‹ Henri le préténdantChapitre 21 sur 23 · BIBLIOTHEQUE DE LA FIDELITE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHEQUE DE LA FIDELITE

Ce qui marque le plus la clifrércnce qui existe entre la LarLarie et la civilisation , c'est que dans les temps de barbarie le malheur est un crime, sans que pour cela le crime soit toujours un malheur, tandis que dans les temps de civilisation réelle, le malheur, lorsque surtout il frappe l'innocence et la vertu, fait naître d'irrésistibles sympathies dans tous les cœurs généreux. Ainsi l'antiquité nous montre Pyrrhus vainqueur prêt h défendre le fils d'Hector vaincu. On a beau s'entourer d'illusions, on ne détruit pas un sentiment que proclame la conscience humaine, et auquel on rend hommage même en l'attaquant. La légitimité, par exemple, n'est pas un vain mot; ce ne peut être une puissance morte à toujours; et sa signification matérielle seule suffirait pour le prouver. Qu'estce autre chose, en clfct, que la traduction française en un seul mot magique de ces deux mots : Icx intima , loi intime, charte gravée dans toutes les consciences pour l'éternel désespoir des médians. Si les premières de ces réflexions sont justes, on peut à bon droit demander si nous sommes dans un temps de barbarie, si nous sommes dans un temps de civilisation ? A cette question complexe la réponse est facile : nous sommes tout h la fois dans un temps de barbarie et dans un temps de civilisation; chacun peut faire le siècle à sa guise, selon son opinion , selon son caractère, selon ses alTectîons.

Voulez-vous être dans l'état de barbarie? rayez le di^oit de votre vocabulaire pour y substituer la force, hâtez-vous d'encenser tous les pouvoirs nouveaux, placez-vous sur un pivot mobile où vous puissiez tourner au gré des oscillations de la fortune; à l'exemple des Romains, ouvrez votre Panthéon h tous les dieux. Voulez-vous au contraire appartenir au siècle civilisé, vous n'avez qu'un dieu, qu'un culte; un seul conseil, votre conscience; un seul guide, l'honneur; une seule devise, la fidélité. C'est dans le but d'offrir un hommage digne d'elle h cette élite morale de la société que nous avons réuni sous le titre général de Bibliothèque de la fidélité une série de volumes , tous du même format , imprimés sur beau papier, ornés de vignettes et de portraits exécutés par les meilleurs artistes et que recommandent puissamment les noms de leurs auteurs. Voici maintenant quels sont les volumes actuellement en vente et que peuvent se procurer séparément les personnes qui ne pourraient souscrire pour toute la collection.

D'abord ce sont deux recueils de morceaux choisis de littérature moderne , ayant pour titre VEmeraude et le Saphir, enrichis l'un du portrait du duc de Bordeaux , l'autre du portrait de Mademoiselle, gravés sur acier.

Viennent ensuite deux autres volumes : Les Veillées écossaises et V Amarante , par M. Albert de Calvimont, ornés tous deux d'une jolie vignette.

M. Merle, si honorablement connu par son esprit et son bon esprit, et par la dédicace de ses notes sur Alger au maréchal comte de Bourmont, dont il était le secrétaire pendant notre glorieuse expédition d' Afrique^ a fourni h cette collection, en attendant un volume sur llosny, un volume intitulé CJiambord, orné de vignettes.

Deux ouvrages delà collection ne portent point de nom d'auteur: ce sont Louise iii V Elysée- Bourbon; mais, dans ce dernier volume, qui ne croira reccmnaUre et probablement sans se tromper, la touche oi iginale , le style spécial , l'esprit piquant de l'auteur à la mode qui débuta si brillamment par Y Ane mort et la Femme guillotinée.

Enfin, dans un volume non moins inlcTessant que ceux qui précèdent, M. Adolphe Jadin, ancien garde du corps .du roi, et dont le nom est justement célèbre dans les arts, a payé un honorable tribut h la Bibliotlicriue de Lajidélilé^ en recueillant dans un volume des Souvenirs de France et d'Ecosse.

Tels sont jusqu'à présent les ouvrages dont se compose la Bibliotlicque de la fidélité, destinée sans doute à un grand succès. En ellet, précieuse dès à présent, un temps peut venir où cette collection recevra un grand prix de son millésime , puisqu'elle sera datée de l'ère du malheur; peut-être un jour sera-t-on justement fier d'en posséder une édition de i832, comme les amateurs de gravure s'enorgueillissent d'une épreuve avant la lettre.

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