MARIAGE IN EXTREMIS
Lorsque L'ex-membre du gouvernement de la ise fpanchit le Beuil de la prison Saint-Pierre
il fut, suivant la règle de la maison, dépouillé de argent Les sept mille francs dont il était porteur, furent consignés au greffe, le registre de '•le s'ornementa de ce nom nouveau, Victor- Henri de Rochefoit-Luçay, et le prisonnier en parcourant d'un coup d'œil rapide et à la dérob liste des insurgés incarcérés put se rendre compte qu«- cette prison n'était destinée qu'aux sommités révolulionnain tux but lesquels l'autorité
voulait tout sp ut veiller. Le plus
rigoureux, cela va sans dire, entourait la cellule de tout arrivant dans ce triste lieu. Dès le début
cependant Henri Rochefort eut le bonheur extraordinaire d'échapper à cette réclusion étroite. Avant que la justice militaire n'ait prononcé la culpabilité ou l'innocence d'un « rebelle » celui-ci avait, s'il possédait des ressources personnelles, le droit de faire venir de l'extérieur, par l'intermédiaire du gardien de service, les vivres qui lui plaisaient. I] n'était point forcé de suivre le répugnant régime de la prison. L'état de fièvre, dans lequel de semblables répressions jettent l'infortuné qui les subit, fait en général que les premiers jours de la détention la victime prend peu ou point de nourriture. Puis insensiblement le calme s'opère, l'estomac revendique ses droits, et l'incacéré réclame bientôt l'acquisition de mets fantaisistes. Un jour qu'il avait chargé le surveillant de lui acheter je ne sais plus quels fruits et du fromage blanc, Henri Rochefort remarqua, quand le gardien lui remit le panier, que le dit fromage était enveloppé dans un bout de papier imprimé.
Après le départ de « l'employé. » le pamphlétaire déplia soigneusement le contenant et bénit le contenu du plaisir intellectuel qu'il lui causait.
Etait-ce un hasard ? était-ce une attention du marchand chez lequel le surveillant avait fait l'emplette? Toujours est-il que la feuille qui recelait le fromage, était un journal du matin, plein des plus curieux renseignements. La déchirure-car le
MNT-PIFHIŒ 151
jour:
>risé le prisonnier m mil le lendemain à faire da froma-
irdien inconscient df !
rénements
■ journée s'y trouva i
veille H avait
-, l'intell et sympathiqi: int avait imaginé,
traire at, deluipro isi, sans avoir
l'air do rien, 1rs Douve
fut un or^' a de caseum » interrom loment parla crainte qu'une assiduité trop grande ne finît par Inventer le subterfuj
chef du Mot d'Ordre apprit de cette étraj : la chut»' de I
les fusillades. Il sut au jour le jour le nom : vite,
sur qui 1 la prison Saint-Pierre se
lient comme sur lui.
■■rel horr: '•.•qut-1 il s'agitait,
tant du peuple accueillit la visit.* «J-- M. 1
in aumônier • it rare qu>- de !a conversa-
lion, même banale, il ne s'échappe pas une bribe, bonne à retenir. En parlant de la. pluie et du beau temps on arrive souvent à savoir le nom d'un voisin de cellule avec lequel bientôt on parvient à correspondre/ à l'aide de billets passés en cachette par une sentinelle que votre situation sinistre intéresse, et dont on reconnaît l'intérêt par le don d'un verre de vin, ou d'une tranche de jambon.
Un système adopté par Rochefort, le soir même de son entrée à la geôle Saint-Pierre, était celui que nous allons décrire. Il faisait régulièrement acheter deux ou trois fois plus de vivres qu'il n'en voulait consommer, puis, affectant un dégoût pour les victuailles fraîches, appétissantes auxquelles il n'avait point touché, il priait le surveillant de Vouloir bien « enlever tout cela » et d'en disposer comme il l'entendrait. Il n'est point difficile dô deviner comment un gardien, qui ne mange d'ordinaire qu'une modeste soupe « dispose » d'une côtelette de mouton et d'une bouteille de vin répudiées par un prisonnier. Je ne dis point que, de prime abord, le sulbaterne de l'administration ne se tienne pas un peu sur le qui vive. Ce « panem et circences » quotidien dénote une intention nette du détenu de se mettre bien avec le geôlier, pour ensuite le questionner. Si le donateur commettait l'irrémédiable faute de brusquer les choses, et, dès le principe, d'adresser, même d'une manière détournée, des interrogations au donataire, c'en
la MUS01I BA1MT-PIBUU i03
est f;nt, l'échec est certain. Mais si Ifl prévenu i Fabius Cunctator pour la
dco, si ! b cadeaux de fruits di suc-
i[ aux beefleaka d l lea morceaux de
fromage aux légumes les plus va lea atten-
tions durent cinq ou aix jours, sans que la perûdie montre la tète, il est bien rare que le surveillant attende même l'invitation qui lui serait faite de parler, et ne rompe pas de lui-même le ail heureux de pouvoir s'acquitter de prévenances qui lui semblent enfin désintén
procédé qu'Henri Rochefort sut bientôt tout ce qui se passait dans la prison. Il apprit d'abord que son voisin de cellule de droite était Nathaniel Rossel, son voisin de gauche Gustave Courbet. Il obtint, en sortant de son étroit cabanon, pour se rendre, soit à la promenade, soit au greffe, l'autorisation de frôler les portes de ses compagnons de captivité, et parvint ainsi, à courte date, à correspondre, en lançant un mot d'écrit, à
robee, par le guichet.
Ce fut principalement avec Rossel que le pamphlétaire conversa par lettres. Le caractère Ju jeune capitaine d'artillerie avait toujours séduit le journ opinions républicaû peuvent
u o'étre p i? discu
table, et c'était un t< mr lequel
l'homme de lettres et l'homme d'épée pouvaient
cordialement se rencontrer. Si Henri Rochefort avait sacrifié à la défense de Paris et de la France sa fortune est une portion de sa popularité, s'il avait risqué la mort dans des circonstances que nous avons enregistrées, plutôt que d'accepter la liberté d'une main prussienne, Rossel, lui, de son côté, avait fait preuve d'un dévouement sans bornes à sa patrie. Enfermé dans Metz, où il faisait partie de l'armée du maréchal Bazaine, il avait prodigué son talent militaire dans le service qui lui incombait journellement. Devinant, à la suite des insuccès successifs, la pensée secrète et tortueuse du généralissime, il s'était efforcé de lier des relations avec des officiers patriotes et mécontents, et d'organiser une conspiration véritable dont le but était le renversement du commandant en chef, à l'heure prévue où celui-ci afficnerait manifestement ses lâches projets.
Une vingtaine de militaires de tous grades ouvrirent l'oreille aux propositions du capitaine d'artillerie, et résolurent d'en appeler à l'armée quand on lui annoncerait enfin la capitulation. Malheureusement pour Metz, malheureusement pour la France, les projets de Nathaniel Rossel ne purent recevoir leur exécution. L'affaire fut ébruitée, et le chef du complot joua en réalité sa tête. Bazaine livra la ville qu'il était chargé de défendre. Il livra un corps d'armée de 175,000 hommes, immobilisant une force de 200,000 Allemands, permettan
LA PRISON BAINT-PIKB.RI
de la aorte iu prince Frédéric-Gharl ruer
sur Paris, do battn m ment n
3 ttion oa deçà d< o( ce tut dans un intérêt dynastique,,pour le maintien de hi famille Bonaparte but le trône, qu saine sacrifia ainsi Bon pa^
Rossel ne pouvant impêcher ce crime résolut d'échapper à ses effets. Préférant tout à l'internement en Prusse et aux houles du pa is les fourches caudioes, il ae songea plus qu'à s'évader. Quittant la ville, il procurer des ments civils chez des paysans, et se mit en route en rase campagne. A.prèsdes péripéties Bans nombre, : la frontière belge, et Bruxelles où il ne demeura que quelques jours. Ce n'était pas
jouir d'un iv: mie, que cette ami
doreuse et fiere avait affronté les plus grand rils, et le premier devoir qu'il accomplit après des nouvelles données à sa famille, fut d'informer le gouvernement de Tours, de tout ce qu'il avait pu voir en chemin <T de se mettre à as disposition. M. Gambetta lit venir immédiatement le I caj haine et le chargea de ta formation d'un camp dans le Nord. L'activité du jeune conspirateur patriote s'étiola durant la Beconde période de la lutte.
1 avis qu'il [inL la liberti à Tours,
irent eo haut li«-n ; et ce fut dans c<
hou secondaire, n an plan lointain, qu'il
vil défiler devant s. -s yeu.\, gros de larmes, les
dernières phalanges françaises vaincues et partant en captivité.
Lorsqu'il s'agit de reddition définitive et de cessation absolue des hostilités, Nathaniel Rossel, d'accord en cela avec quelques hommes éminents, prêcha de nouveau la résistance quand même, ne désespérant pas du relèvement de la nation. Comme à Metz, ses efforts devaient être vains, Paris livré entraîna la France dans la débâcle !
Il resta des folies, des inepties, des trahisons de cette néfaste campagne, une haine profonde au cœur de Rossel, contre tous ceux qui, de près ou de loin, de gré ou de force y avaient participé. Lui, l'homme de guerre qui ne s'était jamais mêlé de politique, ne conserva plus d'estime que pour les hommes qui, depuis le 4 septembre, avaient prophétisé les désastres et qui s'étaient à diverses reprises insurgés contre les gouvernants ou capables de les laisser par leur inaction s'accomplir.
La démission donnée bruyamment par les dépulés révolutionnaires de Paris à l'Assemblée de Bordeaux, hostiles à l'acceptation d'une paix honteuse, fut le trait d'union tout naturel entre le conspirateurs de Metz el les révoltés de la capitale. Une lettre du capitaine Rossel fait foi de nos assertions à cet égard. Au lendemain de l'insurrection du 18 mars, il écrivait, en effet, une lettre, demeurée célèbre, au ministre de la guerre, siégeant alors à Versailles, déclarant à cette « Excel-
LA PRISON BAIN1 -PISRRI i <~
leoc6 " que bien que oe connaissant rieo au programme politique dea insurgés, il envoyait sa démission de capitaine dans l'armée active el pa aux insurgés, lesquels représentaient, ajoutait-il, [es idées de résistance et de rébellion contre les capitulations.
Nous n'avons pas à réfuter ici les insinuations ridicules qui, a la Buite de la répression do mai, ont paru dans les journaux réactionnaires, feuilles du grand parti vainqueur ont Bouvènt qualifié de " Prussiens » tes Parisiens fédérés qui soutinrent si dignement l'honneur de Pans durant le premier siège. S'il est un argument de nature à mettre en déroute à tout jamais les accusations grotesques de non-patriotisme des fédérés, n'est-ce lui que fournit la présence même à la tète de ce Français dont le cœur vibra du plus pur patriotisme?
Mus revenons aux cellules de la prison. La correspondance entre Rochefort <-t Nathaniel 11 traite d'abord des questions privées qui intéri les prisonniers, des chances de telles ou telles condamnations devant lf s conseils de guerre. Puis. une fois ces condamnations prononcées, des ] : bilités de leur mise ou non mis.- à exécution. Lorsqu'on n-lii ce saignantes, la poitrio serre et la main qm tient ces feuilles où l'écriture a pâli, aésite «-t trémie!
des jours qui précèdent l'adossement de I
poteau de Satory. Le condamné à mort, répondant à la proposition de collaboration à un organe républicain que fonderait Henri Rochefort en cas de sortie de prison dans l'avenir, après un décret d'amnistie, affirme qu'il deviendra avec joie rédacteur de la feuille en expectative, pour y étudier à fond les questions militaires. Rossel ne croit pas la sortie de prison prochaine encore, mais, l'idée qu'il puisse être fusillé s'éloigne absolument de son esprit. « On ne l'osera plus maintenant », prétendil. Il se persuade même (Rochefort lui ayant dit qu'on parle pour eux d'une détention perpétuelle aux îles Sainte-Marguerite — l'auteur de la Lanterne essayait de rassurer son malheureux voisin) — que c'est à cette résolution que s'arrêtera le pouvoir. '
Rossel, le patriote, devait tomber percé de balles, au nom du respect de la discipline militaire. Et c'était le Bazaine, le traître qui devait aller dans une villégiature fleurie, commué par la complicité de ses pairs, attendre l'heure où ceux-ci lui accorderaient l'autorisation de se dérober encore aux rigueurs adoucies de la loi. L'histoire n'a pas dans ses annales à enregistrer de scandale comparable à la monstrueuse et criminelle partialité qui livre Nathaniel Rossel au peloton d'exécution, et rend Bazaine à la liberté et à la vie fastueuse 1
Une des premières visites que Henri Rochefort avait reçue dans la cellulo de sa prison avait été
plupart '1
\u\ prera
an prévenu, quatre- YÎ
luis traduit d< tribunal,
lîtront n-
II arrive pr< ours aussi qui' l'office
qui ide inei".
prit, insiste, invoquant les avantagea que ents fournis de bonne volonté pourront-avoir dans la
ir l'inculpé, Pour un juge instruc l'instruction est couune aile, s'il parvient
à arracher un av. t, il en résulte un
avan lus ou moins rapide. 11 n'est donc
rien de CO00J dans lequel ; com::
. >ns. Lorsque la : dite à
d'or
pour ir rainasse d'ordinair
paperasses étalées préalablement avec majesté sur la table, recampe la serviette en cuir de Russie sous son bras, et, faisant signe au sergent qui l'assiste dans cette démarche, opère une de ces retraites... de Russie... également comme la serviette qui renferme les documents. Mais quand le malheureux incarcéré n'est pas au courant des procédés de l'autoritarisme, souvent il cède aux menaces qui suivent, dans ce cas, les prières adressées en vain. Après la tentative formulée dans les termes doucereux énoncés plus haut, il est rare que le capitaine rapporteur n'essaie pas sur le moral d'un pauvre diable l'effet de cette intimidation : « Vous savez, monsieur, à quelles pénalités vous expose votre obstination inconcevable entravant l'œuvre de la justice? » Le geste qui accompagne habituellement ce boniment, l'emphase avec laquelle les r sont roulés, et les dimensions attribuées au mot «justice », bouleversent les ingénus et les perdent à tout jamais. Il est par trop naïf aussi, vraiment, on en conviendra, de donner soi-même à des ennemis politiques des armes offensives contre soi.
Le premier soin d'Henri Rochefort fut de refuser de fournir au capitaine instructeur le moindre argument pour l'échafaudage de l'acte d'accusation. Dans cette circonstance spéciale, cependant, cette conduite, — et celui qui la tenait ne s'illusionnait pas sur son efficacité, — fut sans résultats
LA MUtOfl IAINT>PRMH 4C1
appréciables. Les principaux, on peut dira même oootra l'ex-ndéputé de ivileville étaient des délits de presse, et les^aii ■ignés par loi et parus dans le Mot d'Ordre dont «▼ornement de Versailles possédait la collection, figuraient an dossier, coupés au jour le jour depuis le N mars, et annotée avec le plus grand soin.
Henri Etachefort n'avait exercé aucune fonction durant la période insurrectionnelle, le combat qu'il
soutenu contre l'Assemblée était tout moral. En d'autres temps, ils eussent pu attirer à leur auteur des peines très minimes, de simples amendes. Mais il convenait aux passions réactionnaires de.hainees alors de laissera la répression un essor plus ample. -Elle n'eut garde de manquer à ce saint tir. Vingt-six chefs d'accusation s'étagèrent sur la Feuille de mise en jugement de l'auteur de la umierne. Responsabilité murale de ceci, complicité morale de cela, délits nouveaux, procès de tendances, innovations fantaisistes d'un singulier aloi. —
Avant de pénétrer dans l'enceinte du troisième conseil d< . avant de suivre les débats de
cette juridiction exceptionnelle, jetons donc un coup d'œil rapide sur la position respective des accuses et des jugi ,MS loyalement les con-
ditions d'impartialité dans lesquelles pouvaient être édictés les arrêts.
En bonne justice, la première condition requise pour assurer le respect de la chose jugée, est que celui ou ceux qui sont appelés à statuer sur une cause soient complètement désintéressés dans la question. En était-il ainsi en 1871? Sans vouloir discuter longuement sur ce chapitre, nous ferons simplement ressortir cette étrange anomalie : Au banc des juges siègent les officiers qui ont écrasé Paris ; sur la sellette sont assis les insurgés qui ont lutté contre les juges. Les vainqueurs ce sont les juges, les vaincus, ce sont les accusés. Sont-ce là les lois ordinaires, sont-ce là les saines garanties dont on doit entourer des verdicts ?
Un grand nombre d'officiers, d'ailleurs, étaient tout dévoués encore à l'Empire, et cette complication de l'hostilité reconnue des opinions entre accusés et accusateurs politiques, s'ajoute aux considérations exposées. En ce qui concerne Henri Roche fort surtout, il était certain que les bonapartistes du conseil de guerre ne pouvaient point ne pas voir sous la personnalité, détestée par eux, du rédacteur duMot tV Ordre, \& personnalité plus encore abhorrée du lanternier. Nul ne contestera même que la première incarnation, découvrît totalement la seconde, et dans la rigueur du jugement rendu le tort fut peut-être moins, aux juges forcément passionnés qui le prononcèrent, qu'au gouvernement qui permit à ceux-ci de le prononcer.
Quoi qu'il en soit, en septembre 1871 Victor
i \ PRI! ,I\E
Henri de Elochefort-Lucay comp mt le
int à Versailles prévenu de complicité morale de tous 1rs faits accomplis dans Paris. Deux de Bel collaborateurs MM. Eugène Mourol el Henri Maret étaient assis aui côtés de leur rédacteur en chef, inculpés d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement, d'excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres. La lecture de L'énnmératioo de ces délits moraux prit une demi-heure do la BÔance. Au banc du ministère public, chargé de Boutenir l'accusation, se tenait le commandant Gaveau, mort fou depuis, à la maison des aliénés de Charenton.
L'avocat défenseur de l'ex-membre du gouvernement de la Défense nationale était le députe actuel de Seine-et-Oise, M. Albert Joly. L'affluence du publie était considérable. Les notabilités de la presse munies de cartes d'entrée depuis la veille sVulassaient des deux côtés du prétoire. L'élément féminin « distingué », friand des douces émotions que lui procure sans doute la vue des péripéties d'une affaire retentissante, et l'audition saine d'un verdict frappant -un homme d'une condamnation perpétuelle, était largement représenté.
Ce n'est pas sans un sentiment pénible qu'on a à se souvenir de cette exhibition de Loilette8 r bleues, ht i vertes, « étrennées » le jour
d'un procès important. Ce qui étonne, an temps de consciences troublées, c'est que les mon-
•46-i LA PRISON SAINT-PIERRK
daines aient conservé assez do pudeur encore pour ne point porter des chapeaux « exécution Ferré » ou des fichus « déportation Louise Michel. »
Parmi les témoins qui vinrent déposer dans cette affaire, figura en première ligne M. Ernest Picard. L'aversion affichée par Henri Rochefort pour cet ex-collègue durant la Défense nationale, avait vivement blessé celui-ci. Le récit que débita devant les tribunaux le témoin-ministre se ressentit de celte hostilité, c'est ainsi que M. Picard ne craignit pas d'affirmer qu'il avait vu l'auteur de la Lanterne assister .en pantalon noir et en gants gris perle, à la démolition de la maison de M. Thiers. La condamnation du directeur du Mot, d'Ordre devait être pour M. l'ancien Cinq la vengeance de bien des piqûres douloureuses. Dans maints articles, les avances faites par l'Empire aux jours de son déclin à l'ex-opposant du Corps législatif avaient été dénoncées par le pamphlétaire à l'opinion et plus récemment un mot d'autant plus cruel qu'il était plus drôle avait envenimé davantage encore la plaie saignante. Une attaque ayant été dirigée par YElecteur libre, le journal de M. Arthur Picard, aujourd'hui député et frère d'Ernest, contre l'élu de la première circonscription,le lanternier avait riposté par un de ces coups de stylet, qui ont le don d'étendre l'ennemi à terre et de le ridiculiser, en outre.
M. Arthur Picard, d'après des rapports authen-
I \ PRISON -MM l'IKMlK
tique
avait ictuaire de la Qa
non-paiement de ses difli triera, «lisait an des rapports, a| injun it été jusqu'à ne poiot lui méo
i«- fait et partant l<-s derniers ou
: i.l, on le voit, dv poussés bon du palais
de r grandi coups de pieds... dam tes
i |i ette nouvelle conduite
de Grenoble, Henri Rochefort avait imprimé cette phrase qui lit rortune sur le boulevard et dans Pans : ■ If. Ernest Picard l'ait partie de l'exécutif et -"ii Drère Arthur parti" dea exécutas. »
Un autre document, celui-là écrit l-i lu au i des débats, fut une lettre du général Trochu. à l'audience, le dictateur breton déclinait l'acte de qu'on réclamait de lui. i: était emp (lr< causes futiles qu'il énumérait, et terminait par une véhément >phe dans laquelle il prétendait n'avoir rien à révéler au conseil de guerre de nature à influencer sa décision sur
neut. Et afin uV n\ Lacune influence sur l'esprit d.-s milil i chargés de prononcer la sentence, avec une i foi dont no reconnaîtra l'< M .<-ral
.u donnait de l'éminent journaliste, ime appréciation haint Lie indéli reçut bientôt son
châtiment. La réprobation universelle avait déjà
atteint et forcé à la retraite ce généralissime inhabile, à l'impéritie duquel était due la chute profonde de Paris. La Franee entière savait à cette heure que, s'il était au monde un homme à qui l'ancien gouverneur de la capitale fût redevable d'un appui puissant, loyalement prêté au lendemain du 4 septembre, cet homme c'était Henri Rochefort. Oui, c'était l'auteur de la Lanterne, cela est indéniable, qui avait, à diverses reprises, risqué sa popularité, pour épauler de bonne foi le critique militaire chancelant.
Quand le peuple, dont l'intuition, en politique, est toujours si vive, manifestait contre l'Hôtel de Ville, et demandait énergiquement l'action, la sortie en masse sans cesse refusée, c'était l'exreprésentant de Belleville qui recevait les délégués et calmait, au nom de ce patriotisme dont les Parisiens fournirent tant de preuves, les mécontents.
L'oubli de semblables services rendus indigna la presse entière, sans distinction de nuance, et le Figaro lui-même qu'on ne peut, certes, suspecter de douceur et de partialité pour l'accusé, constata et enregistra avec d'acerbes commentaires ce flagrant et répugnant délit d'ingratitude.
Il n'en résulta pas moins de ce procès une triple condamnation que le greffier signifia aux intéressés et qui se solda de la façon suivante :
Henri Rochefort condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée, Eugène Mourot frappé
i \ ru BAI
m] ami--
. .i'ilité qui d e pou d'espoir qu'ils traient :
la haute mal,
uniquement de leurs a ors-
qu'ils réel que
leur i'ut a — u Voules-Tous en r de votre
rai'iit? si oui, vous avez trois jours pour vous pourvoir. ■
Au. un d'eux ne l'arrêtai l'idée d'une cassation, sûr qu'il était d'avance d'une seconde et m
Une fois le délai expiré, le condamné à la délion qui n'avait t'ait aucune opposition au aent devenu ainsi définitif, appartenait d LU ministère de la marine. Il ne séjournait qu'un court lape de tempe dans les . l'in-
térieur de la France. Bient I 1res arrivaient
qui le menaient dans les Torts, donjons du littoral. Les points l our le tran?\
ment si, le fort Quélem,
i de Brest, l'île d'Aix, le fort B citadelle de Saint-lfartin-de-Ré, le château du inq dern • i d- La l> Durant les quatre jours qu'il passa encore dans
la prison Saint-Pierre, Henri Rochefort assista à des scènes pénibles, qui lui faisaient désirer ardemment de quitter Versailles. La plupart des déportés, ceux dont les familles étaient obligées, faute de ressources pécuniaires, de demeurer à Paris, craignaient le départ pour le littoral. Eloignés de la capitale, en effet, ils se voyaient privés désormais de tout rapport avec les êtres qu'ils aimaient. Mais Rochefort avait le bonheur de pouvoir faire venir ses enfants et leur mère à La Rochelle, la ville la plus proche du fort Boyard, geôle qui lui était nouvellement assignée. Au moment où il sortit de Saint-Pierre, cette maison de détention ne renfermait plus que des condamnés à mort ou à des peines perpétuelles, et les visites que ces détenus pouvaient recevoir se terminaient toujours par des cris déchirants dont les couloirs retentissaient à l'heure de la séparation. Les pères, les mères, les frères, les sœurs, tous ces infortunés innocents savaient-ils effectivement, quand le gardien les priait de se retirer, l'heure accordée pour les communications étant écoulée, s'ils reverraient jamais celui à qui ils venaient de dire un tendre adieu?
Qui ne se rappelle encore les traits poignants de ces lugubres entrevues consignés dans les pages écrites par Nathaniel Rossel, au mois de novembre? Quels sont les yeux qui ne s'emplissent de larmes au souvenir de ces pauvres enfants, les sœurs du
i \ PRISON BAlfrr-PUKARI 169
condamné, m disputant chacune, comme uni ir inestimable, rautorisatioo de sortir A t<>ur de rôle lu dernière du cabanon et de voir ainsi une demi minute de plus leur frère bien-aio •
Pu, s c'est encore Mlle Ferré, l'héroïque, l'admirable sœur du délégué do la préfecture, qui travaillant toute la semaine i des oeuvres de couture,
■ a noblement, <l.
ment gagné, la somme re au paiement «lu
trajet de Taris i Versailles en chemin de fer.
Vainement une foule ignoble l'injurie et parfois
même lui jette de la boue su visage, impassible au
milieu de fureurs inqualifiables, elle accomplit le
.!• fraternel. Et quand elle parvient exténuée,
I prison, elle B pour soulagement la vue
de son frère Théophile, amené devant elle, les
mains enchaînées; pour consolation, un entretien
d'une demi-heure ; pour soutien dans cette torture
morale, le baiser donne au travers d'une grille
ai qui tombera le 18 novembre à
Satory !
* » 1 1 conçoit que la vue de douleurs semblables, de tableaux si navrants, étaient de nature à révolutionner les caractères les plus fermes. Si bien trempé que l'on fût, on d< l'être
délivré de la vue de ces tourments cru. ls.
Ce fut au fort Boyard, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que l'on envoya Henri 1> Le V< V( 1.1 SU littoral était de dix-
470 LA PRISON SAlNT-PltiRRË
sept ou dix-huit heures, et nous allons narrer la façon dont le gouvernement obligeait les prisonniers à faire la route. A peine le gardien chargé d'annoncer au détenu son transfert dans un port de mer, avait-il rempli sa mission, que le condamné était extrait de sa cellule. On lui mettait les menottes et on le conduisait sous escorte de la prison à la gare du chemin de fer, où il était embarqué aussitôt dans laçage delà voiture cellulaire. Qu'on imagine une boîte d'une telle exiguité que le malheureux qui s'y trouve enfermé ne peut que rester assis ou se lever, mais sans bouger les jambes qui s'enkylosent véritablement. Deux fois par jour dans cette carriole, dont les roues s'adaptent sur les rails, un surveillant entrebaille les portes closes tout le reste du temps, afin de laisser les infortunés torturés prendre leur repas — un repas piteux. La défense de parler est des plus expresse, et le cerbère la fait observer en se promenantdans le couloir ménagé au milieu de la rangée de cachots, qui tapissent la voiture à droite età gauche. Je ne connais pas ce supplice, et ceux qui l'ont enduré proclament qu'ils n'en connaissent point de plus pénible que celui-là.
Le fort Boyard, désigné comme lieu provisoire d'internement, était une grande et noire citadelle, bâtie sur un immense rocher en plein Océan et semblant sortir du sein des flots. De la chaloupe où on les entassait pour les faire aborder au baranchois,
l \ in' 17 I
les .!
i dont la • e d'une h< ù qu'une gueule ai
ipprétait point de commua un ponton, mais un ponton en pie
Je, une i
i bou che dea | terminait, au
sommet, par but laquelle
:it aller prendre l'air q bon leur semblait De . ils aper-
ceraient l'Ile d'Aix-, Tile d'Oléron, l'Ile de H
la brome, au loin, la terre foi lit le
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convoi avait us qu'on a'inquié-
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i 7 ^2 LA PRISON SAINT-PIERRE
deux autres condamnés à l'infirmerie de la forteresse et ce fut dans ces conditions, écartés de la masse de leurs collègues en déportation, que les hôtes de l'infirmerie purent méditer leur premier plan d'évasion qui, cette fois, tout bieu combiné qu'il fût avorta.
Au lendemain de la prise de Paris, les soldats qui étaient entrés dans l'appartement d'Henri Rochefort, rue du Quatre-Septembre, s'étaient livrés à un pillage odieux de ses meubles et de ses effets mobiliers. Une partie avait été mise à sac et une autre dans le sac des fantassins. L'auteur de la Lanterne, dès qu'il eut connaissance de ces désordres, pria ses sœurs qui habitaient Paris de rassembler au plus vite les objets épars échappés au désastre et de les faire vendre à la salle Drouot. Avant la main-basse faite par des défenseurs de l'ordre dans. son domicile particulier, l'ex-député de Belleville possédait la collection de curiosités artistiques du plus grand prix. Les meubles les plus rares s'amoncelaient dans les plus petits recoins de son logement, et les émaux, les cloisonnés chinois et japonais, les tableaux de maîtres, les statuettes des plus célèbres ciseleurs, ornaient les chapiteaux des crédences, les tablettes des étagères, les dessus des cheminées. Trente ou quarante bronzes avaient été jadis offerts au lanternier par le fameux sculpteur Barye. Henri Rochefort au temps où il demeurait du côté du Jardin des Plantes
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Dans leur chambre de l'infirmerie de Boyard Henri Rocheforl et Pasclial Grousset frappés de la facilité avec laquelle le moindre secours extérieur aidant, on parviendrait la nuit à s'échapper, appliquèrent tous leurs soins à se procurer de quoi confectionner une échelle de corde qui descendît de la haute fenêtre jusqu'au niveau de la mer. Attaché à deux barreaux de fer solides, l'ouvrage pouvait supporter le poids d'un homme et la troisième barre médiane qui aurait empêché les évadants de se glisser jusqu'aux échelons pouvait être limée en quelques minutes et leur livrer ainsi très aisément passage.
Ce fut Mme Rochefort qui, installée pour un mois à la Rochelle, était chargée d'entrer en arrangements avec un capitaine. Et voici ce qui l'ut convenu. Un brick norvégien en partance accepta, moyennant un paiement de 18,000 fr., de prendre les déportés à son bord. Il convint que le bâtiment croiserait en pleine mer, au-delà du fort, en regard. A minuit, il détacherait un canot — la chose devait se tenter un mercredi, — lequel serait conduit par deux matelots. Ceux-ci, avec des précautions infinies, accosteraient juste au-dessous do la fenêtre signalée à leur attention par une lampo laissée allumée et projetant sa lueur sur les vitres. Les détenus, couchés tout habillés sur leurs lits, placeraient à une petite clavette une ficelle minco et cette ficelle plongeant dans Teau serait tirée par
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Le lendemain matin les déportés stupéfaits de n'avoir eu aucune nouvelle, furent bien vite renseignés par l'humaine et triste épave de ce drame. Il n'était bruit en effet dans toute la prison que du cadavre d'un matelot d'un navire de commerce, retrouvé échoué près du baranchois. Plus tard la cruelle certitude de ce sinistre leur fut donnée et racontée dans tous ses détails.
Jamais l'administration ne se douta de cette tentative, mais jamais aussi les déportés que menaçaient un prompt départ pourl'Océanie,ne purent retrouver les moyens de renouer les trames favorables à la reprise d'un tel projet.
Henri Rochefort, d'ailleurs, venait de quitter momentanément le fort Boyard pour aller à Versailles épouser, « in-extremis », la mère de ses enfants, la vaillante et digne femme dont nous avons déjà dit quelques mots au chapitre intitulé : La vie de famille.
Durant le temps qu'elle avait séjourné à La Rochelle, la santé fort compromise de Mme Rochefort n'avait pu se rétablir, quelques soins qu'on lui prodiguât. La cause du mal dont mourut cette compagne dévouée de l'éminent journaliste, mérite d'être révélée au public. Lorsque l'auteur de la Lanterne fut arrêté, Mme Rochefort, complètement étrangère cependant à la politique, avait été,
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Rochcfort répondit qu'il ne pouvait so confesser, ignorant tellement des choses de la religion qu'i] lui serait difficile de savoir de quels griefs il s'était, contre elle, rendu coupable. On finit, après bien des difficultés, par se contenter de cette déclaration.
Mais ce n'était pas assez pour l'épiscopat, que cédant au désir sacré d'une moribondej un homme du caractère de l'auteur de la Lanterne, par pure humanité, par pur amour paternel, par pur amour conjugal, s'imposât un sacrifice contre lequel protestait toute sa vie, il fallait encore aux robes noires une plus grande somme d'abnégation.
Il semblerait pourtant que le refus de. se con- Fesser du libre-penseur eût dû constituer un
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La crainte seule d'un scandale, qui pouvait éclater, si, à la suite de l'empêchement de la cérémonie, la publication des incidents qui avaient amené cette restriction était entreprise par une feuille républicaine de Paris, arrêta l'épiscopat sur la pente de l'interdiction qu'il eût raffolé de prononcer.
Un dernier pas enfin fut fait par le royalisme en personne. « Où il n'y a rien, dit le proverbe, le roi perd ses droits. » Il y avait énormément d'énergie et de dignité chez Henri Rochefort, et c'est grâce à cela que le royalisme perdit ses droits.
La mère des enfants du marquis Henri Rochefort-Lucay ne pouvait bouger de son lit de souffrance qui bientôt devait être son lit de mort, l'union religieuse des époux devait donc avoir lieu dans la chambre de la moribonde et les agents de police avaient reçu l'ordre d'assister, du fond de la pièce, à la consécration de l'hymen. Or, à l'instant où il allait passer le seuil de la porte, l'auteur de la Lanterne fut interpellé par deux messieurs très élégamment vêtus, de haute distinction, qui, après l'avoir salué, s'exprimèrent de la façon suivante :
« Monsieur, nous sommes légitimistes, nous sommes anciens députés de la droite et nous avons cru de notre devoir de venir vous deman-
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der, .m nom du principe monarchique,
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vait donc admettre que d'auti il sur ce
chapitre pins soucieux et plus collets montés que lui. En o . hefort déclara nettement ce que
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républicain, irrémédiablement démocrate, amant rrigible de la liberté, de l'égalité et de la jus-
t'ut la | adressée aux deux incroyables protecteurs de se retirer, a\hs, du reste, auquel sans différer ils se ent.
Une fois !<■ mar - l'ex-repr
illeville réintégra le fort Boyard. Ou croirait, en vérité, que
qu'elle allait jeter aux antipodes, comme stte malheureuse femme que sa rudi plus rapidement en terre, L'administration ait
tenu à se rendre aussi antipathique que possible à tous ceux qui conservent un sentiment d'humainie dans lu cœur.
Quand elle vit partir celui qu'elle ne devait jamais revoir, l'époux qui lui avait donné une marque si généreuse d'affection, en acceptant sans observation le mode du mariage religieux qu'elle avait fixé et auquel il répugnait, la malado tomba dans la période du l'agonie el peu de jours après elle expira.
En l'absence du père, ce fut M. Edmond Adam qui, nommé tuteur, s'occupa des trois enfants d'Henri Rochefort et administra l'argent laissé par celui-ci aux trois orphelins en quittant la France, Au milieu des chocs épouvantables qui l'écrasaient, l'éminentjournaliste n'était soutenu que par l'idée constante de subvenir par un travail prompt et rémunérateur à l'avenir de sa fille aimée et de ses fils chéris. Des mains amios se seraient à coup sur tendues pour parer à toutes les nécessités, mais le député préférait que l'amertume des secours matériels étrangers fût à tout jamais épargnée à sa famille. Dans ce respectable dessein, il s'isola, vécut à part dans les diverses prisons où on le transféra consécutivement et mettant à profit les loisirs que lui créait la perte de sa liberté, il travailla à des romans dont le promier, les Dépravés, fut publié en feuilletons par \&Mappôl, Un second, \ lu/nn/cws, suivit de près. Ces deux innées
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la mesure du sac presque rempli parles vêtements d'ordonnance était rigoureusement sacrifié. Les capitaines du bord à qui il aurait peu coûté cependant de permettre aux exilés d'emporter quelques bagages supplémentaires et cela d'autant plus aisément que le chiffre de ceux qui en possédaient, était extrêmement restreint, les capitaines, dis-je, affichèrent une sévérité farouche et furent à cheval sur leur consigne. Rien, pas même les livres d'étude, ne furent tolérés et ne trouvèrent grâce devant cette impitoyable rigueur.
Les allures de la commission médicale, qui statuait sur la santé des déportés désignés pour l'embarquement, laissaient peu de champ à l'espoir. Aussi quel que fût l'état de force des détenus, il était rare que les « ausculteurs » s'attardassent à un long examen et le « bon pour le départ » était bien vite prononcé.
Si l'on veut un exeftiple, un seul, de la douceur avec laquelle procéda la commission médicale, sur le compte de laquelle le cadre de notre travail ne nous permet guère d'insister, citons en passant celui de M. Gorcelles, embarqué d'après les ordres du médecin en chef. M. Corcelles était un commandant, condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée. Les mauvais traitements qu'il avait subis avaient altéré sa santé. Devenu phthisique à la suite d'une fluxion du poitrine mal ou point soignée quand il était prisonnier aux docks
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■ qu'on le ni monter sur l<- (><>nt du navire en
pour la.NouveUe-Calédooie, qu'il fallut que deux os lui prêtassent leur a|
lequel il n'aurait pu réussir à descendre l'escalier dec ites du t"< » r l Boyard et à gravir l'échelle en l»ois d<- la \u bout de douze jours de bravera e, i la h tut ir lu : • commandant Corcelles expirait, et - ; dans tu; i la de l'entrepont, «-tait immergé dana I
1! faut bien que lès requins vivent ! » avait
du en voyant passer devant lui ce squelette, le
médecin qui décida de son embarquement.
La D&naè prenait un chargement de 9'10 hom-
: pins de la moitié de ce contingent fut fourni
le fort Boyard. La première trouée dans le
camp uVs condamnés était pratiquée et à dater de
: les besoins de la politique, tantôt
afin d'enlever un vote à l'Assemblée, tantôt pour
indonner un«- interpellation gênante,