RÉAPPARITION DU « MOT D'ORDRE
Le Mot d'Ordre fit sa réapparition quelques tours après le triomphe de l'insurrection parisienne, bravant ainsi le décret de suppression du général Vinoy. Le journal cependant fut loin d'emboîter le pas aux feuilles aveuglément dévouées à la Commune et en maintes occasions, de rudes avertissements furent donnés aux directeurs nouveaux de l'Hôtel de Ville par l'ancien membre démissionnaire du gouvernement de la Défense : la candidature pour des élections complémentaires ayant été offerte dans un des arrondissements de Paris, à l'auteur de la Lanterne, celui-ci déclina le mandat pour des motifs de santé.
Le rôle d'Henri Rochefort à dater du 18 mars jusqu'au 21 mai 1871 fut donc exclusivement
celui d'un bomme «!«• lettres appréciant au jour
ixquels il assistait. Le rédacteur en chef de la feuille indépendante n'exerça aucun commandement législatif ou militaire, il se tint dans un écart absolu, conservant ainsi pour l'avenir toute sa liberté «l'action. I dirr
qu'il •. • ménager une ligne de retraite en
Paris .' ' supposition i
par quelques-uns s, il répondit,'
et les conseils de guerre ont justifié son ai tion :
yez-vous que le rédacteur en ch«-f du '•(' si Paris vient à Buccomber soit moins ix pénalités les plus rudes que e'immembre >\<- l'Hôtel de Ville ? P( voua qu'il y ait moine de naine à Versailles contre le simple journaliste Henri Rochefort que contre le plus détesté des chefs de l'insurrection ?
iministration de Versailles ne retenait, en cuVt. des articles du pamphlétaire, que ce qui était décoché de traits sanglants à l'a le la
réaction, et dans cet ordre impie
récoli
La Commune, elle trouva qmdqi. : . Quand
suppr
mise à un deuxième siège, Henri Rochefort combattit cette mesure au nom de la liberté,
na de la sorte l'esprit de nombre des membres de la majorité.
Au fur et à mesure que la situation se tendait, ses vues se rapprochèrent de celles de la minorité, hostile, elle, à la mise en pratique des procédés extrêmes. La création d'un Comité de salut public et le vote sur la loi des otages amenèrent la divergence complète d'opinion et creusèrent immédiatementi le*- fossé. Dans un premier Paris, Henri Rochefort déclara solennellement que les attentats de Versailles ne justifieraient en rien des arguments aussi sommaires de la part des fédérés. Tout en stigmatisant avec sa verve accoutumée les meurtres inavouables accomplie par des généraux bonapartistes conservés en fonctions en dépit de leur louche passé, il s'insurgea contre l'idée de donner à leurs exactions sans nom, une terrible et inhumaine réplique. Il terminait enfin en annonçant que le jour où cette loi de « garantie » recevrait son commencement d'exécution, le Mot d'Ordre, résolu à ne point avoir à enregistrer des faits de cette nature ni à discuter sur des actes auxquels il était opposé, cesserait de paraître, attendant que le combat passionné engagé par Versailles contre la capitale fût achevé.
Dans le même numéro, le Mot d'Ordre publiait, en outre, une lettre de Nathaniel Rossel. On se souvient qu'à la suite d'une attaque repoussée par les gardes nationaux, Rossel, alors délégué à la
: vu n "iit flotti
de h.
mu'
tant c Le drapeau tricolore flotte sur le fort
..•luit ù l'Hôti Ville, il devait y
• devant une cour
■n d'un membre de la
Commun»» facilita . de la chambre
it U-mpo- ■ levard Saint-Germain, il avait i
I qui fut in ire.
lit journellem»}nt l'insurrection, provoquaient d'heure en heure une agitation plus menaçante : Henri l comprit q .r le
mait de lui u I ible fer-
"ludions :i journa .
de M. C «lu dix-huitièi nt, prévenir
l'an»-
. son dation.
Ce fut dans ces circonstances douloureuses que Rochefort convint avec son secrétaire, M. Eugène Mourot, de quitter Paris le 17 mai.
Les fugitifs devaient gagner incognito l'étranger, car si force leur était faite de s'éloigner de la capitale, il leur fallait éviter avec un pins grand soin encore de tomber entre les mains de l'armée de Versailles assiégeante qu'ils avaient si malmer née dans leurs écrits et dont ils s'étaient fait une ennemie irréconciliable.
Rochefort parvint à se procurer un passeport au nom de M. de Luçay qui est son second nom de famille, et s'embarqua sans être reconnu à la gare de l'Est en compagnie de M. Mourot. L'auteur de la Lanterne n'avait pris aucun déguisement, mais une chose le changeait un peu cependant, c'était la coupe complète de son abondante et légendaire chevelure en coup de vent. Les cheveux néanmoins n'avaient point été rasés pour le départ. C'était à Bordeaux qu'ils étaient tombés sous les ciseaux. Quand Rochefort avait eu la tête envahie par son erysipèle, le docteur pour appliquer les appareils nécessaires à la guérison, avait ordonné de couper tout ras la chevelure.
Les personnes qui sortaient de Paris, pendant le second investissement, étaient soumises, à certains points des lignes de chemin de fer, à une visite rappelant celle qui est exigée aux pays frontières. A l'est de Paris assiégé c'était à Meaux que
LA (il
mêm mn lient q lus inter-
lient parti immune,
ille en proviac nplement, — ce dernier
[uemmeot, — porievi de journaux insurreetionne
'«1 i n que Henri I
at leur identité. Si le fonctionnaire susnommé eut été quelque nouveau venu l'administration et dans cette pièce, il m pu que la Qgure si caractéristique pourtant incien représentant du p«'ii|>!e i ses in iod un train ittend et que
:ues minutes seulement sont accordées à une
-si veinent rapide, unis par un hasard malheureux, le lire de police pré] ment un jeune homme qu
immandé i Henri Rochefort, ut eppo] '. fait entrer en cette fonction.
Un l'i< niait n'est jam . dit-on. L'adage n< mentit p i
Henri R eomm dernier »i a
d'opérer l'arrestation de son bienfaiteur, ce à quoi ne manqua pas du reste. A peine eut-il jeté les yeux sur le fugitif, le fonctionnaire dit d'une voix timide, où perçait la gêne cependant :
— Comment vous nommez-vous, monsieur?
— De Luçay, répliqua le rédacteur en chef du Mot d'Ordre.
— Vous êtes monsieur Victor-Henri de Rochefort-Luçay, n'est-il pas vrai ?
— Oui, monsieur.
— Veuillez me suivre, la mission que je remplis est pénible, mais les ordres que j'ai reçus de Versailles sont formels ; au nom de la loi je vous arrête. « Je vais télégraphier aussitôt pour savoir ce que le gouvernement veut faire de vous. »
M. Eugène Mourot partagea le sort de son compagnon de voyage. Les deux journalistes n'opposèrent d'ailleurs aucune résistance aux agents qui s'assurèrent de leurs personnes et qui les emmenèrent en prison. Ils furent conduits à la geôle de la ville et tenus, en attendant les renseignements gouvernementaux ultérieurs, dans le secret le plus absolu. C'est ici que se place une aventure tout à la gloire du pamphlétaire.
Au moment où Henri Rochefort fut incarcéré, les Prussiens, maîtres des provinces de l'Est de la France, occupaient en souverains la ville de Meaux. L'administration française qui fonctionnait dans les localités envahies était sous la dépendance
■ de l'autorité onn
• nature qu'elle fût ne pouvait
■ a définit
,1 commandant le district. A gouverneur militaire étran sonnes franchissant Bea
une après-midi, 1 • directeur vinl avertir Henri ! I
Mandant la ville, désirait lui ■
battr
rend' iuverneur ap]
moment. 11 salua le prisonnier, étonné visite ii; .i dit, chose plus inat-
tendue i
— Monsieur de Roehi-fort, si 'y pren Is la liberté de me présenter fuej'ai connu
intimement autrefois, au temps où il était exilé
imte d'Artois, M. le marq fort-Luçay, votre grand-pèi ' 's d'ami-
tié qi: :i établis entr
moi m'ont fait un devoir de cette d . J*ai
appris la situation au*
ad • i«i : tout m'obéit : d'un
ut à l'ai.
tomber ainsi au pouvo
vouli malheurs, qui peuvent résulter
pour vous de ce transfert et recouvrer sur le champ votre liberté, dites un mot, en souvenir de votre grand-père j'ordonne immédiatement que vous soyez libre. »
La réponse de Henri Rochefort fut chevaleresque et digne d'un patriote. français. Le prisonnier n'ignorait pas la haine dont le poursuivaient les hauts dignitaires capitulards, entre les mains desquels la police allait le remettre, il savait à n'en pas douter qu'après la lutte dont Paris était le théâtre, les passions que la guerre civile déchaînait, serviraient de prétexte à l'assDuvissement de toutes les rancunes, dont, lui, se trouvait être un des principaux points de mire. Sa vie était menacée, cela était incontestable, s'il l'eût oublié, les indifférents mêmes le lui rappelaient.
Néanmoins, ce fut par ces paroles simples et admirables qu'il déclina le secours qu'une main étrangère lui offrait :
— Monsieur, je suis touché du souvenir amical que vous avez gardé de mon grand-père, et aussi de l'assistance que vous étiez prêt à prêter à son petit-fils, mais je ne saurais accepter — quelles que puissent être pour moi dans l'avenir les conséquences de ce refus — aucun service d'un ennemi qui foule le sol de France. »
Et l'ex-représentant du peuple de Paris réintégra aussitôt son cachot
A quelque opinion qu'on appartienne, est-il
i \ DOMM0MB i 45
ble de contester la grandeur d'un paroi irait? An point de vue réactionnaire même, il me Bemble qu*ij y eût <lù avoir Bcrupule à D*en point tenir compte. Lorsque L'éminent détenu trans de tfeaux à Versailles passera en jugement devant
officiera français, un toi acte ne pèsera-t-il point dans la balance?... Je me place ici dans la situation même de ceux qui furent appelés à se prononcer. C'étaient des colonels, des comman dants, des gens d'épée, plus aecessii -t du
moins le caractère qu'on leur attribue] aux ch qui touchent an point d'honneur. Cet acte de haut patriotisme n'aurait-il pas du emporter dans leur esprit, toutes les accusations et toutes les culpabilités passées? Et quelles étaient ces culpabilités? Des délits de presse !
Nous verrons plus tard de quel poids fut auprès des officiers qui rendirent Strasbourg, qui rendirent Paris, la belle conduite de l'ex-élu de Belleville, assis sur la sellette pour n'avoir pas voulu voir laisser briser par un général ennemi, les menottes qui étreignaient ses poings ! Henri Rochefort fut, sur une dépèche venue du ministère de l'intérieur, transféré de la prison de Meaux à la
iD Saint-Pierre à Versailles. Entre autres douleurs, le trajet lui ménageait ce premier i
ut. Au sortir de la geôle, le prisonnier monté en fiacre, aperçut des uhlans groupes autour des deux véhicules qui transportaient Eugène Mourot
et lui, séparément. Ce fut sous escorte prussienne que le convoi quitta la ville, ce fut sous escorte prussienne que les prisonniers arrivèrent.dans le département de Seine-et-Oise.
Quand les voitures gravirent le plateau de Satory, qui était l'endroit désigné pour la remise des détenus à l'autorité militaire, M. le général de Galiffet était sur un tertre entouré d'un brillant état-major. Un sous-olficier vint prévenir l'officier supérieur de l'arrivée de l'ex-membre de la Défense nationale et de celle de son compagnon. Lorsque le nom d'Henri Rochefort fut prononcé, le général communiqua la nouvelle à son entourage, Aussitôt, capitaines , lieutenants , sous-lieutenants, etc., s'approchèrent des voitures arrêtées en ricanant.
Henri Rochefort, en se penchant à la portière, s'aperçut des plaisanteries de haut goût dont il était l'objet. On connaît sa promptitude, en semblable cas, pour la réplique. En un instant, il eut trouvé de quoi faire cesser les lazzis et même de quoi faire passer les rieurs de son côté.
En 1868, aux jeux de Spa, l'auteur de la Lanterne avait rencontré au Casino de cette ville d'eau, la belle-mère de M. le général de Galiffet, Mme Lafitte. Cette dame ayant risqué à diverses reprises des sommes assez rondelettes au jeu et, poursuivie par la déveine, était décavée et aux abois. Elle s'adressa à Henri Rochefort pour ré-