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11 lu relevait, il la rabaissait. Il reconnaissait son fils, qu'elle appelait mon Dauphin. Il ne pouvait se passer d'elle, et il employait l'homme le plus grave du royaume, Sully, à négocier avec elle dans leurs brouilleries. Une lettre d'Henriette à Sully indique que c'était justement alors qu'il était plus amoureux et d'une impatienteexigence. Elle était Gère et révoltée d'avoir à se soumettre ainsi. De plus en plus, elle songeait à fuir en Espagne, et elle entra 'dans les projets de son père et de son frère.
Qu'elle ait eu dès 1604 l'idée de tuer le roi, qu'elle ait su le fond du complot, je ne le crois pas. Mais certainement elle voulait enlever son fils en Espagne, et le constituer Dauphin contre le Dauphin avec l'appui des Espagnols.
Ceux-ci, qui n'en pouvaient finir avec le grand siège d'Ostende depuis trois années, avaient monté deux machines qui les auraient débarrassés des deux appuis de la Hollande, d'Henri IV et de Jacques VI.
Contre le premier, ils fomentèrent le complot d'Entragues.
Contre le second, ils accueillirent , encouragèrent l'infernale conjuration des poudres , qui commença en même temps.
Le roi, pour être plus ferme contre Henriette, dans ce procès , avait pris une autre maltresse,
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plus belle, mademoiselle de Beuil , qu'il dota, titra à grand bruit, et fît comtesse de Morct. Mais celle-ci n'était qu'un corps. L'autre était une âme, maligne et méchante, il est vrai, mais une âme enfin. Et elle sentait sa puissance. Son père, son frère, furent condamnés ; on menaçait de l'enfermer et de lui ôter ses enfants. Elle ne s'effraya pas. Elle dit toujours bravement qu'elle avait promesse du roi, et que ses enfants étaient les seuls légitimes ; que, du reste, n'ayant rien su, elle ne demandait que trois choses : pardon pour son père, une corde pour son frère, et justice pour elle.
Le roi gracia le père, enferma le frère, et elle, l'éloigna un moment. Mais il la fit revenir.
Insigne imprudence. Humiliée, et subissant et celte grâce et cet amour, désormais insupportable, elle devint tout à fait perverse et trèsdangereuse.
Dans cette cruelle affaire, il avait senti au cœur la pointe du poignard espagnol. On l'avait pris par sa maîtresse. On chercha une autre ouverture, on entreprit de lui ôter son grand serviteur Sully.
Celui-ci venait de prendre une grave initiative. Il se voyait au plus haut dans l'amitié de son maître. II avait reçu de lui comme un nouveau ministère, la surveillance des affaires étrangères
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et du très-suspect Yilleroy. (Lettres, VI, 253). 11 vit que le roi ne pouvait tarder à se mêler directement de la Hollande et du Rhin pour la succession de Clèves : donc qu'il serait obligé de revenir aux protestants. Lui-même , qui les avait fort mécontentés, se rapprocha d'eux. La mort de la Trémouille, celui de leurs chefs qu'aimait le moins Henri IV, permettait le rapprochement. Sully maria une de ses filles à un protestant illustre et le chef futur du parti, le jeune duc de Rohan. (13 février 1605.)
Cela eut effet. Et un moine, chargé d'espionner les gens qui se rendaient au temple d'Ablon, d'espion se fil prosélyte, jeta le froc, et tout haut se déclara protestant.
De là un curieux duel entre Sully et Cotton.
Cotton tâchait de le noircir, et toute la cour aidait à la calomnie. On parvint à faire naître entre lui et le roi un petit nuage qui, heureusement pour la France, se dissipa au moment même.
Lorsque déjà on croyait Sully disgracié sans remède, le roi lui ouvrit les bras. Il faut lire dans les (Economies cette scène touchante dont on a tant parlé et qui a passé en légende.
Par représailles, Sully surprit, montra et publia une pièce secrète où Colton avait écrit les questions qu'il devait adresser au diable qu'une possédée taisait parler. Pièce qu'on trouva ridicule,
mais que nous trouvons tragique, en y voyant certains noms qui vont se représenter à la mort du roi.
Sully, dès lors se constituant avocat des protestants, se rendit lui-même, comme gouverneur du Poitou, a leur assemblée de Chàlellerault. La confiance se rétablit. Il leur dit que, s'ils tenaient à leurs méchantes petites places qui n'auraient pu se défendre, on les leur laisserait quelque temps encore. D'autre part, les protestants le reçurent à la Rochelle. Les portes lui en furent ouvertes, quoiqu'il eût avec lui une petite armée, de douze cents chevaux. Ces excellents citoyens, et les meilleurs de la France, qu'on disait amis de l'Espagne, ne pensaient qu'a lui faire la guerre. Ils régalèrent Sully d'un combat naval où vingt vaisseaux fleurdelisés battaient vingt vaisseaux espagnols.
Sully, désormais bien sûr qu'ils ne soutiendraient pas Bouillon , donna au roi l'excellent conseil de venir lui-même en Limousin et en Quercy. Il y vint avec une armée (sept. 1605), mais elle fui inutile. Bouillon avait donné ordre qu'on ouvrit les places au roi. Une enquête contre les agents de l'Espagne, qui voulaient lui livrer des villes, Marseille, entre autres, révéla des coupables, mais généralement catholiques. La grande masse protestante était loyale et dévouée. Revoir leur roi de Navarre après tant d'années, retrou-
-<- t25 — (iaoweoo) ver vieillie, blanchie, la lète chérie des anciens jours, le camarade des souffrances, des misères et des combats, ce fui un attendrissement universel. Les Rochelois vinrent lui dire qu'il ne passât pas si près sans les visiter; qu'il vînt avec son armée; que toutes les portes lui seraient ouvertes; que, si elles n'étaient assez larges, ils abattraient encore trois cents toises de mur. a Vous les entendez? » dit le roi à (oulc la cour. Et alors il les embrassa par trois fois en versant des larmes.
Second jour d'unanimité, dans ce pays si divisé. Je compte pour le premier jour, non moins mémorable, celui où l'armée d'Henri Ht et celle d'Henri de Navarre, la réformée, la catholique, en juin 1589, s'étaient reconnues, embrassées.
Le roi avait pu reconnaître quels étaient véritablement ses amis, ses ennemis, et combien toutes ses faiblesses pour ceux-ci étaient inutiles. Il était à peine revenu à Paris, qu'on apprit (novembre 1605) l'explosion la plus terrible, le complot le plus scélérat, dont il y ait eu jusque-là exemple, de mémoire d'homme.
Rien n'apaisait les fanatiques, nulle concession ne suffisait. Ils étaient divisés entre eux. Pendant que les doux, les patients, les rusés, vous caressaient, pendant qu'un François de Sales charmait et touchait le cœur, un Parson, ou
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un Garnel, pouvait vous frapper par derrière.
Les percées hardies, violentes, que faisaient les impatients, trahissaient leurs souterrains. Leur Sigismond 111 (de Pologne), emporté par les jésuites, perdit ainsi la Suède. Leur jeune Ferdinand d'Autriche et les princes de sa famille poussaient les choses si vite, que, de Bohême, de Hongrie, de Moravie, on regardait vers la France, et l'on préparait un soulèvement. Venise se plaignait d'avoir une inquisition jésuitique, plus redoutable déjà que l'Inquisition d'État. De partout, un cri s'élevait : « L'Europe est minée en dessous. »
lis protestaient. Plusieurs môme, comme Cotlon, semblaient des simples , des crédules. Pendant qu'on en rit, la nouvelle se répand que ces doucereux personnages ont voulu faire sauter le roi d'Angleterre, sa cour, tout le parlement.
Les jésuites jurèrent que la conspiration était puritaine. Il fallait, pour croire cela, la majorité du Parlement étant puritaine, admettre que ces sectaires avaient conspiré pour se faire sauter euxmêmes.
Les puritains, grand parti, qui avaient pour arrière-garde tout le royaume d'Écosse, et qui se voyaient désormais assurés dans le Parlement, n'avaient que faire d'un tel crime. C'était trop
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clairement l'acte désespéré d'une minorité minime que le roi avait sottement flattée, et qui, trompée dans ses espérances, croyait couper d'un seul coup latéte de l'Angleterre, puis régner par les Espagnols.
Le chef réel de l'affaire, Garnet, supérieur des jésuites, ne fut point mis à la torture; le roi le fil bien traiter. Il nia, puis avoua; mais là encore il se coupait, disait qu'il avait su la chose en confession; et, plus tard, il dit hors de confession. Quiconque lira son procès (State tonals, 1,247,310) dira, non qu'il fut complice, mais qu'il fut l'ame même de la conspiration.
Le monde fut stupélié. On discutait, on attaquait Mariana, sa théorie sur le droit de tuer les rois- Ici la pratique allait bien autrement loin. Il s'agissait d'anéantir indistinctement le roi , les princes, les pairs, les communes, les assistants, tout ce qu'il y avait de considérable dans le pays; enfin, pour ainsi parler, de faire sauter tout un peuple.
11 y avait tant de poudre entassée sous la salle de Westminster, qu'avec le palais, sans nul doute, toute cette partie de Londres eût sauté en l'a îr.
Henri IV vit, je crois, dès lors plus clair dans sa situation. En janvier 1606, il dit toute sa pensée à Sully : Préparer la grande guerre, en
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divisant l'ennemi. Mais avant tout il fallait, en France même, arracher l'épine qui restait encore, réduire le duc de Bouillon.
Le roi alla à lui avec une armée, mais « les bras ouverts. » Pas un protestant ne le défendit. En revanche , les ennemis de la France , les bons amis de l'Espagne, la reine, Villeroy, tous les grands seigneurs conseillaient de le ménager. Le roi le fit en effet, se contentant d'occuper Sedan pour quatre ans, par un gouverneur huguenot.
Bouillon était fini, perdu, surtout dans l'opinion, ayant démenti sa réputation de prévoyance, ayant misérablement livré ses amis. Il ne restait aucun des grands qui pût sérieusement résister.
Mais d'autant plus violemment revenait-on aux moyens du fanatisme populaire. Il se trouvait à chaque instant des fous pour tuer le roi. Un, tout à fait aliéné, l'arrêta sur le pont Neuf, le lira par son manteau et le tint sous son poignard. Un autre, un fou béarnais, se mil à prêcher sur les places contre les huguenots. Des batailles eurent lieu dans Paris, et non sans mort d'homme, entre les deux communions. Un protestant fut attaqué et tué sur le chemin d'Ablon.
Tout cela ne pouvait étonner, quand on entendait les sermons violents, factieux, assassins,