‹ Henri Regnault; sa vie et son œuvreChapitre 6 sur 11 · I IO · texte numérisé non relu

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rence tranquille ou une inquiétante obstination, vingt fois passa près de la mort, de cette mort, qui lui était, hélas ! devenue familière, nous tenons à rappeler ici, la conjurant de ne l’oublier jamais, cette lettre du père Gratry, du noble prêtre, mort aussi depuis quelques jours, et qui devait bénir et consacrer son union :

« Mon enfant, ma bien chère enfant, qu’ai-je à vous demander? J’ai à vous demander l’immense héroïsme de ne pas fléchir jusqu’au désespoir. Maintenez-vous dans la vie, et bientôt, dans l’activité; soyez un des instruments de cette cause pour laquelle il est mort.

a Mourir pour une cause sacrée ne saurait être néant et vanité. Cela est grand et a une suite. Un pareil acte, un pareil don de soi, est une réalité qui subsiste.

« Rien de petit ne se perd ; à plus forte raison, rien de grand. Tout martyr a sa vie éternelle, en pleine et solide vérité.

« Mon enfant , élevez votre âme très-haut. Ce monde n’est pas un jeu cruel, ni une apparence vaine. Le triomphe de toute justice et de tout bien est assuré, le triomphe de la vie sur la mort est certain. Lorsque deux êtres se sont donné la main et ont dit : a Pour toujours, » ils se retrouveront, quoi qu’il arrive.

a Lorsque deux d’entre vous, dit le Christ, « sont d’accord sur la terre, quoi qu’ils de- « mandent, ils l’obtiendront. » Si vous avez demandé le bonheur éternel et l’amour éternel, vous l’obtiendrez. »

«Vues dans cette splendide lumière de la foi et de l'espérance chrétienne, ajoute le père Perraud, qui reproduit cette lettre, les plus grandes douleurs se transfigurent, et l’âme la plus brisée devient, par le don d’elle-même à toutes les souffrances de ce monde, l’âme la plus capable de verser sur les maux innombrables des hommes les plus efficaces consolations. »

Non, il n’a pu périr tout entier! De telles natures et de telles forces , des pensées élues comme la sienne, la Mort stupide les pourraitelle éteindre, étouffer à jamais? Devant les tombes de pareilles âmes, les plus sceptiques, les plus découragés hésitent à désespérer entièrement, doutent de leurs négations et de leurs doutes mêmes, pensent, comme Hamlet, qu’il est au ciel et sur la terre plus de mystères que les philosophes ne se l’imaginent, et ils n’osent vraiment plus affirmer le néant.

Quant à nous, les survivants, portons reli-

gieusement en nous sa mémoire, inspirons-nous de ce grand souvenir, et ayons, comme lui, s’il est possible, la foi toujours et la foi passionnée pour l’Art et pour la Patrie.

9 mars 1872.

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