soin des grandes affaires de l'État et des entreprises glorieuses ethonorables, s'étant entièrement laissé dominerparles délices, plaisirs et passe-temps, récréations et divertissements inutiles, auxquels il emploie et consomme tant d'argent pendant qu'il en est si chiche dans les
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gratifications qu'ils publient mériter. » Et pour justifier tout cela, continue le roi, les uns l'accusent d'aimer trop les b&timents, les autres la cbasse, les chiens et les oiseaux, d'autres les cartes, les dés et autres jeux, [d'autres les dames, les délices, les festins, banquets et friandises, d'antres enfin les assemblées, les comédies, bals, danses et courses de bague. « En tous lesquels discours, dit-il ingénument, je ne nierai pas qu'il n'y puisse avoir quelque chose de vrai », mais il ajoute que « ne passant pas mesure, on lui devrait excuser tels divertissements, qui n'apportent nul dommage et incommodité à ses peuples, par forme de compensation de tant d'amertumes qu^il a goûtées, et de tant d'ennuis, déplaisirs et fatigues, périls et dangers par lesquels il a passé depuis son enfance, jusqu'à cinquante ans. » L'Écriture n'ordonne pas absolument, ajoute-t-il, de n'avoir point de péchés ni défauts, car telles infirmités sont attachées à la nature humaine, mais bien de n'en être pas dominé, ni de les laisser régner sur nos volontés ; ce à quoi il s'est toujours étudié, ne pouvant faire mieux dont il prend Sully à témoin. Et il termine ainsi sa lettre : « ce que vous me verrez encore faire, et je vous en donne ma foi et ma parole, lorsque les occasions et les opportunités me seront présentées pour entamer, poursuivre et mettre à exécution quelqu'un des honorables et glorieux desseins que vous savez que j'ai de longtemps en l'esprit et sur lesquels vous m'avez écrit tant de lettres et avons tant discouru ensemble, car lors ferai -je voir que je quitterai plutôt maîtresses et amours, chiens, oiseaux, jeux brelands, bâtiments,
festins, banquets et autres dépenses de plaisirs et passe-temps que de perdre la moindre occasion et opportunité, pour acquérir honneur et gloire dont les principales, après mon devoir envers Dieu, ma femme et mes enfants, mes fidèles serviteurs et mes peuples sont de me faire tenir pour prince loyal, de foi et parole, et de faire des actions sur la fin de mes jours qui les perpétuent et couronnent de gloire et d'honneur, comme j'espère que feront les heureux succès des desseins que vous savez, auxquels vous ne devez douter que je ne pense plus souvent qu'à tous mes divertissements. Et afin que vous le croyiez mieux que vous n'avez fait, puisque vous m'en jetez toujours quelques mots à la traverse en vos discours et en vos lettres, je vous prie de me faire un discours fort abrégé des points plus essentiels de tous les autres grands discours et lettres que m'en avez baillés, afin que le lisant souvent, il me rafraîchisse avec moins de peine la mémoire du total. * » Rois de l'avenir, tant qu'il restera des rois sur la terre, prenez exemple ! et ditesvous qu'il faut être bien grand pour oser parler ainsi de ses faiblesses et pour pouvoir les cacher sous ses hauts faits et ses vertus.
^ Sully, Ècon. d'État, t. III, ch. xv, page 137 et suiv.