‹ Henri RochefortChapitre 48 sur 60 · ÉVASION DE SIX PRISONNIERS D'ÉTAT DE LA NOUVELLE CALÉDONIE · texte numérisé non relu

ÉVASION DE SIX PRISONNIERS D'ÉTAT DE LA NOUVELLE CALÉDONIE

« Hier la cité était mise en émoi par l'arrivée du P. G. E. venant de Nouvelle Calédonie et ayant à son bord six des plus éminents prisonniers d'État français récemment exilés dans cette colonie. »

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— Ça va faire plaisir sans doute à M. de Mac- Mahon, exclama Henri Rocheforten se moquant.

A peine avait-il jeté l'ancre que le P. C. E. reçut la visite d'un employé de l'administration coloniale. Un canot qui porte un fanion orné de trois lettres H. M. C. (Her majesty's custows) vint inspecter le registre du capitaine Law. L'officier qui montait l'embarcation était un jeune officier fashionable. Il s'assit dans la salle à manger, lut attentivement le nom des passagers immatriculés sur la feuille et à cette question :

— Ces six messieurs arrivent de Nouvelle Calédonie ?

Le capitaine Law, qui ne savait trop encore de quelle manière serait envisagé par l'amirauté, le secours prêté par lui à des prisonniers même politiques, riposta non sans quelque embarras.

— Oui, ils se sont inscrits, comme passagers libres sous les noms que vous avez lus, mais j'ai tout lieu de supposer maintenant, monsieur, que ces six messieurs sont des détenus, déportés pour faits insurrectionnels en Nouvelle-Calédonie.

Le vieux loup de mer qui commandait aux destinées du P. C. E. avait appelé les évadés qui assistaient, ne comprenant que par les gestes le sens général de cette conversation qui les mettait directement en jeu. L'ofûcicr [her majestés custows)

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P. C. E. Au premier pas qu'ils risquèrent sur le quai, les condamnés français se virent l'objet de la curiosité et de la bienveillance publiques.

Les 1,800 francs versés, selon les conventions, au digne long-courrier australien avaient laisse à peu près vides les poches des joyeux évadants. Leur unique fortune se composait de deux cents francs de bons calédoniens remis à la presqu'île Ducos, le soir de l'évasion, à Olivier Pain par le eantinier M. C... et appartenant à Paschal Grousset. Il fallait avec ces deux cents francs parer à toutes les nécessités présentes. Il fallait informer les familles respectives de la réussite de la fuite, acheter du linge, télégraphier en France pour se procurer de l'argent. Il fallait s'installer momentanément à l'hôtel, il fallait... il fallait surtout et avant tout trouver à négocier contre espèces sonnantes les pauvres bons qui n'avaient cours ni au télégraphe, ni chez les fournisseurs , ni à l'hôtel.

Un passant questionné par les déportés donna l'adresse d'une banque où la transaction tant souhaitée pouvait s'opérer. Deux des évadés se rendirent à Yoffice afin d'y mener à bien et rapidement la négociation.

Mais avant de suivre Henri Rochefort et ses amis à travers les vicissitudes de leur retour d'Australie en Europe, jetons immédiatement un coup d'ceil sur les événements qui suivirent ladecouver-

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port de débarquement, M. Dussert B'était livi une enqué int la nuit,

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ita le manquement des détenus de la

M. I1 lu rt '-tant venu à la cantine d<- :

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— Dites donc, monsieur Jardy, ces messieurs ne sont pas chez eux?

— Je ne les ai pas vus depuis deux jours.

— Depuis deux jours I Comment ils sont absents depuis deux jours ? Mais ils sont toujours à la presqu'île ?

— Oh! je pense que oui. Je ne saurais vous dire... Je sais inquiet, ils m'avaient donné congé pour vingt-quatre heures, ils sont partis, m'ont-ils dit, à la pêche à l'extrémité de l'enceinte. J'ai fait à manger hier, ils ne sont pas rentrés.

Du seuil où il se trouvait à ce moment, le cantinier regardait avec une stupeur indicible, les vêtements épars, sur le sol de la maison. Il se rendit compte alors du rôle joué par son canot sous la direction de Bastien.

Effaré, M. Dussert revint à sa cantine, située en deçà des limites de l'enceinte fortifiée et demanda à tout venant si l'on n'avait pas vu MM. Rochefort, Grousset et Pain. Les réponses se succédaient toutes négatives. Ce fut bientôt à l'issue de cette enquête, une rumeur formidable dans le camp de Numbo. De tous les côtés on ne voyait que déportés entrant de hutte en hutte, parlant fort, s'arrêtant sur le seuil, gesticulant et se remettant à courir.

— Vous savez la nouvelle ?

— Quelle nouvelle ?

— Rochefort, Grousset et Pain se sont évadés.

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— I" po ible. Qu< il joliment bien fait

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rdea chiourmes, dont tant que ronctionnairee était mon :un-

(Jen'i. nt aux quatre coins du camp.

— As-tu vu la Lanterne!

— A quoi d'autres répliquaient en sitïiottanl.

— Elle e rejoindre les bon « Ah ! il a des bottes B

aux surveillants.

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seront les camps do la Danaé et de la Guerrière, les lazzis les accueillaient, les mettant dans une inexprimable fureur. En pénétrant dans le gourbi désert, d'un coup d'.ceil le gardien-chef acquit la certitude de ce qu'il était venu savoir. Le désordre dans lequel gisait la case en disait suffisamment sur l'acte désespéré des propriétaires. A la constatation de ce résultat ce fut une recrudescence d'exaspération de la part des surveillants.

Ils se ruèrent dans les pièces délaissées, et meubles, immeuble, livres, vêtements payèrent, entre les mains de ces subalternes, le crime d'évasion commis par les possesseurs.

« On voyait de loin, du bord de la mer où nous nous tenions, afin d'assister à la scène, écrivait un condamné dans une lettre qui parvint aux évadés durant leur séjour à Sydney, les surveillants, fous de rage, déchirer les rideaux de grosse toile qui fermaient les fenêtres des chambres de Grousset et de Pain. Ils lacéraient les vêtements renfermés dans la valise de Rochefort, crevaient les chapeaux en jurant comme des templiers. »

Après cette hécatombe, ils reprirent comme ils étaient venus le chemin du camp militaire mais ils durent revenir bientôt sur l'ordre du commandant territorial, procéder à une perquisition minutieuse et à l'enlèvement de tout ce qui se trouvait dans la maison. On les aperçut portant dans leurs bras les

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papiers, let habits, le linge, en un mot tout ce • j u i a\ a;i été laissé pai irds.

M i conlcntc pas de s'exercer

sur des objets inanimés. 11 faut è la fureur d'autres souffre-douleurs que des chaises, des jaquetl des manuscrits. Un homme innocent était tout naturellement désigné, en l'absence des vrais coupables, à la vengeance aveugle des surveillants exas| itait le déporté Jardy.

Corn omme complice, cet infortuné fut ar-

. maltraité. On le conduisit en prison, «-t de lu devant le commandant de la bais de Numbo.

A toutes les questions que l'officier supérieur lui posait, le jeune et brave Franc-Comtois répondait invariablement avec la force de Pinno-

cem

— Js ne >ais où sont ces messieurs. Ces messieurs doivent être à la pèche. Je prierais M. le commandant de vouloir bien me laisser aller préparer le repas, ils ne peuvent tarder à rentrer.

Il fut impossible au commandant de foire départir le Franc -Comtois Jardy de cette persistante argumentation. L'innocence du pauvre incarcéré éclatait, si manifestement, qu'il fallut même le r s lâcher incontinent. 3 sa de déporta-

lion l'avaient t«nu éloigné durant deux journées entières «le leur case, c'était vraisemblablement pour qu'il n'assistât à aucun des préparatini du départ, d'abord, et ensuite pour qu'une fois lé départ

effectué il n'en pût, sur-le-champ, faire de visu la constatation.

A Nouméa, les racontars avaient marché leur train. En passant de bouche en bouche, l'événement avait singulièrement augmenté de proportions. Le matin, c'étaient six déportés qui s'étaient échappés, à midi c'était, disait-on, quinze condamnés qui avaient fui, dans la soirée, le chiffre des évadés s'élevait, disait-on, à cent et quelques, c'était presque l'amnistie partielle ! On citait à tout venant les noms et prénoms des fugitifs, dans les rues, sur le pas des portes, on racontait leur équipée, on faisait de vive voix leur biographie.

M .' Gauthier de la Richerie était absent, nous l'avons dit à ce moment. Il était allé en villégiature à Canala, dans le sud de l'île. Le vaisseau administratif au milieu de cette tourmente se trouvait sans commandement, désemparé. Fluctuai et wiergitur, telle était en cette occurence sa devise.

Un instant, les subordonnés eurent l'espoir que ■l'évasion de la presqu'île Ducos, et celle de MM. Ballière, Jourde et Bastien Granthiile étaient •absolument distinctes. On ne se rendait pas compte du concert qui avait pu exister entre les déportés simples de Nouméa et les déportés de l'enceinte fortifiée ; on croyait à une coïncidence de tentative étrange, et voilà tout. Un brick anglais, \ Ellen Moris, étant ce jour-là en partance, on alla jusqu'à supposer que c'était la connaissance de

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irnirent aussitôt, d'un bout i l'autre Idate il infanterie de marina, formant la haie et edpéchant K-s curieux d'approcher. Des embarcation? ch ■ hommes année entourèrent l«i r qui fut fouillé '!<• fou ible, l 'u ivril rien, bien entendu, puisque

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dredi I le sol de la libre Auati

un de c-s haï ints, le courrier qui

arriva

tait a M. iman-

deur Quand

- lui lit parvenir •

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o72 RETOUR EN EUROPE

lettre où l'affreux récit du départ d'Henri Rochefort et des cinq autres détenus s'étalait dans toute son horreur, le gouverneur eut un sourire amer et ce mot devinatoire : « C'est une croix sur une tombe! »

Dans le courant du mois d'avril 187 4, en effet, M. le contre-amiral Ribour partait de Brest et cinglait vers Nouméa. Le Journal officiel de France contenait la veille, deux décrets signés par le maréchal de Mac-Mahon : l'un révoquait de ses fonctions de gouverneur M. Gauthier de la Richerie ; l'autre désignait M. le capitaine de vaisseau de Pritzbuer comme son successeur. M. le contre-amiral Ribour était, en outre de l'exécution de ces deux décrets, chargé du soin de présider à une enquête sur les causes de l'évasion des communalistes.

On essaya, à huit mois de distance, d'englober dans une sorte de complot qui n'exista jamais, des négociants, étrangers à tout concours soit-disant prêté à 1' « Escape \ des condamnés politiques. Il y eut une hécatombe de gens qui furent longtemps à se demander ce qu'on leur voulait. La plupart, en dépit de leurs protestations et de la preuve faite de leur non culpabilité, n'en durent pas moins abandonner dans un délai fixé très court, le territoire néo-calédonien. Ils durent vendre à vil prix, qui les denrées, qui les établissements, qui les bestiaux, qui les terrains qu'ils avaient peu de

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