‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 24 sur 43 · D1S-IS · texte numérisé non relu

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scs nièces en mariage. Concini l'aurait accordée, pour &e remeltre bien avec !e roi cl pour en obtenir, à son prochain veuvage, une fille naturelle d'Henri IV. 11 agissait déjà comme si sa femme Léonora était morte. Elle n'émit pas si folle qu'elle ne devinât tout cela. Elle y mil son veto et empêcha tout rapprochement avec Luynea.

Celui-ci, rebuté, visa moins haut; il s'adressa aux ministres de Concini. il demanda la nièce de l'un d'eux pour son frère, et Richelieu conseillait fort ce mariage. Mais on refusa encore. Et Luyncs, ayant tout épuisé, et bien sûr qu'on voulait le perdre, agit pour perdre Concini.

La reine avait fait une chose ou coupable ou bien imprudente. Elle avait envoyé les gardes du roi à l'année, et lui avait donné ses propres gardes. Luynes montra au roi qu'il se trouvait prisonnier de sa mère.

Mais que faire? l'enfant royal n'avait personne à lui. Deux gentil si iom mes d'assez mauvais renom, qui soignaient ses oiseaux, un commis, un soldat, un jardinier, ajoutez-y Travail ou le Père Hilaire, le Huguenot capucin (V. plus haut), voilà les conjurés illustres avec qui le roi de France conspira pour sa liberté, il n'y avait pas, dans tout cela, un homme d'exécution. Le jeune Montpouiliau, camarade du roi,

— 255 — tl^is-iMil disait qu'il poignarderait bien Coucini, mais dans le cabinet du roi. Celait mettre celuici en péril. On s'adressa à Vilry, capitaine des gardes, pour l'arrêter, ou le tuer, s'il faisait résistance.

On avait bien anêté le prince de Coudé, dit Richelieu ; on aurait pu en l'aire autant pour Concîni. Etrange oubli des circonstances : le roi n'avait personne, et son homme, Vitry, capitaine des gardes, n'avait point les gardes avec lui. Concini, au contraire, ne marchait qu'entouré d'une trentaine de gentilshommes. A grand'neine Vilry en réunit quinze, les cacha, les arma de pistolets sons leurs babils.

Il le prit au moment où il venait le matin faire sa visite ordinaire à la reine. Il était sur le pont du Louvre avec celle grosse escorte. Vilry élail si effaré, qu'il le passa, sans le voir, l'ayant devant les yeux. Averti, il retourne : « Je vous arrête I... — A mi! (A moi!) » — 11 n'avait pas fini, que trois coups, quatre coups de pistolets partaient, lui brûlaient la cervelle... « C'est par ordre du roi, » dit Vilry. Un seul des gens de Concini avait mis l'épée à ia main (24 avril 1617).

Le Corse Ornano prit le roi, le souleva dans ses bras, le montra aux fenêtres. Le peuple ne comprenait pas. On avait dit d'abord que Concini avait blessé le roi. Mais, quand on sut, au con-

traire, que c'était lui qui était lue, il y eut une explosion de joie dans toulo la ville.

La reine mère élait Irès-ef frayée. Son seul cri fut : « Poveretta di me! » Cependant qu'availclle â craindre? Quelque antipathie qu'eût son fiis pour elle, il ne pouvait songer à la mettre en jugement. On se conleuta de lui ôter ses gardes. On mura, moins une seule, les portes de son appartement.

Elle ne montra nulle pitié pour Concinï ou sa veuve. Quelqu'un disant : « Madame, Votre Majesté peut seule lui apprendre la mort de son mari. — Ah! j'ai bien autre chose à faire!... Si on ne peut la lui dire, qu'on la lui chante... qu'on lui crie aux oreilles : L'Itanno ammazzato. »

Mot terrible, c'était celui même que Concini avait dit a la reine, au jour de la mort d'Henri IV, en lui apprenant la nouvelle qu'elle ne connaissait que trop bien I

Léonora tremblante lui demanda asile. Elle refusa. Alors celle femme, ehez qui la reine tenait les diamants de la couronne (comme ressource en cas de malheur), se déshabilla et se mit au lit, eu cachant ces diamants sous elle. On h lira du lit; on fouilla tout, ou mit la chambre au pillage, on la mena à la Conciergerie. Paris était en féle. La.foule cherchait et déterrait le cadavre do son mari, qu'on br-ûla solennellement devant la sla-

tue d'Henri IV, en signe d'expiation. On dit qu'un forcené lui mordit dans le cœur, cl en dévora un morceau.

La vie de la reine mère ne tenait qu'à un fil. Parmi les meurtriers, plusieurs l 'miraient voulu tuer, pensant qu'elle pourrait bien se relever plus tard et venger son amant. Mais Luyncs n'eût osé ni conseiller un tel acte à l'enfant royai ni le faire faire sans ordre. Il la sauva en l'entourant des gardes du roi. Le capucin Travail, le P. Uilaire, qui jadis avait intrigué contre le mariage de Marie de Médicis, cl qui fut acteur et exécuteur dans le meurtre de son favori, croyait que rien n'était fait si elle ne périssait. Il s'adressa à un homme qui était à elle et entrait cliez elle à volonté, son éeuyer Bressieus, l'engageant à la tuer. L'écuyer refusait : «N'importe, dit Travail; je ferai en sorte que le roi aille à Vincennes, et alors je la ferai déchirer par le peuple. » (lièvre rétrospective, H, 505.)

De Luynes, qui avait promis au capucin ['archevêché de liourges s'il aidait a tuer Concini, et qui, la chose faite, ne voulait pas tenir parole, profita des mois sanguinaires que ce bavard avait jetés par folie et bravade, le fit juger et rompre vif.

Le roi avait fait dire au Parlement qu'il avail ordonné d'arrêter Concini, qui, ayant fait résistance, avail été tué. Il ne parlait de

sa mère qu'avec respect, disant « qu'il avail -upplié sa dame el mère de trouver bon qu'il prît le gouvernail de l'Étal. » Le Parlementant le Féliciter.

Le procès si facile qu'on pouvait l'aire à Ooiicini cl à sa femme (spécialement pour cerlaines intelligences avec l'ennemi, que la reine avait pardonnées) , ce procès lut habiiemenl étouffé, détourné. On en lit un procès de sorcellerie. C'élail l'usage, au reste, de ce siècle. Les tyrannies libidineuses des prêtres dans les couvents de femmes, quand par hasard elles éclatent, tournent en sorcellerie, et le Diable esl chargé de louL.

Léonora elle-même se croyait le Diable au rurps , el elle s'élail fait exorciser par des piètres qu'elle lit venir d'Italie, dans l'église des Augustin s. Gomme elle souffrait cruellement de la Lèfe, Montai te , son médecin juif, lil tuer un coq, el ie lui appliqua tout chaud , ce qu'on interpréta comme un sacrifice à l'Enfer. On trouva aussi chez elle une pièce astrologique, la nativité de la reine et de ses enfants. Il n'est nullement improbable qu'elle .lit cherché, quand son crédit fut ébranlé, à retenir la reine par la sorcellerie. C'était, la folie générale du temps. Luynes y croyait aussi. Il avail fait venir, dit Richelieu, deux magiciens

piémonlais pour lui trouver des poudres à mettre dans les habits du roi et des herbes dans ses onliers.

Quoi qu'il en fût de la sorcellerie de Léonora, tout cela ne valait pas la mort. Et ses vois même, ses ventes effrontées de places et d'ordonnances, n'auraient mérité que le fouel.

La tradition de la cour, très-favorable à ces ^uns-là, comme ennemis d'Henri IV, n'a pas manqué d'inventer, de prêter à Léonora des paroles Hères, insolemment hardies, par exemple : » Mon charme fui celui de l'esprit sur la bêtise. » Elle lut décapitée en Grève, et puis brûlée.

La reine se relira quelque temps à lîlois.

D'Épernon, dont Luynes avait peur, ne fut pas inquiété. Seulement on garda contre lui le témoin Dujardin Lagarde, à qui on donna pension, en le priant toutefois de tenir prison, le roi n'étant pas sûr autrement de le sauvée des assassins. Il y écrivit, et fil imprimer, publier son facluin. (1619, Archives curieuses, XV, 145/f

L'infortunée dame d'Escoman semblait devoir nu'n triompher, dans de telles circonstances. Mais Luynes ménageait trop la reine; il craignait son retour. Il lui accorda en 1619 une laveur signalée : c'était que la sentence de 1615, qui arrêtait toul , « vu la qualité des accusés ! »

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lut réformée, au profil de la reine, l'accusation déclarée calomnieuse, la reine et d'Épernon innocentés, et la d'Escoman condamnée.

Le Parlement se prêta à cette volonté de la cour, se payant de l'idée du repos public, voulant relever l'aulorilé, réhabiliter la reine exilée, qu'on chansonnait par tout Paris. La d'Escoman fut condamnée à finir ses jours entre quatre murs, au pain età l'eau.

Il y avait un égout dans Paris, les Filles repenties, où l'on entassait les coquines ramassées dans les mauvais lieux, lesquelles y continuaient leur métier avec des prêtres. (Lestoile, 1610, édit. Miehand, p. 561.) C'est là qu'on mit la pauvre d'Escoman. On lui bâtit dans la cour du couvent une loge murée, sauf un petit trou grille. Elle gisait là par terre et dans l'ordure, grelottante, affamée, pleurant pour le rebut des chiens.

Ce fut la récompense de la personne humaine cl intrépide qui s'était dévouée pour sauver Henri IV, et qui seule en France demanda justice rie sa mort.

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