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Le i septembre, Gustave Flourens était prisonnier, et enfermé depuis trente-six heures dans la maison d'arrêt de Gex. Condamné à mort à la suite des»émeutes de février, dont nous avons donné le récit, le rédacteur des articles de la Tribune militaire dans la Marseillaise avait réussi à dépister la police et à se réfugier à l'étranger. Pris d'une insurmontable envie de revoir la France il avait risqué son va-tout et s'étant fait couper les cheveux, raser la barbe, il avait passé la frontière franco-suisse, à Gex, quand les gendarmes procédèrent à son arrestation. Par un contre temps des plus malheureux, l'autorité avait fait parvenir à la gendarmerie de l'endroit, le signalement d'un criminel de droit commun, activement recherché et dont on- croyait tenir la piste. Les changements apportés par Gustave Flourens à l'expression de sa physionomie par la coupe de sa barbe et de ses cheveux avaient imprimé à ses traits une ressemblance dont la gendarmerie fut la dupe, lui la victime.
Quand une fois arrêté on demanda au fameux conspirateur d'établir son identité, puisqu'il refusait d'avouer être l'auteur du crime de je ne sais plus quel gros propriétaire de l'Ardèche, du Périgord ou de la Nièvre, le journaliste se trouva dans l'embarras le plus cruel. Rien ne lui était aussi commode que d'éclairer d'un mot la discussion, il n'avait qu'une
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vauMuissait, m, us roslail l'émculier, et l'émcuticr Be trouvait, étant condamné à mort, dans une position non moins critique. Plourens prit lu lutioD de ae rien répondre aux questions qu'on lui adressait et d'attendre tout du hasard. Il n'eut qu'à Be féliciter de cette attitude.
Une après-midi il vit entrer dans son cachot le lien-chef qui lui «lit, en désespoir de cause:
— Voulez-vous uiK- dernière fois, oui ou non, donnera la justice et dans votre intérêt même les
lircissements qu'elfe réclan L'accusé ne répondit pas.
— Très-bien, répartit alors le représentant de l'autorité, nous verrons si vous vous renferm dans le même mutisme en présence de M. le procureur de la République.
— Comment le procureur delà République? \ous voulez dire, M. le procureur impérial, répliqua Gustave Flourens.
— Non, je dois dire M. le procureur de la République. Ah! c'est vrai, vous ne savez pas. vuus : Depuis hier l'Empire est renversé, l'empereur est prisonnier, la République est proclamée en France !
I Durons, Btupéfait, ae Be sentait plus de j<
— Monsieur, demanda-t-il a l'agent, pourriezvou8 me faire immédiatement parler au sous-préfet ?
— Pourquoi au sous-préfet?
— J'ai une chose importante à lui confier.
Le sous-préfet se présenta bientôt et confirma à l'héroïque Flourens la nouvelle que le gouvernement de son pays était bel et bien dorénavant la République. Il lui nomma les membres du gouvernement provisoire à seule fin qu'il ne pût en douter. A l'audition du nom de Henri Rochofort, le détenu s'écria : « Monsieur, je suis M. Gustave Flourens, condamné à mort pour l'insurrection de février, voilà pourquoi ignorant la chute de l'Empire, j'avais refusé de faire constater mon identité. Veuillez me permettre de télégraphier à mon ami Rochefort, pour qu'il donne l'ordre de me mettre en liberté. »
Cette fois ce fut au sous-préfet de Gex de rester cloué par la stupeur. Il tira sur le champ « l'ami » .du membre du gouvernement de son cachot, le pria d'accepter une invitation, se mit à sa disposition, s'excusant d'une méprise dont il redoutait peutêtre les effets.
La réponse à la dépêche du faux « assassin du gros propriétaire » était arrivée de Paris. Guslave Flourens remercia le fonctionnaire et vogua le soir même vers la capitale. .
Rochefort rit aux larmes quand Flourens, après l'avoir embrassé, lui conta de point en point cette aventure, et c'est de l'auteur de la Lanterne que nous en tenons, nous, l'authentique récit.