‹ Henri PerreyveChapitre 16 sur 47 · LA PERSECUTION · texte numérisé non relu

LA PERSECUTION

« Seigneur, les jours de calme, de paix, de pieuses et douces joies que vous m'accordez en ce moment à vos pieds, sur cette forte terre romaine, sur le sein maternel et fécond de l'Église des Eglises, ces jours bénis ne dureront point. Je sens leur déclin bien près de moi. L'heure vient de quitter cette belle Home, et de retourner dans notre France, et nous ne le regrettons qu'à demi. Car enfin, Seigneur, c'est en France qu'est le champ de nos travaux et de nos combats, et nous savions que les jours de repos nous étaient donnés seulement pour recueillir nos forces.

210 HENRI PERREYYE

« Quelles destinées nous attendent en France? Vous seul, Seigneur, connaissez l'avenir. Mais les prévisions humaines sont loin d'être favorables à des espérances de paix et de prospérité. Des représailles trop justifiées par trop d'imprudences, des rancunes trop i* ritéespar trop de déshonneur nous attendent «; nous flagelleront. Au jour des colères et des vengeances aveugles, on ne distinguera pas. D'ailleurs il serait mauvais qu'on distinguât. Ce sont les victimes innocentes qui sauvent les bonnes causes, et votre Église a toujours fleuri dans le sang de ses martyrs : il ne s'agit donc pas pour nous de désirer une exception. Si nous sommes moins détestés que d'autres, nous devrons employer notre peu de crédit à sauver ceux-là, et à couvrir la cause de Dieu. Gela seul suffira certainement à nous perdre.

« Or, mon Dieu, il semble vraiment que cet orage s'apprête. Les premiers grondements se. sont fait entendre après le crime qui a ens°nglanté le sein de l'Église, et étonné le ironde. On m'écrit de France que le peuple insulte les Drètres et la presse irréligieuse,

exploitant tous ces germes de révolte, recommence une attaque contre nous, qui semble réglée, complète et durable, il se peut donc que nous devions vivre en un temps de persécution, et il importe que la persécution ne nous surprenne point. Souffrez donc, Seigneur, que je* la médite à vos pieds, et que j'apprenne de vous les armes par lesquelles on peut parer ses atteintes.

« Deux persécutions : la persécution du mépris, la persécution de la violence. Le rire et la hache, le ridicule et le sang. Deux attaques différentes à prévoir.

« La persécution du mépris est la plus dnficile à bien supporter. C'est en même temps la plus près de nous, et celle à laquelle nous sommes le moins préparés. Depuis longtemps, nous vivons sous le régime du respect. Notre habit, nos fêtes sont à l'honneur. Nous sommes en général traités avec égards et délicatesse paries hommes éclairés. C'est le caractère du mouvement religieux de notre époque. Mais le peuple nous méprise. Pauvre peuple, c'est lui cependant, lui surtout que nous aimons! Or. ce mépris du peuple est indignement en-

tretenu, exploité par mille mensonges, mille calomnies et par les vieux restes du voltairianisme qui est tombé des classes élevées aux dernières couches delà nation.

« L'ère du mépris pourra donc venir, avec l'ère d'une révolution démocratique. Il faut s'y attendre, et avouer que bien des fautes auront préparé ce châtiment. On nous insultera donc. Le prêtre redeviendra cet être odieux et ridicule, qui fait rire les enfants. On ne nous craindra, on ne nous haïra peut-être même pas. On méprisera, et voilà tout. Terrible flagellation, contre laquelle, Seigneur, je sens mon âme très faible.

« Quels sentiments opposer à cc*te persécution du mépris?

« Deux sentiments avant tous les autres : V humilité chrétienne, la douceur.

« L'humilité. Accepter les soufflets. Regarder le Christ dans le prétoire; se retremper dans l'humiliation. Rougir devant Dieu, pour avoir moins à rougir devant les hommes : abaisser le front devant lui jusqu'à terre, pour mériter qu'il nous relève; boire cette eau amère du terrent, pour mériter le secours de

l'idéal 21 3

Dieu : de tor rente in via bibet; pr opter ea exaltabit caput.

« La douceur. Ne point s'irriter. Pas de colère, pas de fierté, pas de hauteur. Surtout pas de mépris. Ah! Seigneur! beaucoup parmi nous sont séduits par cette manière vraiment nouvelle et jusque-là inconnue à votre Eglise de défendre vos saintes vérités : ils opposent mépris à mépris, injures à injures, calomnies à calomnies. Ils sont hautains et violents contre les violents, ils répondent aux menaces par des menaces et à la persécution altérée de notre sang, par une sorte de fanatisme plein de regrets sanguinaires, qui fait horreur à vos fils. Est-ce là, grand Dieu! l'armée que vous avez choisie pour votre défense? ou plutôt, entre ces deux ennemis, quelle ne sera pas la difficulté de notre apostolat? Éloignez donc, Seigneur, étouffez en nous cette tentation de combattre le mépris par le mépris. Ce sentiment cruel doit être inconnu du prêtre. Tout ce qui vient d'une âme est grave à ses yeux, même l'erreur, et il doit tout combattre parles armes de la justice. Ainsi ont fait vos martyrs, ainsi ont fait les apologistes des pre-

Ql4 IIENRI PERREYVE

micis siècles, qui répondirent toujours aux plus folles et aux plus mensongères calomnies par des raisons sérieuses, et par des preuves graves et belles, par la patience d'une justification digne de votre cause. Ne disons jamais : Ces hommes sont indignes qu'on leur montre la vérité. Aucun homme ici-bas n'est inguérissable, et l'orgueil de telles opinions doit souverainement déplaire au cœur de Dieu.

«c D'autres armes contre la persécutiou du mépris : l'honneur des mœurs, la charité, ia science.

« Répondre au mépris par une pureté de mœurs irréprochable, c'est à la fois confondre l'erreur et réconcilier l'adversaire. C'est une œuvre d'apologie et une œuvre de charité. Faire du bien et beaucoup de bien dans le monde : les hommes ne résistent pas longtemps à ce raisonnement-là. Ils sont vite désarmés envers l'homme qui soigne leurs malades, instruit leurs enfants, ailège leurs misère.

« Enfin la science. Les anciens chrétiens répondaient au mépris des païens en revêtant la croix, dans les catacombes, de pierres pré

l'idéal 2l5

cieuses, et en attachant des candélabres à ses bras. D'antiques peintures nous ont conseri ce symbole de la foi chrétienne rehaussée devant la raison humaine par l'éclat des sciences et des lumières du génie. Dieu n'a pas dédaigné ce moyen de commander le respect, et il a fait de grands docteurs, de grands philosophes, pour que la raison humaine fut forcée de compter avec eux. C'est un enseignement pour tous. Travaillons donc, répondons à l'obscur mépris par une grande diffusion de lumières. La lumière l'emporte toujours sur les ténèbres.

Enlin, en ce temps de persécution par le mépris, demeurons plus que jamais fidèles au respect de l'Église. Loin de nous la moindre hésitation, la moindre tentation de rougir : non erubesco Evangellum. Redoublons de fidélité auprès de notre roi persécuté, redoublons aussi de respect pour ses prêtres. Qui nous aimera, si nous ne nous aimons? qui nous respectera, si nous ne savons pas nous respecter dans le sanctuaire? Beaucoup de charité, d'indulgence, de respect pour les prêtres. Un officier entend avec défiance et

colère mettre en doute le courage d'un de ses camarades, et un prêtre accepterait volontiers un soupçon, une calomnie, une plaisanterie cruelle contre son frère! Loin de nous cette lâcheté. Quand le respect diminue dans le peuple pour un prêtre, il diminue pour tous. Quand il diminue pour les prêtres, il diminue p ur Dieu.

« Que si la persécution, au lieu de mépriser seulement, devient violente, frappe, saisit, poursuit, exile, verse le sang, nos devoirs changent, et aussi nos précautions et nos moyens de défense. Seigneur, quels moyens emploierons-nous d'abord pour nous préparer à une semblable attaque?

a D'abord le détachement en de tels jours. Beati pau pères spiritu. Bienheureux ceux qui possèdent comme ne possédant point, et qui usent de ce monde comme n'en usant point? Se démettre intérieurement de tout ce qui plaît aux sens. Tout cela est la proie d'une heure d'incendie, et il faut pouvoir être prêtre dans une cave ou un grenier. Méditer souvent sur la superfluité des choses dont nous usons et les sacrifier incessamment en esprit, afin de

l'idéal 217

n'être pas surpris ni affligé par le dépouillement réel.

« La mortification. Un corps habitué à être traité durement, à souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, qui connaît le fouet de la pénitence, s'étonne moins d'être saisi par la dure main des gendarmes, et poussé dans les rues par les chiffonniers. Il est moins prompt à défaillir et à jeter l'âme en de grands troubles,

« Enfin, l'heure venue du danger actuel, entrer en plein dans les sentiments d'une foi tout apostolique. Revenir d'un seul bond à l'esprit des catacombes. Accepter la mort, et ne pas capituler avec la conscience. Pas d'imprudence. L'Fglise permet et commande même la fuite, que certaines hérésies défendaient. Mais enfin, si la prudence a perdu sa cause, si tout est abandonné, alors ne plus rien ménager, ne rien craindre. Parler haut, fort et ferme. Ne pas prendre la mort avec résignation : c'est une mesure difficile à garder. La prendre avec enthousiasme, avec joie et ivresse : c'est beaucoup plus dans les instincts de notre cœur. Telle jeune fille, en 1793, qui n'aurait pu se résigner froidement à mou-

31 8 HEISRl FERRE YYï

rir, a volé sur les marches de 1 éohafaud au chant du Salve regina. Ceci est dans le génie chrétien et dans le caractère français.. Enfin, contre sa faiblesse et sa misère, en de pareils jours, compter démesurément sur le secours de Dieu, qui répond pour nous, agit pour nous, sou£fr»-* et meurt avec nous.

« L'I gliâe ne craint pas la persécution sanglante : c'est son triomphe. Mais est-ce dire qu'il la faille désirer? Tant s'en faut. Le meilleur général et le plus sûr de la victoire n'est point sans tristesse à la veille des grands combats. La persécution est un grand mal pour le persécuteur, et elle laisse dans une nation des plaies auxquelles il faut plus de siècles pour porter remède qu'il n'a fallu de jours pour les faire. L'Église d'Angleterre y fut frappée au cœur, et ce que nous y voyons de vivant aujourd'hui est moins l'effet d'une guérison qu« \e réveil miraculeux de la mort. « Ne soyons donc pas de ceux qui disent : Vienne la persécution ! Gardons-nous de souhaiter légèrement ces grandes douleurs de notre mère l'Église et de nos frères les hommes. Soyons au contraire, jusqu'à la fin, jusqu'à

l'extrémité, et même contre l'espérance, le» ouvriers de la paix. On est fort pour combattre quand on a tout fait pour empêcher la guerre, et la victoire est plus glorieuse. Mais enfin, ô Seigneur! si tous nos efforts pour vous ramener le siècle sont inutiles, et s'il faut revenir aux messes secrètes et aux sacrements sous terre, nous nous rappellerons l'Eglise de France de 1793, et les prêtres des catacombes, les apôtres et celui qui a dit : « Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes « vous haïront, lorsqu'ils vous disperseront, « lorsqu'ils vous couvriront d'opprobre et re- « jetteront jusqu'à votre nom à cause du Fils « de l'homme : en ce jour réjouissez- vous et « tressaillez d'allégresse, car voici que votre « récompense est grande au ciel ! »

l'amour des hommes

« Blessez courageusement les erreurs, mais « ayez un cœur de mère pour les hommes, m

Cette belle parole, digne, de votre bouche, Seigneur, m'a été dite, par votre saint pontife Pie IX, il y a quelques jours. C'est elle que je veux méditer maintenant.

« A Dieu ne plaise, ô Christ! que les menaces de la persécution diminuent dans le cœur d vos prêtres l'amour des hommes! Le prêtre qui deviendrait ennemi du peuple, parce que le peuple s'égare dans les voies de la haine, serait indigne de la croix, et à jamais incapable de défendre vos intérêts dans le monde.

« Oh! comme ici vous êtes le modèle! ô Verbe incarné! vous qui, toujours mal compris, méconnu, calomnié, trahi, persécuté, n'avez pas cessé d'aimer les hommes jusqu'à vouloir mourir pour leur arnour!

« Votre charité pour eux a bien revêtu ces deux formes : vous avez blessé les erreurs, et vous avez été tendre envers eux-mêmes. Voilà bien le partage du cœur sacerdotal.

ce Blesser les erreurs, les préjugés, les mensonges, les vieilles calomnies toujours redites, très connues, toujours prospères et puissantes; détester le mal, le vice, les injustices, la

LIDEAI. 321

violence du fort sur le faible, le triomphe de l'audace sur le droit; flageller l'impureté, la persécution du riche contre l'innocence pauvre, les réussites effrontées du déshonneur; développer dans les hommes, dans les jeunes gens surtout, le dégoût des abus de l'argent; blesser les passions du siècle, blesser courageusement, voilà ce que m'a dit le saint pape Pie IX.

« Mais aimer les hommes, les excuser, ne pas les décourager, ne les mépriser jamais, même les méprisables. S'indigner, oui; c'est souvent une vertu, mais ne mépriser jamais, L'indignation frappepourguérir, le mépris empoisonne et tue. Avoir une immense charité pour la bonne foi dans l'erreur, une immense douceur pour la ramener aux vraies sources; une condescendance infinie pour écouter ses objections, ses plaintes; une patience à toute épreuve pour les calmer, leur opposer de bonnes et solides raisons, les adoucir à force de douceur, Rcsponsio mollis frangit iram (Prov. i5, i), enfin montrer aux hommes que nous les aimons, et le leur montrer de telle sorte qu'ils n'en puissent douter, voilà la seconde partie du

aa HENRI PERREYVE

•onseil : Ayez un cœur de mère pour les hommes.

« Il y a plus, il y a un sentiment maternel que votre prêtre doit avoir pour ses frères, ô Jésus! Une mère vit dans ses enfants relie les a portés dans son sein, c'est son sang qui bat dans leurs veines. Elle ne peut plus séparer sa cause de la leur. Elle jouit dans leurs souffrances, elle souffre dans leurs douleurs, elle rougit dans leurs fautes, elle se sent responsable de leur honte ou méritante de leur gloire. Ainsi en est-il du prêtre. C'est ce qu'on appelle : Charge d'âmes. Quis injîrmatur et ego non infirmorl Quis scandalizatur et ego non uror? Il y a le mot de cette femme illustre qui écrivait à sa fille : « Ma fille, j'ai mal à votre « poitrine. » Ainsi le prêtre doit pouvoir dire aux pécheur? Mon fils, j'ai mal à votre âme. » Quelle source d'angoisses, d'inquiétudes, de peines amères! mais ce sont les tourments de l'amour. Et qui donc osera dire qu'il préfère ne pas aimer? Oui, Seigneur, faites-nous ressentir les aiguillons de cet amour et de ce zèle qui dévoraient l'apôtre; nous en acceptons toutes les ardeurs, tous les épuisements. Loin

L'IDÉAL 21i3

de nous, lom de nous, Seigneur, l'esprit d'in» différence, cet affreux esprit dont le gramt Bossuet a écrit : L'esprit d'indifférence est

a proprement l'esprit de Caïn, celui qu'il * témoignait lorsqu'il disait à Dieu : Suis-je « donc le gardien démon frère? » Nous sommes tous etchacunchargésde tousles hommes. Un ancien a dit : Je suis homme, et rien d'hum lin ne m'est étranger; nous disons, nous : Je suis prêtre, rien de divin, rien d'humain ne m'est étranger. Voilà l'esprit de l'Évangile et du sacerdoce catholique.

« Mais, Seigneur dans quelle œuvre appliquer ce zèle et l'ardeur de cet amour? car, pour l'éclat d'une forte prédication et des grandes œuvres, la faiblesse de mon âme et de ma santé ne me permettra point d'y atteindre. Indiquez-moi donc quelques travaux plus obscurs qui puissent suffire à mes désirs et me consoler dans ma faiblesse.

« i. D'abord le mépris delà santé quand il s'agit du salut des âmes. La sœur Rosalie, travaillant encore pour Dieu dans sa dernière maladie avec la fièvre, disait aux jeunes sœurs qui la retenaient : « Mes filles, laissons lesmé-

« decins faire leur métier, et nous, faisons le « nôtre. » Bonne et excellente parole. Saint Charles disait qu'un curé ne doit prendre le lit qu'après le troisième accès de fièvre. Croit-on que dans le monde on se soigne tant et si vite, quand il s'agit d'un intérêt sérieux? Un avocat se rend au palais fort souffrant, quand il doit plaider une grave affaire. Un commerçant n'abandonne pas facilement ses livres et la direction de ses opérations. Un officier reste au camp tant qu'il peut se tenir à cheval. Et un prêtre, au moindre malaise, quitterait l'autel, la chaire, le confessionnal! Nous-mêmes, Seigneur, que de fatigues, que de veilles n'avonsnous pas consacrées à obtenir parmi les hommes tels grades, tels diplômes? Ce serait donc maintenant l'heure du repos, parce qu'il s'a: git de votre service? Absit! Je vous demande donc le courage de tenir ferme au poste jusqu'à empêchement grave et absolu.

« 2. La chaire me sera peut-être interdite ou du moins pendant longtemps. Transporter la prédication dans les relations ordinaires. Le culte des conversations bonnes, sérieuses! Vous m'avez placé au sein d'un monde où

Ton peut faire beaucoup par ce moyen, mais à certaines conditions, à la condition d'abord d'une foi solide, éclairée, mais très simple et très sincère, qui ne rougisse jamais, ne concède jamais ce qu'elle ne peut perdre, et maintienne partout, toujours, 'intégrité de ses droits. Ceci est plus difficile qu'on ne pense en certaines occasions, et dans un certain milieu. Cependant, c'est la première condition indispensable d'un bien possible. Ensuite, Vinstruction. Faire honorer notre foi, être prêt à « rendre compte de notre espérance » selon le mot de l'apôtre. La charité est un beau soutien du travail, et le soin de donner aux hommes du monde une doctrine respectée, justifiée, savamment défendue, est la plus excellente des charités intellectuelles.

« 3. Se reposer des gens du monde et des livres avec les pauvres et les petits enfants Les pauvres! l'apostolat parmi les pauvres! s'y retremper le cœur. Et quant aux enfants, vous m'avez fait comprendre, Seigneur, combien il y a de profit réel et sérieux à faire le catéchisme. L'esprit revient avec joie à la substantielle simplicité des vérités fondamen-

taies, en même temps que le cœur se purifie dans la société de ces jeunes cœurs si naturellement convaincus par les clartés de vos dogmes.

« a. D'ailleurs, en temps extraordinaire, entier dans une vie extraordinaire. Suivre ainsi la Providence. Devenir garde-malade ou aumônier d'hôpital en temps d'épidémie; aumônier de régiment en temps de guerre; œuvre dans un incendie ; l'homme de tout le monde sur mer ; s'accommoder aux circonstances; se faire une altitude très flexible ; très facilement tout changer pour servir le même amour de Jésus-Christ et des hommes, qui ne change jamais. Partout où il y a des âmes à gagner, le prêtre est chez lui.

« Eutin, Seigneur, n'attendre que de vous le don d'un cœur ardent, généreux, passionné pour les malheureux, indulgent envers les hommes, inflexible envers Je mal et l'erreur, sacerdotal enfin, que vous seul pouvez donner. Tournez, mon Dieu, au profit des âmes, cette force d'amour que jusqu'ici j'ai peutêtre mal dépensée. Donnez-moi d'être bon Au milieu de nos inquiétudes sur l'avenir, si

une chose nous peut rassurer, c'est qu'il y a encore beaucoup de bons cœurs parmi vos prêtres. Assurément, Seigneur, ce sont ceuxlà qui sauveront la France et l'Église. Donnez-moi d'être de ce nombre, et apprenezmoi chaque jour davantage que votre amour en remplissant mon cœur,; l'agrandit et le dilate sans fin pour les hommes. »

Voilà bien en effet, après l'idéal de la mort, l'idéal de la vie. Il fut fidèle à ces inspirations et à toutes ces promesses, et dans la vie, nous l'avons vu, et dans la mort, comme nous le montrerons.

Mais, avant de le voir en présence de la mort, il nous reste à parler du point imparfait de sa vie, et de ce danger qu'il courut. Ce danger lui coûta la vie, la vie du corps. Mais celle de l'àme a persisté glorieuse, et a été se développer en Dieu. « C'est en vain qu'on « jette des filets devant les pieds de ceux qui â ont des ailes! x> Il aimait cette gracieuse parole des livres saints.

Page 1