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chercher, de payer un assassin, parce que, trois années durant, on en fit un, exalté par des sermons meurtriers et chauffé à blanc par les moines.
Les deux personnes qui se trouvèrent au sermon de Saint-Jean , et qui complotèrent sous les yeux de la foule, éïaient un grand seigneur, une grande dame : le duc d'Ëpernou et Henriette d'Enlragues. C'est la déposition expresse de cette femme infortunée qu'on mura, qui ne se démentit point et mourut pour la vérité.
D'Épernon avait vu tomber Biron et Bouillon.
Il sentait que son tour venait. Le roi l'avait déjà frappé dans son revenu, lui interdisant des taxes arbitraires, et dans sa puissance, ayant mis sous sa main la place de Metz.
Henriette voyait dans le roi l'obstacle â un grand mariage qu'elle voulait se faire chez les Guises. Le roi l'avait tour à tour mise haut el bas, fait presque reine, éloignée. Celle ambition exaltée, rabaissée, tournait en fureur; elle subissait son amour avec dépil, avec injures. Elle ne lui cachait point sa baïne.
Tout ce que les anecdotiers, les Tallemant el autres, oui recueilli de dégoûtant sur les infirmités, vraies ou fausses, d'Henri IV, ce sont les reproches même et les dérisions par lesquelles
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la petite furie se vengeait de ses caresses.
Lui , il la trouvait plus charmante , et peu généreusement jouissait de ce triste jeu avec une créature féline qui du chai passait au tigre.
Les Guises s'amusaient d'elle, s'en moquaient au fond, car toute leur pensée était d'avarice. Ils auraient voulu que le roi mourût, non pour épouser Henriette, mais au contraire pour avoir la grande et très-grande héritière, mademoiselle de Montpensier, et pour ne pas donner au bâtard du roi une autre grosse fortune qui allait leur échapper avec mademoiselle de Mercœur.
D'Épernon avait été le mortel ennemi des Guises, et c'est pour les rapprocher et « conclure une alliance » qu'Henriette traita avec lui à Saint- Jean en Grève.
Bientôt à ces alliés un autre s'unit, celui qui disposait absolument de l'esprit de la reine, son chevalier, Concini.
Concini , non content d'avoir le réel de la faveur , en avait voulu l'éclat , le scandale. De ses petites épargnes, il allait acheter, pour un million, une terre princière , la Ferlé. Le roi, si patient, eut peur cependant du bruit que cela forait, et il prit la liberté, non de dire (il n'eût osé) , mais de faire dire à la
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Cet avis timide, ménagé par la dame autant qu'elle put, jeu le «ignore Concini dans une épouvantable fureur. Une lolle révolte du mari contre le chevalier-servant était dans les mœurs italiennes chose inouïe, intolérable. Le roi s'était méconnu; on le lui fit voir. Non-seulement Concini lava la tête à la dame, mais dit qu'if se moquait du roi, qu'il n'avait pas peur du roi, et que, si le roi bougeait , il lui arriverait malheur.
Le roi n'aimait pas les disputes. Il craignait un peu la reine, acariâtre, têtue, qui, une fois qu'elle boudait, restait intraitable, et des mois entiers. Il la ménageait aussi, parce qu'elle était toujours grosse. Sa fécondité était admirable. De prime abord, en arrivant, elle cul deux enfants en deux ans, et l'interruption fut courte ; à partir de 1C05, elle ne manqua jamais d'avoir un enfant par année.
Une reine tellement féconde ne craignait aucun divorce. Aussi n'avait-elle pour le roi aucun ménagement. Comme elle avait peu d'esprit et qu'un fou la gouvernait, il en advint un scandale plus grand que n'aurait été l'acquisition de la Ferlé.
Concini, dont le grand mérite, outre sa jolie
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figure, était sa bonne grâce à cheval, voulut, exigea qu'on lui arrangeât une fûte oùilpûlse montrer solennellement., Il ne prit pas un lieu obscur, mais royalement la place historique du fameux tournoi d'Henri II, les lices de la grande rue Sainte-Antoine devant la Bastille. Du moius, ce n'était pas cette fois un combat bien dangereux, mais tout bonnement une course de bague. Du reste, la même dépense, et guère moins d'émotion. Les vives rivalités des hommes , la faveur des dames pour celui-ci ou celuilà , leurs palpitations , tout était de même , — et pour un jeu puéril de sauteurs et d'écuyers.
L'heureux faquin, brillant d'audace, lint la partie contre les princes cl tous les plus grands de France, envié et admiré, sous les yeux de la reine, qui siégeait là comme juge et dame du tournoi, et qui, de sa faveur visible, l'avouait pour son cavalier.
Il fut très-amer au roi qu'on se gênât si peu pour lui; cela touchait à l'outrage public. Il n'en parla qu'à Sully, mais d'autres le devinèrent, et quelqu'un lui demanda s'il voulait qu'on tuât Concini.
Il était à cent lieues d'une telle chose, et cependant il croyait que ces gens, épargnés par lui, ne l'épargneraient pas lui-même. 11 en était
— 157 — (icoMaos) convaincu eL le disait à Sully. « Cet liomme-là me menace... 11 adviendra quelque malheur... Vous le verrez, ils me tueront. »
Cette prévision qu'il avait de sa mort lui fit désirer d'autant plus de régler les affaires des siens. 11 insista auprès des Guises pour qu'on accomplit enfin le traité de mariage qu'euxmêmes avaient sollicité, obtenu par Gabrielle, entre César de 'Vendôme et mademoiselle de Mercœur. Mais les temps étaient changés ; madame deMcrcœur voulait éluder; elle ne voulait donner ni la fille ni un dédit considérable d'argent que le traité stipulait en cas de refus. On fit jouer à la fille une grande comédie d'effet populaire, qui devait indigner les simples et leur faire délester le roi. Celte enfant, comme d'elle-même, se sauva aux Capucines, dit qu'elle aimait mieux cet ordre si dur, jeûner et marcher pieds nus. Le roi étant fort mécontent de ce violent coup de théâtre, la mère aggravait en disant : « Prenez mon bien, prenez ma vie. »
A tous ce.-> éléments de haine, de conjuration, à ces vœux de mort, un centre manquait. 11 vint. Un ambassadeur d'Espagne , superbe, grave cl rusé, don Pèdrc, vint attiser le feu et jeter, surtout au Louvre, entre le roi et la reine, la pomme de discorde, l'offre du double mariage espagnol. La condition eût été la chose impossible et !'u-
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neslc, l'abandon delà Hollande, que le roi venait de garantir par un solennel traité.
Ce don Pèdrc devint le héros du jour. Les dames n'avaient d'yeux que pour lui. On répétait tous ses mots noblement espagnols et castillans. La reine lui faisait la cour et se disait sa parente. Le roi, contre son habitude, fut net et ferme, ne lui donna nul espoir et rabattit ses bravades. Alors il changea de style et le flatta bassement. Un jour qu'un valet, dans le Louvre, passait en portant l'épée d'Henri IV, l'Espagnol l'arrête, la prend, la tourne et retourne, la regarde bien, la baise : « Heureux que je suis, ditil, d'avoir tenu la brave épée du plus brave roi du mondel »
Il resta huit mois ici, traînant et gagnant du temps, faisant le malade, tàlant nos plaies, les irritant, travaillant le vieux levain du CathoUcotl, donnant courage à tous nos traîtres, aux futurs assassins du roi.