‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 21 sur 43 · H10-KI · texte numérisé non relu

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ces , mais personne n'y prenait garde, et les femmes haussaient les épaules. D'Épcrnon , piaffant à cheval, rajeuni de dix ans, occupe par les gardes le pont Neuf et tous les abords du Palais de Justice. Il entre au Parlement avec Cuise. Mais celui-ci se tint modestement debout. D'Épcrnon s'assied, prend séance, et, furieux sans cause, se met à menacer les magistrats. Quoique Condé y eût quelques amis, ces hommes de justice, très-agréablement flattés qu'on leur demandât la régence , et d'ailleurs serfs des précédents, n'avaient garde de s'élever contre la reine. L'heureuse régence de Catherine de Médicis frayait la voie à Marie de Médicis. Une étrangère? d'accord, mais c'est l'essence même du droit monarchique. Le roi étant l'État, le salut corporel du roi est toute l'affaire. Or la mère et nourrice est la meilleure gardienne de cet enfant qui contint tout.

A ces gens tout gagnés, le furieux, frappant sur son épéc (son secrétaire l'assure lui-même), dit: «Elle est au fourreau... Mais, si la reine n'est déclarée régente à l'instant, il y aura carnage ce soir... » Celte éloquence éblouit le Parlement , qui déclara sur l'heure, envoya à la reine. La chose alla si vite, que les gardes non avertis arrêtèrent honteusement ces envoyés

au passage, constatant la captivité du corps qui donnait la régence.

L'enfant royal ayant fort bien dîné lejour de la mort de son père, le lendemain malin, s'élant levé gaiement, ayant bien déjeuné et bu un bon coup de vin blanc ; alors (dit son médecin), intrepidus, il monta une jolie petite haquenée blanche, alla au Parlement, et donna à sa mère l'autorité que le Parlement lui avait déjà donnée la veille. II ordonna, de sa petite voix, que sa mère serait régente pour avoir soin de son éducation; en d'autres termes, il commanda qu'elle lui commandai, l'éduquât, le châtiât. Le 29, il disait : « Du moins, ne frappez pas trop fort. »

Une chose, très -indécente, dans la séance royale, et qui fit voir où on était tombé, c'est qu'après les premières harangues Concini, qui était là avec son plumet et son importance, oubliant les horions dont il avait la marque, se met à dire d'une voix claire: «La reine doit maintenant descendre. » A quoi le premier président, octogénaire, Harlay, de sa voix creuse et du fond de son deuil, lui dit : « Ce n'est à vous de parler ici. » Chacun fut accablé en voyant à qui une femme étrangère et la moquerie de la fortune venaient de jeter la France.

Le peuple, dans les rues, criait en pleurant : « Vive le roi 1 » Ce qui eût fait pleurer bien plus,

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ce fui de voir au Louvre Sully, qui, le 14, s'était tenu clos à l'Arsenal, mais qui, le 15, fut traîné à la cour par le duc de Guise, pour faire la révérence aux assassins du roi. Chose lamentable! pour sauver sa fortune, il lui fallut embrasser d'Épernon.

Celui-ci fut miraculeux de sang-froid, d'impudence. 11 avait empêché qu'on ne luâl Itavaillac. Ce qui lui fit beaucoup d'honneur, et fort peu de danger; car ce terrible fou n'avait pas eu d'incitation direcle; avec un homme si bien né pour la chose et si naïvement meurtrier, il suffisait de l'entourer de personnes bien pensantes, intelligentes, et de sermons indirectement provocants.

On l'avait traîné au Louvre et mis d'abord à l'hôtel de Retz, qui était conligu. Là, qui voulait venait le voir et lui parler. Cotton vint entre autres, et lui dit : « Mon ami, prenez bien garde de faire inquiéter les gens de bien. » Ravaillac en rit, s'en moqua. 11 était d'un calme extraordinaire, comme un homme qui a peu à craindre et se sent bien appuyé.

il semblerait pourtant que d'Épernon s'inquiétât et eût peur qu'il ne jasât trop, et qu'il le mît chez lui, à l'hôtel d'Epernon. C'est de là qu'on le lira, le 17, pour le mènera la Conciergerie. (L'Estoile, éd. Michaud, H, 593.)

Dès le 17, on put voir que personne n'avait envie de s'exposer pour Henri IV, et qu'il n'y aurait pas de justice. Le comte de Soissons, qui avait dit, juré qu'il le vengerait, arriva à Paris, accompagné «e beaucoup de gentilshommes. Mais, quand il vit d'Épernon si fort au Louvre, quand il eut parlé a la reine, qui lui ferma la bouche en lui donnant la Normandie, il avoua en sortant que c'était une grande princesse, et d'Épernon fui son meilleur ami.

Le Parlement fut plus embarrassé. Le peuple était furieux, insensé de fureur, à mesure qu'il se rassurait. On le voyait devant la Conciergerie, où était Ravaillac, qui jetait des pierres au prisonnier à travers un mur épais de dix pieds. On examina d'abord a quelle torture il serait mis, et l'on écarta la plus dure. On ne chercha nul éclaircissement ni à Angoulème, où on pouvait prendre les prêtres qui l'avaient armé de la vraie croix, ni à Paris, où on avait sous la main le soldat qui, d'avance, avait tout dit, jusqu'à la couleur de l'habit de Ravaillac. Le vieux Harlay eut l'idée de faire venir les parents de l'assassin, et il ne le fit pas, soit que le Parlement y fût contraire ou que luimême ait pensé qu'un trop grand éclat amènerait la guerre civile.

Les jésuites, appelés par le bonhomme Harlay, se tirèrent d'affaire lestement, disanl qu'ils ne se

souvenaient de rien, chine de pauvres religieux comme eux ne se mêlaient pas des grandes affaires. Leur unique affaire, c'élait leur maison ; le jour même de la mort du roi, ils y mirent cinquante ouvriers pour l'agrandir et l'embellir, comme on le voit aujourd'hui (collège Charlcmagne), avec un galant petit dôme; et, pour l'église, la façade à la mode, à trois étages de colonnes, avec consoles cl pots de fleurs.

Ils ne tinrent pas quitte Henri IV. On lui lira son cœur, dont les jésuites s'emparèrent. Dans je ne sais combien de carrosses, ils s'en allèrent le portant à la Flèche, peu rassurés pourtant et craignant que le peuple ne leur fît un mauvais parti. Pour cette cérémonie, ils prirent l'heure insolite de cinq heures du malin, et tous leurs bons amis de la noblesse montèrent à cheval pour ^cs rassurer.

CependantRavaiilac ne dénonçait personne. 11 voulait mourir seul, et avait dit d'abord qu'il ne regrettait rien, ayant réussi. Plus tard, il parut ébranlé et avoua que c'était un mauvais aete; mais que cependant il l'avait fait pour Dieu, cl qu'il espérait dans sa grande miséricorde. Il montra une extrême douceur, quand le jésuite auquel il s'était adressé lui dit avec injures qu'il ne l'avait jamais vu. Au nom de sa mère, il pleura. Il dit qu'il avait fait la dépense de trois

— 207 — (te!iM8H) voyages pour avertir le roi, cl que, s'il avait pu lui parler, il eût échappé à la tentation.

On lui dît qu'on lui refuserait la communion, et il répondit : « J'ai agi d'un mouvement humain et contre Dieu. Je n'ai pu résister (l'homme ne peut s'empêcher du mal), mais Dieu me pardonnera, et il me fera participer aux communions que les religieux, religieuses, et tous hons catholiques font par toute la terre. »

Ce qui lui fut terrible, ce fut qu'on lui montra que ce petit reliquaire dont les prêtres l'avaient armé àÀngoulème, en lui disant qu'il contenait un fragment de la vraie croix, ne contenait rien du tout, et qu'ils s'étaient moqués de lui. Il dit vivement : « L'imposture retombera sur les imposteurs. » (DcTbou.)

Il nia toujours que personne lui eût conseillé le meurtre. Mais pour les excitations indirectes, que devait-on croire? Il n'indiqua que les sermons. Du reste, l'extrait du procès -ver bal qu'on a publié porte : « Ce qui se passa à la question est sous le secret de la Cour. »

La chose ainsi limitée, circonscrite, resserrée sur une même tête, le Parlement combina un supplice pour satisfaire le peuple et soùler-sa vengeance. Pour le crime de lèse-majesté au premier chef on avait un supplice horrible , l'écarlèlcment, précédé et assaisonné du tenaïllement. On

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s'en fût tenu là. Mais M. de Guesic, procureur du roi , un magistrat bavard et insupportable érudil , tint à orner ce jugement des petits agréments qu'il avait lus dans les vieux livres, ajoutant aux tenailles le plomb fondu , l'huile et la poix bouillantes , cl un ingénieux mélange de cire et de soufre. Le tout voté d'enthousiasme.

Si on eût laissé faire la foule, l'homme aurait été mis en pièces a la porte de la prison. Ce fut une scène horrible, plus cuisante pour Ravaillac que le fer et le feu. Il s éleva une si épouvantable tempête de malédictions, que le pauvre misérable, qui avait cru le peuple pour lui, tombant dans cette mer de rage, s'abandonna entièrement. Il vit à quel point on l'avait trompé. Sur l'écbafaud encore, il se tourna lamentablement vers le peuple, demandant en grâce qu'on donnât à l'âme du patient qui allait tant souffrir la consolation d'une prière, un Salve Regina. Mais la Grève tout entière hurla : « Judas à la damnation ! »

Les princes et tout ce qu'il y avait de grands personnages avaient des fenêtres cl se montraient fort curieux. Ils n'étaient pas rassurés, l'usage exigeant. qu'entre les tortures on lui demandât des révélations.

A l'un des entr'acles, ce front effroyable, qui n'était plus qu'une plaie, mais gardait une âme,

— S09 — (iOiO-iOL*) déclara qu'il parlerait. Le greffier, qui était là, fui bien obligé d'écrire.

Quand on se remit de nouveau à écarleler Davaillac, la chose allant lentement, un gentilhomme, envoyé sans doute pour abréger, offrit un cheval vigoureux qui, d'un élan , emporta une cuisse. Dès lors, le tronc tiraillé, promené de tous côtes, allait ballant contre les pieux. Cependant il vivait encore. Le bourreau voulait l'achever, mais il n'y eut pas moyen : les laquais sautèrent la barrière, et, comme ils portaient Fépée, ils plongèrent cent fois ces nobles épées dans ce tronc défiguré. La canaille prit les lambeaux; le bourreau resta, n'ayant plus en main que la chemise. On brûla la viande à tous les carrefours. La reine put voir du Louvre les Suisses qui, sous son balcon, en rôtissaient une pièce.

Le procès, que devint-il ? Je l'avais cherché en vain aux registres du Parlement. La place y est vide. Une noie des papiers Fonlanieit (Bibl.), qu'a copiée M. Capefiguc, nous apprend que le rapporteur le mit dans une cassette et le cacha chez lui dans l'épaisseur d'un mur; que la feuille écrite sur l'échafaud fut gardée par la famille Joly de Fleury, qui la laissa voir à quelques savants, et que, quoiqu'elle fût peu lisible, ou y distinguait le nom du duc d'Épernon et même celui de la reine.

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Les voilà tous bien rassurés. Ravaillac en cendres vole dans l'air, et pas un atome n'en reste. La curée peut commencer :

1" L'Espagne cul le pouvoir. L'ambassadeur d'Espagne avec le nonce, Concini et d'Épernon, forment le conseil secret qui ilicte à la reine ce qu'elle dira aux ministres ; on garde les vieux ministres d'Henri IV, Villeroy, Jeanniu, Sillery;

2° Le trésor de la Bastille est partagé elitre la bande. Guise eut deux cent mille écus; Coudé, deux cent mille livres de rentes, etc., etc.

5° Le mariage qu'avait le plus craint Henri IV, celui de Guise avec la grande héritière de France, mademoiselle de Monlpensier, s'accomplit. Henriette d'Entragucs cria, réclama ; mais la reine, devenue sa meilleure amie, lui fit entendre rai son;

4° Concini en prit de l'émulation. Il voulut donner sa fille au fils du premier prince du sang. Pourquoi pas? Visiblement, il succédailà Henri IV. Outre le marquisat d'Ancre, il s'était fait donner les places du Nord, les villes de la Somme, Péronne, Amiens, et il voulait au Midi avoir Bourg en Bresse, la barrière contre la Savoie. Ainsi le royaume n'avait rien perdu; sous l'épée de Concini, au défaut de celle du roi, il pouvait dormir en paix.

Concini ne coucbail pas, il est vrai, dans le lit du roi, mais il occupait un hôtel qui, par un pont

■ elé atir les fossés du palais, l'y faisait entrera toute heure de nuit ; les Parisiens, sans ambages, l'appelaient le pont d'amour, La reine avait eu la faiblesse, d'accorder ce grand mariage qui eût proclame sa honte el la royauté de Conciui. Mais elle ne tint pas parole , soit qu'alors le beau Bellegarde eût fait du tort à Concini, soit qu'elle eût quelques remords et fût plus froide que lui, ne lui pardonnant pas sans doute de l'avoir trop bien instruite du crime qu'on allait faire pour elle.

L'argent s'en allait si vile, que, pour ralentir un peu la débâcle, Villeroy lui-même proposa de rappeler le grand refuseur, Sully. A peine y fut-il que personne ne le supporta, moins la reine que tout autre. Elle voulait tirer de la caisse un million antidaté, comme dépensé par Henri IV. Cette fraude était habituelle. Et le chancelier employa cinq années durant le sceau du feu roi pour fausser les dates. Sully refusa le million et se relira chez lui , ne voulant couvrir les voleurs.

Pour endormir l'opinion, on avait laissé Itohan, gendre de Sully, mener au Rhin quelques troupes. On avait confirmé l'Edil de Nanles, diminué la gabelle, et relire quelques édils. Ainsi le gouvernement, de trois manières à la fois, fondait, s'évanouissait, recevant moins et donnant plus;

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enfin, gaspillant sa réserve. On licencia les troupes, à la grande joie de l'Espagne.

Tout le monde restait armé, excepté l'Etat.

L'insolence des jeunes nobles était incroyable. Ils bàlonnaienl les magistrats. La nuit, ils couraient à grand bruit, réveillaient toute la ville. Les plus grands ennemis d'Henri IV le regrettaient. Henriette, elle-même, disait de ces coureurs de nuit : « Oh I si notre petit homme pouvait revenir ! comme il empoignerait le fouel pour chasser ces petits galants et tous les marchands du Temple! »

La reine, poussée à bout, surmenée par Coudai, qui n'avait ni sens ni mesure, fut maintes fois vue se retirant dans une embrasure de fenêtre, et le mouchoir à la main. Elle pleurait, en pensant à l'autre, si hou, qui la supportait tant!

1* mouvement emportait tout. L'Université et le Parlement avaient accusé les jésuites; d'Epernon les appuya, allant à Ions leurs sermons, et finit par dire : « Qui les attaque m'attaque. » Le Parlement se rejeta sur un livre du cardinal Bellarmin, qui faisait des rois les sujets de Rome. Le président dit que cela revenait à canoniser Ravaillac. Mais le roi fit défense expresse à son Parlement de soutenir les droits de la royauté e! la sûreté des rois.

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L'homme populaire du moment, c'était ce Coudé" (vrai ou faux). Popularité bien injuste. En caressant le Parlement el les huguenots, il n'en était pas moins le partisan avoue des jésuites, le serviteur de l'Espagne dans l'affaire des deux mariages. On crut, fort à la légère, que Coudé ou Soissons, son oncle, abandonnerait d'Éperaon, et on laissa échapper contre celui-ci la voix, du cachot, celle de celle dame d'Escoman qui s'était montrée si hardie à vouloir sauver Henri IV.

Notre chroniqueur Les toile estici grand historien. On voit bien qu'il va mourir, et qu'il a plus que jamais le respect de la vérité.

« Comme un de mes amis disait au président de Harlay que cette femme parlait sans preuves, ce bonhomme levant les yeux el les deux bras au ciel : « Il n'y en a que trop, dit-il, il n'y en a « que trop ! Et plût a Dieu que nous n'en vissions « point tant 1 »

D'Épernon alla le voir et lui demander nouvelles du procès : « Je ne suis pas votre rapporteur; je suis votre juge. » Il insista effrontément comme ami: a Je n'ai point d'ami. »

D'Epernon ne cachait point qu'il voulait la mort de la d'Escoman.

Ce méchant homme avait pour maîtresse la plus méchante femme de France, une bourgeoise fort laide, d'un bec infernal, la Du Tillet. C'est

celle que Tallemant admire, cl donl i! ramasse l'ordure. On jela celle femme à la d'Escoman, pour la dévorer de paroles. Moyen d'amuser le public, deus filles qui se clianleiil nouille, se jettent aux nez leurs scandales, se gourmenl, se roulent. La d'Escoman, galante ou non, tuais si dévouée, si courageuse, n'en reste pas moins à jamais un martyr de l'humanité.

D'Épernon se serait défait de Harlay, de manière ou d'autre. Mais il avait quatre-vingts ans. On lui fit entendre qu'il devrait se retirer, vendre sa charge, ce qui serait un beau denier pour sa famille. Ce qui le décida aussi, c'est qu'il réfléchit que si on poussait la chose, si on déshonorait la reine, loulc autorité périssait. Le 5 mars 1612, Harlay étant encore là, un étrange arrêt fut porté, qui ne déchargeait personne, mais qui, va la qualité des accusés, ajournait tout, élargissait quelques subalternes , et ne retenait en prison que la d'Escoman , donl l'accusation subsistait, el qui, à ce titre, eût dû être d'abord élargie.

Harlay avait cru avoir pour successeur son ami De Thou, l'illustre historien. Mais la reine s'écria : n Non faro maj. » Harlay fut obligé de vendre à uneàme damnée des jésuites.

Paris jugea ce jugement. Lestoile dit tristement de la dame d'Escoman : a A se bander

— 215 — (iflio-ici4) contre les grands pour le bien public, on ne gagne que coups de bâton. »

Ce gouvernement ne descendait pas, il ae précipitait, tombait comme une pierre au fond d'un puits. Il était grand lumps qu'il eût l'appui de l'Espagne. Le 30 avril 1612, Villeroy signa le double mariage et le traité de secours; l'Espagnol y promettait d'entrer au besoin avec une armée pour appuyer la reine. Le trône, isolé de tous, n'avait d'ami que l'ennemi.

Concini avait irrité à la fois les princes, les grands, les ministres môme. Un homme fort intrigant, ancien agent de Biron, le vieux de Luz, lui conseillait d'ôter la Bourgogne à Bellegarde. Les Guises, amis de Bellegarde et de d'ÉpcrnoD, assassinèrent ce de Luz aux portes du Louvre. La reine se sentit insultée, eut l'idée de faire tuer les Guises et d'Épcrnon. Pour oser une telle chose, il fallait l'appui de Condé, et, pour l'obtenir, Concini voulait qu'on lui donnât le château de Bordeaux. Cela tourna la girouette. Elle s'emporta contre Condé, se donna toute aux Guises, leur fit don de cent mille écus, et le chevalier de Guise, qui avait tué de Luz, et tué encore son fils, eut de cette femme insensée la lieutenan.ee de Provence. Bellegarde, première origine du débat, se fit donner les placés des deux assassinés.

Concini, jaloux de Bellegarde, complotait (contre la reine!) avec Condé el Bouillon. Elle le calma en lui donnant le bâton de maréchal, qu'il avait si bien gagné- La reine s'avi lissant ainsi, les princes, Condé et Vendôme, espéraient en profiter. Ils prennent les armes. La reine jette tout à leurs pieds, promet tout. Ils se croient maîtres, mais personne ne les soutient. La reine n'a qu'à montrer son petit roi à cheval. Le peuple se rallie à l'innocence de .l'enfant. Elle se sent usée cependant, et se retire derrière son fds, en le déclarant majeur.

Elle frémissait sous cet abri. Celui qu'elle craignait le plus, ce n'était aucun des vivants. Pour qui aurait été le peuple? pour le siguore Concini ou pour le prétendu Condé?

Le vrai vivant, c'était le mort. Henri IV risquait de ressusciter. Par la voix de la d'Escoman, il réclamait, accusait du fond de la Conciergerie.

Et, à côté de cette femme, un témoin terrible arrivait, un homme assassiné, Lagarde, assassiné par d'Epernon pour avoir averti le roi et d'avance nommé Ravaillac. Lagarde venait montrer ses plaies devant la France, mandée aux États généraux.

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