‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le roi se rapproche des protestants, leur accorde le temple de Charenton. — 1604-1806.

Richelieu nous a tracé de main de maitre le portrait du créateur originaire de sa fortune, qui fut son prédécesseur dans les affections de Marie de Médicis, du signore de Concini. Concini succédait lui-même à ces cousins de la reine, les Orsini, ses premiers cavaliers servants. 11 rendit au roi le service de les supplanter. Un homme de sa condition était moins embarrassant, et pouvait servir la reine avec moins d'éclat et de bruit.

Concini était né en pleine cour, fils du ministre dirigeant de Côme de Médicis, mais cadet, troisième cadet, d'une maison qui n'était pas riche. Il avait eu force aventures, prison,

fuite et bannissement. Il avait été domestique du cardinal de Lorraine; mais c'était un homme charmant, un rieur, un beau joueur, un élégant cavalier. La triste Léonora, si disgraciée de la nature, avait cependant osé regarder le brillant jeune homme. A leur départ de Florence, elle l'aida de quelque argent; el l'usage qu'il en fit, ce fut d'acheter un cheval de deux mille ducats, qu'il eut l'impertinence de donner à Henri IV.

Ce petit fait peint l'homme de la tête aux pieds. Il n'était que vanité, folie, insolence. Il -passait tout le jour au jeu comme un grand seigneur. Il plut d'autant plus à la reine, qui le maria à sa Léonora, afin de le pouvoir garder. Avec cet arrangement, Marie de Médïcis put être sévère à son aise , jalouse de son mari , inexorable el terrible pour la régularité de sa maison. Une de ses filles ayant, la nuit, reçu un amant qui se sauva en chemise, la reine exigea que le roi le fît condamner a mort (par contumace heureusement).

Léonora, modeste et sage, n'aurait visé qu'à l'argent. Mais Concini, un fat, un fou, avec ses goûts de grandeur, ne pouvait manquer de suivre le vent de la cour, qui était tout à l'Espagne. Le grand-duc de Florence , son maître , s'était refait Espagnol. Marie de Médicis ne rêvait que le double mariage espagnol, qui était aussi

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toute la politique de l'ancien ligueur Villeroy.

Un commis de Villeroy, qui déchiffrait les dépêches, en donnait copie à Madrid. Concïni communiquait par une voie pins détournée, par l'ambassadeur du grand-duc auprès de Philippe III ; ses lettres passaient par Florence, pour cire envoyées à Madrid.

Le roi avait ainsi l'Espagne tout autour de lui, chez lui. En avril 1605, il apprit l'affaire du commis, que Villeroy laissa fuir, et qu'on trouva dans la rivière, non pas noyé, mais étranglé.

El, au même moment, un coup plus sensible lui était porté. Les Espagnols avaient gagné Entragues , le père d'Henriette , et son frère , le comte d'Auvergne , déjà mêlé à l'affaire de Biron.

Elle-même était-elle innocente ? Son père disait oui, son frère disait non.

La faute en était au roi, qui n'avait pas su prendre un parti avec elle, et l'avait exaspérée.

La reine, pour faire digérer son nouveau cavalier servant, avait trouvé bon qu'Henriette eût un logement dans le Louvre. Mais celle-ci croyait qu'elle ne la souffrait là que pour la faire tuer un matin. Elle avait prié le roi de la marier, ou de la laisser partir. Il ne faisait ni l'un ni l'autre, lui disait qu'il la marierait, et se dépilait contre elle quand elle cherchait un mari.

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