‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 19 sur 43 · II. 1Ô · texte numérisé non relu

II. 1Ô

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De peur pour lui-même, aucune. Un chanoine d'Angoulême lui avait donné un cœur de colon qui, disait-il, contenait un morceau de là vraie croix- Il est probable qu'on voulait l'affermir, le rassurer. Un liomme armé de la vraie croix pouvait croire qu'invisible ou défendu par le ciel, il traverserait tout danger.

Ravaillac, si indiscret, était fort connu, et, de même qu'on avait su fort longtemps que Maurevert, l'assassin gagé des Guises, devait tirer sur Coligny, on n'ignorait nullement que le tueur du roi fût dans Paris. Le dimanche, un ancien prêtre, devenu soldat, rencontrant près de Charenton la veuve de son capitaine qui allait au prêche, lui dit de quitter Paris, qu'il y avait plusieurs bandits aposlés par l'Espagne pour tuer !e coi, l'un entre autres habillé de vert, qu'il y aurait grand trouble dans la ville, et danger pour les huguenots.

Il paraît que, même en prison, ces bruits circulaient , et parvinrent à la d'Eseoman.

Acharnée à sauver le roi, elle décida une dame à avertir un ami de Sully à l'Arsenal ; celle dame était mademoiselle de Gournay , fille adoptive de Montaigne, Sully, sa femme et l'ami , reçurent l'avis , mais délibérèrent , le transmirent au roi , en ôtant les noms (sans doute de d'Épernon, deConcini et de la reine) :

— 195 — [icio) « Si le roi en vent savoir davantage, dirent-ils, on le Icra parler aux deux femmes, la Gournay et la d'Escoman. » L'avis devenait des lors fort insignifiant. Le roi, qui en avait reçu tant d'autres, n'y fil aucune attention.

H était si incertain, si flottant, si troublé, qu'il ne distinguait guère ses 'amis de ses ennemis. Il montra de la confiance à Henriette d'Entragues, lui renvoyant à elle-même un homme qui l'accusait , et il montra de la défiance i Sully, ne voulant pas qu'il fil d'avance un traité avec une compagnie qui eût assuré les vivres.

Ce renversement d'esprit semblait d'un homme perdu qui va à la mort. Tout en se moquant de l'astrologie, il craignait ce moment prédit, le passage du 15 au 14. Il devait partir dans trois jours, justement comme Coligny, quand il fut tué. La nuit du 13, ne pouvant trouver de repos, cet homme si indifférent se souvint de la prière, et il essaya de prier.

Le matin du vendredi 14, son fils Vendôme lui dit que, d'après un certain Labrossc , ce jour lui serait fatal, qu'il prit garde à lui. Le roi affecta d'en rire. Vendôme en parla à la reine, qui, plus ébranlée qu'on n'eût cru, par une contradiction naturelle, supplia le roi de ne pas sortir. 11 dîna, se promena, se jeta sur

son lit, demanda l'heure. Un garde dit : «Quatre heures, » cl familièrement , comme tous étaicnlavec leroi, lui dit qu'il devrait prendre l'air, que cela le réjouirait. « — Tu as raison.... Qu'on apprête mon carrosse. »

Quand la voiture sortit du Louvre, il ne dit pas d'abord où il allait, et il ne voulut pas de gardes, pour ne pas attirer l'atlenlion. Il allait à l'Arsenal, voir Sully malade. Mais, selon une tradition, il eut l'idée do passer d'abord chez une beauté célèbre, la fille du financier Paulet, une rousse qu'on appelait la Lionne, pleine d'esprit, et de voix charmante. Un jour qu'elle chantait, trois rossignols , disail-on, en moururent de jalousie. Le roi avait pensé à elle pour en faire la maîtresse de son fils Vendôme, une maîtresse qui l'eût relevé , qui en aurait fait un homme, un Français, qui l'eût retiré de ses vilains goûts italiens.

11 faisait beau temps , le carrosse était tout ouvert. Le roi était au fond, entre M. de Montbazon et le duc d'Ëpcrnon. Celui-ci occupait le roi à lire une lettre. A la rue de la Féronnerie , il y eut un embarras , une voiture de foin et une de vin. Ravaillac, qui suivait depuis le Louvre , rejoignit , monta sur une borne, et frappa le roi... « Je suis blessé I » En jetant ce cri, le roi leva le bras, ce qui

— 197 — (iGio) permit le second coup, qui fui perça le cœur. Il mourut au moment même. D'Épernon jeta dessus un manteau, et, disant que )c roi n'était que blesse", il ramena le corps au Louvre.

Une tradition veut qu'au moment où le coup fut fait Concini ait entr'ouvert la chambre de la reine , et lui ail jeté ce mol par la porte : « È ammazzato. »

Nous n'aurions pas rappelé celte tradition, si la reine elle-même n'eût redit ce mot avec un accent de remords, de reproche, lorsque Concini fut à son tour assassiné.

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