‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 20 sur 43 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Louis XTI1. -Régence. - nuaillic el 11 d'Escoman.- 1810-18U.

La terrible instabilité du gouvernement monarchique éclate à la mon d'Henri IV. Ce qui succède, c'est l'envers de ce qu'il a voulu : la France retournée comme un gant.

Au dehors, tout ce grand système d'alliances, celte toile longuement ourdie , emporté d'un seul coup. Le double mariage espagnol {vraie cause de la mort d'Henri ÏV) va se faire.

La guerre de Trente Ans redevient possible, et la France espagnolisée gravite en moins d'un siècle aux grandes guerres du grand roi, à la révocation de l'édit de Nantes, à l'expulsion de six ccnl mille hommes , à la sublime banqueroute de deux milliards cinq cents millions.

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Le irésor que Sully avait amassé, défendu, est gaspillé en un moment. Le domaine qu'il dégageait, est rengagé, les propriétés de l'Etat vendues. Tous les établissements de ce règne abandonnés, les bâtiments interrompus, les canaux délaissés. Les manufactures de soieries, de glaces, la Savonnerie, les Gobelins, fermés et les ouvriers renvoyés. Le Louvre, qui allait s'encanailler en logeant les grands inventeurs, le Louvre reste aux courtisans. Adieu le Musée des métiers et le Jardin des plantes : ces folies du roi, mille autres, dorment aux cartons de Sully.

Des Tuileries , de l'Arsenal , on arrache ses arbres chéris, les mûriers d'IIenri IV. On eût volontiers jeté bas ses monuments. Mais on eut peur du peuple. Par un revirement inattendu, le peuple s'aperçut qu'il aimait Henri IV. La légende commence le jour de la mort; elle ira grandissant par la comparaison' de ce qui est et de ce qui fut.

Ce qui domina dans Paris, au moment, ce fut une terreur extraordinaire. On se crut perdu. Les femmes s'arracbaient les cbeveux, moins de deuil encore que de peur. Il en fut de même partout. L'horreur de la Ligue revint à l'esprit, et on en frissonna. De là, un calme surprenant, je dirai effrayant. Car cette grande

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sagesse tenait à une chose, c'est que la France, n'ayant plus ni idée, ni passion, ni intérêt moral , ne se sentait plus vivre. Elle était toute dans le roi , dans un homme qu'on avait tué. Et il en restait quoi? mi marmot de huit ans, qui, le 15, remit le royaume a sa mère , et qui , le 29 , eut le fouet. (L'Esloile , p. 599.)

La royauté, nulle en 89, à la mort d'Henri III, devant la vie forte et furieuse qu'avait alors la France, est tout ce qui reste à la mort d'Henri IV. On se demande ce qu'est cet enfant, au physique, au moral. Heureusement, son médecin nous éclaire parfaitement : ne le quittant ni nuit, ni jour, il a écrit (en six énormes volumes in-folio) le journal de ses fonctions, tout le menu de ses dîners, et chaque soir les résultats de sa digestion. Si le moral procède du physique, on peut étudier là-dessus. (V. la }wte.)

La sagesse accomplie du peuple, son calme et son indifférence , l'aplatissement des factions, des anciennes fureurs, étonna bien l'Espagne. On avait cru tout au moins qu'il y aurait un petit massacre des huguenots, et ils furent avertis de fuir. 11 se trouva un jésuite qui osa dire en chaire celte parole meurtrière : a Nous n'en aurions pas pour un déjeuner. » Mais rien

ne bougea. Au contraire, à Paria et partout, les catholiques disaient qu'ils protégeraient les huguenots.

Le roi fut tué à quatre heures. Jusqu'à neuf, on fil dire partout qu'il n'était que blessé. Mais, à six heures et demie, on avait proclamé l'étrangère ( qui parlait encore italien ), l'Autrichienne, petite-nièce de Charles-Quint et cousine de Philippe II. Et l'ennemi gouvernait au Louvre.

Les princes étaient absents. Et on eût peu gagné à leur présence. Soissons était un sot; et son neveu Coudé, que Soissons et tous les Bourbons disaient adultérin et fils d'un page gascon, avait l'esprit brouillon de la Garonne, la faim d'argent d'un cadet de Gascogne, tenu très-longtemps au pain sec. 11 eût sucé la France à mort.

d'Epernon , qui avait rapporté le roi au Louvre, prit sa place en quelque sorte, s'y logea militairement, et donna tous les ordres, comme colonel général de l'infanterie. Les gouverneurs de province étaient à Paris, et tous très-maniables; la mort du roi les faisait rois. D'Épernon prit avec lui l'ombre de la Ligue, M. de Guise, le fils du Balafré, et l'homme le plus riche de France, du reste homme de peu, petit galant camus. Guise saluait de toutes ses for-

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