‹ Henri RochefortChapitre 47 sur 60 · LA M P0R1 M · texte numérisé non relu

LA M P0R1 M

uetler de l'extrême pointe de l'enceinte fortifiée qui a • la haute mer, quelque

brick sortant de la rade de Nouméa à la

risquant le tout pour le tout, hél< et lui demander son aide. (,:i avait quatre-vingt-dix-neuf chances contre une pour échouer dans cette tentative. Les bâtiment* quittaient le port ai aien, étaient, tant qu'ils

salent la terre de la déportation JLrès surveillés, rigies pouvaient, si elles étaient fidèles aux . découvrir le Fugitif, soit tandis qu'il Lit. Boita 1 instant géant, il serait reçu

à bord du voilier faisant roule Passible des | es s'il Facilitait la Fuite «l'un dép ouverait-il un capitaine qui. osât, sous une surveillance aussi active, affronter un aauvi d'un caractère si compromettant ?

n'était d'ailleurs qu'à plus de deux kilomètres de la pi i presqu'île Ducos que pasit les navir.-s de commerce. Un règlement leur défendait de s'approcher plus près du rh 11 fallait donc, en plein jour, que l'évadant fit .Lux kilomètres et qu'il s'arrangeât pour arriver jus;.- - sur la tr ■• du clipper.

Il y avait Lien d'autres construit une embarcation à la ;

qu'île même. Mais les exemples étaient aoml de lentativi i de ce genre qui avaient misérablement avorte. La structure d'un bateau

aes soins que le souci d'échapper aux regards des gardiens ne permet point de prendre. La chose avait été essayée du reste sans bons résultats par MM. Paschal Grousset et Olivier Pain dans les conditions rapportées par ce dernier dans un travail quia pour titre: La Vérité sur la Déportation. Un dimanche après l'appel (trois mois avant l'arrivée de Rochefort en Calédonie) au moment où ils allaient réintégrer leur habitation, MM. Grousset et Pain avaient été accostés par un déporté qu'ils ne connaissaient que de vue. Cet homme eut . avec ses deux co-détenus quelques minutes d'entretien et le soir même l'ex-délégué aux relations extérieures, accompagné de son compagnon de ' hutte, se dirigeaient vers la forêt. Après une marche pénible, les voyageurs débouchaient dans une excavation profonde où se dressait une chaloupe de dix mètres de long, presque parvenue à son achèvement. Rien n'entrava la marche de cette conspiration d'évadants à dixneuf personnages, rien jusqu'à l'heure décisive du lancement de l'embarcation. Cet acte plein de difficultés réclamait des mains expérimentées pour être mené à bonne fin. La goélette, dans cette suprême épreuve, heurta contre un écueil, et le fruit de tant de dépenses, de tant de privations, de tant de "travaux, de tant d'espoirs, fut englouti en un instant. Huit mois de peines furent anéantis en une seconde.

Henri Rochefort miis no douti

point le désir de rééditer une p hauf-

fûUl

i :. jour qu'ils allaient à l 1,,-

fort et oiivirr Pain avaient remarqué, à l'entrée •lu promontoire qui forme l'un di de la

baie de Numbo, on est installé le camp de la déportation, an trois-màts an il ta de-

meure du commandant territorial auquel il a] tait des vivres imporl tra) . La distance

tes • à l'endroit où le bâtiment

anglais était amarré était 1res faible, et les doux condamnés s'arrêtaient déjà à cette résolution d'aborder nuitamment à l'échelle du trois-mâl

■ à la discrétion du capitaine, quand ils firent la rencontre d'un de leurs co-detenus, gérant d'une cantine appartenant à un négociant de Nouméa. Ce compagnon de captivité se nommait M. Laurence. De conversation, assez banale, cette phrase lut prononcée par lui.

— Tout récemment en ville, à l'issue d'une I dont il donna la description, le capitaine d'un petit sloop, on nommé Hubert, avait porté un

à l'auteur de /. ,-t mis presque en

ition la colonie m affichant hautement la

aurait à arracher 1<> lanternier à

l'horrible situation dans laquelle il se consumait.

— Quelhomm capitaine Hubert?

questionna, sans trop insister cependant, le pamphlétaire.

— Un homme très énergique, très décidé et très obstiné surtout, répliqua l'employé de la cantine. Le seul défaut qu'on lui connaisse est celui de boire un peu trop.

« Il aura sans doute prononcé les paroles que vous me rapportez et qui sont compromettantes pour lui dans un moment de douce gaîté, interrogea derechef le journaliste déporté. Élucidez donc la chose et donnez-moi à ce sujet une réponse. »

Pendant une huitaine, quelque peu d'espoir qu'on pût fonder sur la prétendue énergie et le dévouement supposé du capitaine Hubert, on n'en vécut pas moins dans les nuages. On ne rêvait plus que goélette voguant vers l'Australie emportant un trio de déportés. L'imagination taillait dans le granit un piédestal au brave marin Hubert jusqu'à l'heure où ce renseignement catégorique l'en fit descendre. C'était, en effet, dans un moment d'émotion alcoolique que le navigateur avait fait montre de beaux sentiments de sauveteur. La vérité, c'est qu'à jeun il était d'un caractère très indécis. L'énoncé même des opinions exaltées affirmées par lui pendant l'ivresse l'avaient déconcerté et l'avaient jeté dans une sorte de prostration comique. Les déportés en furent pour huit journées d'illusions.

LA DEPORTAI

I m les Doyéa qui se rattrapent à louli

branches, de nouvelles el dis luvertures

furent laites dans les conditions que nous allons narrer. Une après midi, un pharmacien de marine qui avait connu Roche fort an fort Boyard, M obtint il».1 L'administration la permission de venir rendre une visite à l'ex-membre du gouvernement de la Défense nationale. Au cours de la corn tion, le visite demanda au visiteur, mille détails sur Nouméa; il termina par cette questic emporte pièce :

— « Du chef-lieu de la Calédonie, il n'y aurait donc, si on parvenait à s'y rendre un Boir, aucune chance de trouver passage à bord d'un des nombreux bâtiments de commerce que nous apercevons d'ici échelonnes le longdesquais?

— « Ohl c'est impossible, riposta M. C..., l'évasion n'aurait pas une chance sur cent de

îir. »

Henri Kochefort n'appuya point. On pas! d'autres propos et M. C... partit de la presqu'île invaincu que les bonnes qu'il

avait données avaient triomphe de l'obstination des di 11 dut être bien surpris quand, quel-

ques jours après, il apprit que ses amis avaient

En effet, un autre projet, celui-là sérieux, et qui tut couron le 19 mars I B7

d'être ébauchi poque.

Les déportés simples jouissaient du privilège que leur conférait la loi de pouvoir venir s'installer à Nouméa s'ils étaient demandés par un négociant qui leur assurât les vivres et le logement pendant la durée de leur présence à la ville. L'administration coloniale se dégrevait ainsi des lourdes charges que faisait peser sur elles l'entretien à l'île des Pins de 3,500 condamnés.

M. Jourde, un déporté simple arrivé récemment au chef-lieu (1), obtint l'autorisation de venir voir à la presqu'île Ducos ses trois amis, MM. Rochefort, Grousset et Pain.

Voici d'ailleurs comment dans un livre publié, il y a deux ans, sous ce titre : Souvenirs d'un membre de la Commune, l'ancien délégué aux finances raconte cette première entrevue ;

« Après deux heures d'une fatigante navigation, je débarquai dans le camp militaire et me rendis à la demeure du commandant territorial, afin d'obtenir le visa de mon permis. Cette formalité remplie et par un temps époavantable, je

1. M Francis Jourde était franc-maçon, ce fut même grâce à cette particularité qu'il entra chez le négociant de Nouméa lequel était un frère. Ce fut donc en réalité aux attaches maçonniques et à l'incessante protection que se prêtent les membres admis dans cette association qu'on peut attribuer le succès de la sextuple évasion de Calédonie. Parmi (es six évadés deux autres en dehors de M. Jourde appartenaient à des loges françaises, M. Rochefort, par exemple au grand Orient.

i k DÉPORTATION

..■minai vers le camp de la déportation. Je suiv . ipa une chaussée mal

i haute, d'une lar-

une colline abrupt m ue

de chemina, en suivant un sentier ;t peine indiqué et détrempé par la pluie. Enfin après une demiheure de marche, j'arrivai à La ibitëe par

'.iin et Rochefort.

habitation était construite en terre couverte de chaume. L grand espace carré, Bervait do salon, de de cuisine. Sur le boI raboteux, au de cette pièce, trois grosses p Langulai-

i es île champ, indiquaient le conforl sur lequel, dans une marmite de campement, cuisait le repas frugal des trois dépoi

« Deux morceaux de buis, humides, fumaient sous la marmite. Le vent faisait ra [fiant

impétueusement à travers de nom! • -sues

us primihutte, une table boîl formée avec Les i uits;

autour de la table, trois

impement Kueuz mobilier di lacteurs d

<( Je pénétrai dan :ibre

la chaml : I • toile

de hamac, tendue sur quatre piquets, et un matelas de deux centimètres d'épaisseur représentaient la literie.

« Sur une grande caisse en bois, une centaine de volumes d'histoire, des livres d'anglais et d'allemand indiquaient les goûts studieux des maîtres du logis.

« Paschal Grousset, enveloppé d'une mince couverture, lisait un volume de l'histoire moderne de Gervinus.

«• Mon arrivée était pour lui plus qu'une surprise ; nous nous jetâmes dans les bras l'un de l'autre. A ce moment, Rochefort et Olivier Pain firent leur entrée. L'auteur de la Lanterne tenait à la main une canne à pêche, son pantalon de grosse toile, retroussé au-dessus du genou, laissait à nu sa jambe nerveuse; il était coiffé du chapeau de paille réglementaire et avait aux pieds une paire de superbes godillots, grands comme un berceau d'enfant.

« C'était toujours notre gai compagnon de Boyard. Arrivé seulement depuis deux mois, cette vie étrange de Peau-Rouge ne paraissait pas l'affecter, nageur et pêcheur enragé il se livrait avec Olivier Pain aux parties de pêche et de natation les plus effrénées. Entre temps, il confectionnait un chapitre de roman, ou faisait l'ébauche d'un article plein de colère et d'ironie contre les Versaillais. »

Il résulta (!<• cette visite l'agencement du plan ition le t * * iii 3a amonent, Paschal Groussel demanda à l'ex-d lux linaii M mméa la fuit.;

était possible. Sur une réponse affirmative de Jourde, le déporté dans une enceinte fortifiée finit par poser à son ami, le déporté de l*fle dea Pins, ce point d'interrogation : • Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen que de Nouméa lu Facilitasses notre évasion '

Les condamnés avaient la faculté de se baigner à toute heure du jour et la nuit dans la mer. Henri Rochefort et Olivier Pain, en prévision d'une tentative de délivrai] rçaient cons-

tamment à la natation. Ils en étaient arri [ force d'habitude, à un degn iir faire inima-

ginable sur ce chapitre. Parfois on les voyait partir de la baie de Numbo un chapeau de paille sur la tète, faire le tour des rochers de la bair et continuer ainsi sans repos l'espace de plusieurs kilomètre i. La halte n'avait généralement lieu qu'après deux heures et demie, bien souvent trois heures de coupes, de brasses et de « plancfa multipliées. Il est vrai qu.- l'eau de m.-r, d'une densité considérable, offre au nageur une .-nonne facilité pour se soutenir ; la tiédeur dea Ilots dans iragea empêche, en outre, presque tous 1rs que crampes, frissons, etc., d produire.

Francis Jourde à qui on avait fait part des qualités natatoires desdits condamnés, répliqua à la question de Paschal Grousset, par cette autre catégorique :

« Pourriez-vous gagner nuitamment ce rocher situé à l'avancée? Il serait impossible à une embarcation de venir vous prendre au sein même du camp militaire, mais là-bas à l'extrémité de cet îlot distant de la plage de plus de deux kilomètres, toute surveillance sera défiée, pourvu, bien entendu, que vous atteigniez le rendezvous en vous entourant de toutes les précautions et toute la discrétion indispensable en semblable affaire. Nous pourrions, en risquant beaucoup, c'est vrai, venir de Nouméa, deux de mes amis et moi avec une barque, nous accosterions le rocher et nous vous ferions monter dans le canot qui prendrait le large. Il faudrait préalablement s'aboucher avec le capitaine d'un navire anglais lequel consentirait à nous recevoir à son bord. »

Paschal Grousset remercia Jourde de l'espoir qu'il lui donnait, de l'appui qu'il voulait bien lui prêter, et le visiteur promit au visité de faire tous ses efforts pour obtenir une nouvelle autorisation dans quinze jours, et de venir alors donner des détails circonstanciés. Un hasard mit les choses en bonne voie. Un soir que, de retour à Nouméa, il entrait dans la pension où il prenait ses repas,

irda vit \renir à lui un jeune Autrichien nommé

• de-

m petit uégocianl i Iroit.

Jourde le connaissait de l'apercevoir chaque jour,

in' lui avait juin

— M ■ , lui «lit-il en

uta-

tion aucune et Burtout pour v r un

mportanl

>nne ici s. M. us je ti'-ndrais tant à quitti ville 1 d'un fonctionnaire, laquelle

ma maîtresse, doit ignorer mon départ. J-rompre ainsi avec elle. L'n capitaine nommé Law m'offre de me re secrètement si je

lui donne cotte somme. Il

nous titrés «la: iz anglaii

que vous m'a avai,

1 l'immenso portée d'une confid

parurent trop lour

qu'il n'aimait plus, qui le poursuivait toujours, et qui

lui faisait faire des dépenses énormes — (car nous croyons savoir que les dettes contractées poussaient le pauvret à cette résolution suprême) — • une distance de quatre cents lieues marines, le bateau indispensable à une sextuple évasion était trouvé !

Jourde tira immédiatement de son interlocuteur tous les renseignements utiles. Deux jours après par l'entremise de Achille Ballière, l'un des trois déportés qui, avec Jourde et Bastien Granthille allèrent de Nouméa à l'îlot chercher les détenus de la presqu'île, on était avec le capitaine en relations directes.

Le capitaine du P. C. E. consentait à embarquer moyennant dix mille francs six passagers. Dixhuit cents francs étaient payables le soir de l'embarquement et le reste devait être versé en arrivant en Australie. Par une tempête effroyable, dans laquelle il faillit sombrer, Jourde vint derechef avertir les condamnés à l'enceinte fortifiée, des conditions qui furent agréées par eux. Le négociateur de l'évasion avait bien six ou sept cent francs en réunissant ses économies à celles d'Achille Ballière, il fallait donc encore onze cents francs environ.

Henri Rochefort remit une traite de douze cents francs escomptable dans une banque du chef-lieu colonial, et les derniers arrangements furent prêts.

Pour les trois déportés simples résidant à Nou-

nii'ii l'aventure riait racile. Pour les habitants de la presqu'tle Ducos, il fallait, comme l'avait pro« posé Jourde, qu'on lit acte de dévouement el que leurs co-évadants vinssent à Leur secours avec une barque, et que ces derniers encore, mâchant la -iif à demi, gagnassent à leur tour un point né à l'abri des rondos et dos regarda des autres détenus.

Ce rut le rocher sis en race de l'île Nou qui fut définitivement choisi comme Hou du rendez-vous, ciléfl de Nouméa et de la baie de Numbo ne devaient plus, afin do no point éveiller les soupçons, avoir dos rapports ultérieurs. On s'arrêta à cet arrangement. Si l'affaire marchait à souhait une lettre adressée à Paschal Groussot et ainsi conçue : .< Mon cher Groussot, je fenverrai ce soir (si l'affaire avait lieu le soir même), les 8, 9 ou 10 volumos (le nombre do volumes désignant l'heure) que tu m'as demandés la semaine dernière. »

La traito de 1,200 francs avait été escomptée séance tenante, «-t la difficulté «lu change des bons calédoniens en or (les bons de Calédonie sont, on effet, sans valeur hors du territoire do Fil.') vaincue sans trop de recherches capables d'ébruiter le complot. La pénible trouvaille do la barque ssaire au trajet entre Nouméa et le camp de la déportation et le navire en rade avait également marché sans en, -ombre. Le déporté simple, lîastien Granthille, était employé ches un négociant du

chef-lieu, nommé M. Dussert. Ce M. Dussert avait établi à la presqu'île Ducos une cantine, qu'il approvisionnait chaque matin, et c'était Bastien Granthille qui était chargé de ce service quotidien. Il faisait régulièrement, dès l'aube, la navette dans le bateau du négociant, et c'était cette embarcation sur laquelle, dès le premier jour, Jourde avait jeté les yeux.

Bastien Granthille avait accepté d'ailleurs avec une bonne grâce et un dévouement admirables l'offre de participer au sauvetage de ses co-proscrits; ce fut lui qui apporta à la case d'Henri Rochefort la fameuse lettre tant désirée, signal du départ. Le jour où Bastien accourut porteur du billet, une petite ombre se projetait sur le tableau si bien venu jusqu'à ce moment. Granthille n'était pas arrivé seul. Son patron voulant faire une promenade, l'avait malencontreusement accompagné. Comme il connaissait très bien MM. Rochefort, Grousset et Pain, M. Dussert avait eu la fantaisie de venir déjeuner et passer la journée avec eux. Bastien Granthille qui l'avait amené l'attendait naturellement avec le canot. Il fallait donc à tout prix que M. Dussert ne s'attardât pas trop, il fallait que son retour à Nouméa s'effectuât avant la nuit, pour que, restés maîtres de la barque, Bastion pût, en compagnie de Jourde et de Baillière, revenir en toute hâte chercher leurs amis.

Le déjeuner fut joyeux. Quelques amis du camp

i \ DÉPO

avaient été conviés. On tii des projeta d'avi On parla de la ab-

senta et un peu aussi de la déportation durée probable. Lea heui . M. I lussert

a allait pas. Il était déjà cinq heurea et demie et impossible pourtant de le presser. Par bonheur

. un vent t, le ciel s'obscur-

cit, tout fit prévoir dne prochaine et violente : rasque. La m assit visiblement, M. Dus-

sert b1 ' . maia le temps deve-

nait de plus en plus mauvais. Il serra la main de ses anus. cantine, appela Bastien et

tous deux montèrent dans ia balenière, qui vogua enfin vers Non ni.

Lea trois fugitifs de la presqu'île écartèrent promptement leura co-détenua invités, r chez eux après le départ du négociant. Ils donnèrent congé pour la soirée et pour la journée du lendemain au déporté qui voulait bien se charger de leur préparer leur cuisine, puis, de peur de recevoir d'autres visites importunes, ils se je-

tt dans la brousse, derrière leur maison, attendant là. assis dans les hautes herbes, quo la nuit fût complètement toml

luia que lea pourparlers relatifs à la tentativ. . Henri R

et <»liv;er Pain ne plus, fermer ! I. laient aux

insomnies. Pour tuer le temps la veille de la fuite,

les trois condamnés avaient passé toute la nuit clans la chambre d'un de leurs collègues Henri Bauer exrédacteur de la Patrie en Danger. Ils avaient joué pendant quinze heures sans discontinuer au piquet et à l'écarté.

Afin de mieux dissimuler d'ailleurs quelques jours avant, Olivier Pain avait écrit au gouverneur militaire de la presqu'île Ducos pour lui demander un espace de terrain à cultiver. La requête était rédigée dans les termes prescrits et le terrain semblait être à la disposition du demandeur, car la loi accorde sur une telle démarche les lots en question. Quoi qu'il en soit, une note sans commentaires refusait net la concession réclamée. Le déporté n'avait négligé en cette circonstance, aucune des formules de politesse réglementaires. Il les avait même plutôt et à dessein exagérées. On peut, dès lors, en considération de la situation présente, imaginer facilement les rires bruyants qui accueillirent le refus du gouvernement lorsque Jes condamnés en eurent connaissance.

Dans la crainte de donner l'éveil, il avait été convenu que les fugitifs du camp de Numbo n'emporteraient rien de ce qu'ils possédaient dans leur maison. lis devaient partir nus, et c'était le canot qui viendrait les chercher au rocher désigné, qui devait se munir des habits nécessaires à leur vèture. Les hôtes de la baie de l'enceinte fortifiée avaient expédié l'avant- veille, chacun un vête-

LA M PORTATION 5 il

ii n-iit complet à l'adresse de Bastion Granthillei Nouméa par l'entremise d'un cantinier.

Une leole personne, outre les anta

fut n. turent du complot. Ce fut un canti-

nier de la presqu'île. Avant qu'aucune convention n'eût eu lieu entre Prancia Jourde i mpav

gnou Lut ayant été questionné,

une après-midi, par le pamphlétaire le colloque int s'était établi :

— Ma foi, je crois, en effet, l'évasion possible, et j-' mment voua voue élern

ici, monsieur Rochefort 11 me Bemble que vous pourriei bien vous arranger de façon à fuir, en compagnie de MM. < ; r. ■ Pain*

— Mais de l'argent; il faudrait <J<- l'argent, beaucoup d'argent même, avait riposté l'ex-député

■ llrville.

— Voue pouves vous faire escompter des traites.

— Pur qui ?

— Je m'en chargerais au besoin.

Et ce fut, grâce à cette ouverture fortuite, que

le billet de ISOO francs, emporté par Jourde», fut

Mais là nes'arrète point le

lu par cet homm n. À

cinq heures du soir, le soir n. .'évasion,

ûliv • P rendit i la case du cantinier pour

Bttre dei. i lutrea francs,

— argent de poche, — qu'il avait promis,

francs de la traite et tout l'or disponible de

Ballière et de Jourde complétaient les 1800 francs à verser immédiatement entre les mains du capitaine Law. Les deux cents francs de bons calédoniens remis à Olivier Pain par le cantinicr, furent changés plus tard avec forte perte à l'arrivée des fugitifs en Australie, et permit à trois d'entre eux de prendre le paquebot de Newcaslte à Sydney et d'aller à la recherche d'une nouvelle pierre philosophai, capable d'assurer le retour en Europe.

Quand, le 19 mars, Olivier Pain, les bons calédoniens en poche, sortit de la cantine, il traversa toute une rangée de déportés échelonnés le long des escaliers de bois et attendant le retour de leurs femmes, qui avaient obtenu ce jour-là l'autorisation d'aller au chef-lieu. Plusieurs lui demandèrent des nouvelles de Rochefort et de Grousset, auxquels ils firent souhaiter le bonsoir. Nul ne se douta du coup de maître qui se tramait.

Mais une seule chose dont l'ex-représcntant du peuple avait tenu à se débarrasser, était une charmante petite poule noire, dont voici l'histoire amusante en deux mots. Pour se distraire de leur ennui croissant, peu de temps avant que Rochefort ne débarquât en Océanie, Paschal Grousset et Olivier Pain avaient acheté des poules et avaient élevé une quinzaine de poussins. C'était une énorme ressource d'avoir des œufs. En été, à Nouméa, il est impossible de s'en procurer, ils coûtent jusqu'à un franc pièce. Lorsque l'évasion fut résolue

la busM

une absence un peu sait

li'qu

<n | u'on

;u'au :' haïr la pon ut.

— :iflD,

bii LOUISE MICHEL

bonheur, mais je sais que la volatile, grâce à cette haute protection, évita la mise à la casserole et que les déportés réussirent assez bien dans leur évasion.

Quand Henri Rochcfort et ses deux amis sortirent de leur retraite pour gagner la plage, il faisait une nuit très sombre. Il pleuvait un peu, et le ciel, voilé par de gros nuages ne laissait apparaître aucune étoile. Les prisonniers se mirent à l'eau. Ils étaient alors à quelques pas de la prison dont les pieds touchent à la mer. Un gardien montait la faction. Ils passèrent rapidement près de lui sans être vus. Sur le chemin de ronde, plus loin, trois surveillants causaient ; de peur d'éveiller l'attention des geôliers, les nageurs s'arrêtèrent. Les surveillants continuèrent leur route sans rien remarquer.

A dater de ce moment, les fugitifs prirent le large et arrivèrent sans encombre au rendez-vous, le rocher, aux anfractuosités duquel ils se cramponnèrent en guettant le secours promis.

Pendant cette première partie de l'évasion clés trois déportés de la presqu'île que faisaient les trois condamnés de Nouméa, leurs complices?

« Le mercredi 18 mars, dit Francis Jourde, le capitaine Law nous avisa que le navire appareillait le surlendemain à quatre heures du matin. On devait, par conséquent, se rendre à bord dans la nuit du 19 au 20. J'expédiai, le jeudi matin, par

i \ DÉPORTA

l'entr

et l'heure <ln r Granth < • ni"., ne ■ tmplîmes notre lâche q i itidienne.

montrer une iut à

emballer tes plans de Lh ialre el parti-

, q h .1 .-. le lrr m int.

it heures, noua prlœ la «lu

il-- n ir de

la déportation --t quelques d'admin

lion fumai. -ni tranquillement !

te lea deux déportés qu'ils dent le lendemain fuir la colonie.

A huit heureç, nous nous dirigeâmes, '.'■

*-l m< ..quai où GranthiUe, hlotti dans la

ittendait... Arrivés au : iprès

que nous ne \ être vus

d'aucun surveillant, nous nous jetâmes dans la

te, el doucement, bien doucement nous pi

il<-ur M

er de ma nablement la itionnaire

« La rade était complètement calme à cette heure de repos complet... Je n'étais pas sans une grande anxiété, quant au sujet de l'expédition. Le Ciel était sans étoiles et de gros nuages noirs courant dans l'espace obscur nous menaçaient d'un orage prochain. Je n'apercevais sur ma droite que des masses confuses qui se détachaient nombreuses de la presqu'île Ducos.

« Comment reconnaître l'ilot Knauri, entre toutes ces pointes qui découpent la rade? »

Et Achille Ballière dans son livre Vogage de circumnavigation, ajoute :

« Arrivés en face de la pointe convenue, en face de l'anse Paddon, nous nous dirigeâmes au milieu des rochers et des récifs, n'ayant pour nous guider que la phosphorescence du choc de nos avirons que nous étions obligés de modérer, afin de ne pas donner l'alarme aux gardiens ou aux soldats placés en sentinelle sur le rivage.

« Enfin nous pûmes saisir et distinguer quelques bruits de voix, une grande joie, bientôt mêlée d'inquiétude, nous envahit : — Était-ce la voix de nos amis ou celle des gardiens?

« Nous ne pouvions fuir, engagés comme nous l'étions, et nous allions être une véritable cible pour ces braves gens qui ne cherchaient qu'une occasion d'essayer leurs revolvers sur les poitrines des déportés et de faire preuve de zèle. Un bruit sourd s'entendit alors. La mer s'illumina d'un

la lii-

Iri-

: lus d'un quart d'heure. Ce qui leur

ce fut il suivaut : Une lanterne qui bril

înuun bruit

qui m

En un clin d'œil tout le monde fut hissé, tiré et endossa les vêtements placés dans la péniche. On fit force de rames glissant pendant une heure et demie entre les obstacles de tout genre.

Pour rentrer dans le port de Nouméa et atteindre au navire P. C. E., les feux du bagne de l'île Nou servaient seuls dans l'obscurité de points de repère. La crainte qui hantait désormais le cœur des fugitifs, était celle de rencontrer la chaloupe à vapeur qui voyage circulairement deux ou trois fois dans la nuit autour de la presqu'île Ducos. Puis, si l'on avait évité les regards des gardiens de la baie, il fallait prendre soin de se dérober également aux investigations des rondes du bagne que l'on côtoyait à cet instant, et, en effet, le premier danger imminent vint de cet endroit.

A la hauteur du futur pont de la Transportation les évadants aperçurent tout à coup un gardien en tournée, portant à la main une lanterne qu'il agitait en marchant. Cet homme entendit-il le bruit que faisaient les rames en coulant dans l'eau ou le sifflement de la proue du canot fendant la mer, toujours est-il qu'il s'avança jusqu'à l'extrémité de la jetée et que dirigeant du côté de la met la lueur de son fallot, il fouilla la rade avec une persistance effrayante. Il ne découvrit rien. Les évadants avaient d'ailleurs stoppé, en proie à la plus extrême anxiété. Le gardien reprit

i \ DEPORTA i

chemin Rn chantant le refrain do quelque cham i

tre .1 . ient. Il- respirèrent <-t

reprirent leui nterrompue. Mais une nou-

velle douleur leur • le-là poul

plus terrible encore.

A l'enti ■ du port de N une chaloupe

montée par des hommes < 1 * » r i l on put, tant ils aèrent près, distinguer les képis, cinglait dai

tndamnés. < m allait Btopper de nouveau, cette fois les déportés n'avaient plus d'espoir, c'était à coup sûr une ronde. C'en était fait de leurs efforts, ils échouaient à la den minute! La présence d'esprit de Jourde sauva tout. ! lux Gnances au lieu de chercher à fuir

i d'audace, il tenait à ce moment le gouvernail", il .< mit droit » sur la chaloupe des nouveaux venus. Ceux-ci étaient-ils des soldats en rupture de caserne et faisant bombance, prirent-ih déportés qui allaient ainsi droit à eux pour une ronde d'officiers dont la rencontre leur coût quelques jours de salle de pol ce ou do prison, ce qui i rent l'ab

ippèrent à force d'avirons.

L'emban ation qui portait li s leur flortu I ine <-tai t mil lirait

enfin dam - Là i immi nçait la

ir !■■ P. I Ce' n'était | ocore qu lider

dans la nuit. L'obscurité qui avait aidé cà la fuite nuisait alors à la découverte du brick.

« C'était un danger, mais en même temps une sauvegarde et le navire fut cependant après quelque soldeurs et quelques hésitations finalement trouvé.

En passant sous l'arrière, on put distinguer, au milieu des guirlandes de fleurs peintes en blanc, les trois lettres P. C. E., initiales des trois mois anglais : Peace, Comfort, Ease, le nom du bateau tant désiré.

Attacher le canot, grimper à l'échelle qui pendait le long des flancs du navire fut l'affaire d'un instant. Un steward, sorte d'intendant du bord, le seul homme qui à cette heure tardive ne fût pas couché — il était onze heures environ — assez surpris de cette invasion demanda ce qu'elle signifiait.

Le colloque suivant s'établit :

— Nous désirons parler au capitaine Law.

— Il est à terre.

— Quand rentrera-t-il ?

— A onze heures et demie.

— Nous allons l'attendre.

— Parfaitement. Est-ce que ces messieurs savent que le P. C. E. appareille demain matin à la première heure ?

— Oui.

— Ah ! ces messieurs viennent peut-être en Australie ?

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en Nouvelle Calédonie, il fit part de son observation. La réponse fut qu'il ne s'était pas trompé : c'était bien M. Rochefort qu'il avait devant lui. Toute glace fut désormais rompue, et le capitaine Law se mit à la disposition des fugitifs. Ce ne fut même que sur leurs prières instantes qu'il consentit à se conformer à la première partie du traité en ce qui concernait l'argent, et qu'il accepta, séance tenante, les 1,800 francs, qu'on était convenu de lui donner.

— « Pendant les quelques heures qui nous séparent du jour, dit-il enfin aux évadés, prenez l'air à l'arrière du pont, mais ne parlez pas, ne prononcez pas un mot, surtout un mot français. Le navire que vous voyez là, à quelques brasses seulement et qui chauffe est le bâtiment de guerre, la Vire.

«Il part à quatre heures du matin pourravitailler vos camarades de l'île des Pins. C'est le seul navire de guerre en rade, le Cher étant allé hier conduire M. le gouverneur Gauthier de la Richerie à Canala. La baleinière dans laquelle vous êtes venus sera coulée, je vais faire préparer dans la cale une cachette où vous vous réfugierez quand le pilote montera à bord. Il est important pour ma sécurité personnelle que mon équipage ignore, tant que nous serons dans les eaux françaises, que vous vous trouvez ici avec mon assentiment. Le steward chef et mon second seront seuls à le sa-

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des années dans les prisons de M. le gouverneur. Le capitaine insista pour un départ immédiat, prétexta d'affaires pressantes et commanda une manœuvre qui nous ramenait sur nos pas. Nous rent raines dans le port, nous traversâmes toute la rade avec la lenteur d'une tortue. Nous revînmes passer sous la presqu'île, à une portée de pistolet de l'endroit où nous avions pris nos camarades la veille au soir et enfin nous réussîmes à sortir de l'autre côté de l'île Nou et à travers les récifs par la passe de la Dumbea. Au fond de notre réduit nous commencions à sentir les mouvements d'une mer agitée. Nous avions ignoré en grande partie toutes ces dernières péripéties, le capitaine, n'ayant pas voulu nous faire connaître notre retour dans le port de Nouméa.

« Enfin à deux heures et demie du soir, nous fûmes avertis que nous pouvions nous présenter sur le pont, où le capitaine nous attendait pour nous manifester toute sa surprise de notre découverte à son bord. »

Ce fut après que le pilote eut quitté le P. C. E. Au moment où il remonta dans son bateau, on l'entendit distinctement crier au capitaine Law:

— Captain, nolettersfor Nouméa ?

— No; répondit le vieux navigateur.

Les évadés sortirent de dessous les voiles, ils pouvaient dès lors aller, courir, où bon leur semblait, mais ils uirent prévenus qu'à leur première

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Henri Rochefort (Henri Lucay) ; Achille Ballière (Achille Courvol) ; Rastien Granthille « Bastien » Curnieux ; Paschal Grousset (Paschal Périgère) ; Francis Jourde (Francis Courtenay) ; Olivier Pain (Olivier Gargilesse),

Le capitaine serra de nouveau les mains des six passagers, et, s'adressant à Rochefort :

— Vous avez dû tous bien souffrir, et en ce qui vous concerne personnellement le portraitdc Row- Rells est maintenant plus jeune que l'original.

— Nous avons, en effet, beaucoup souffert, répondit l'auteur de la Lanterne. A ce jeulà bien des tètes ont grisonné. Je n'en suis plus, vous le voyez, à ce fameux premier cheveu blanc dont on parle toujours, mais je n'en suis pas non plus, ajouta-t-il en riant, au dernier cheveu noir, bien plus sinistre, et dont par contre on ne parle jamais.

La traversée de Nouméa en Australie s'opère d'habitude en douze ou quinze jours avec un navire à voiles, mais pris dans la queue d'un cyclone, le P. C. /:'• avait été poussé, à sa sortie des récifs de corail, par une force d'une véhémence extraord

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pas. A quelques milles de l'entrée du port de Newcastle, en Australie cependant, les fugitifs eurent une souleur, un navire à vapeur ayant la forme d'un aviso, mit tout à coup le cap sur eux courant à toute vitesse comme pour tenter un abordage. Le capitaine lui-même eut un moment de trouble. Bientôt tout s'expliqua ; c'était un remorqueur qui venait offrir ses services aux arrivants pour les aider à pénétrer dans les passes et qui avait ainsi forcé sa vapeur de peur d'être distancé par ses concurrents.

Le capitaine qui, en raison de son habileté reconnue, avait un brevet qui le dispensait de cette obligation, refusâtes offres du remorqueur, et quelques minutes après, le P. C. E. faisait triomphalement son entrée dans la rade.

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blaient aux évadés autant de curieuses coiffées de leurs bonnets rouges en briques, dévisageant chaque arrivant avec les grands yeux formés par la trouée noire des fenêtres dans les façades pâles ou colorées.

Dans le port, grâce à une coïncidence extraordinaire, tons les bâtiments australiens et étrangers étaient pavoises. On eût dit que les capitaines fêtaient le retour de morts-vivants au soleil et à la vie. Le hasard avait voulu, en effet, que l'entrée des passagers de contrebande du P. C. E. s'effectuât à l'heure précise où tous les pavillons de la flotille marchande étaient mis au vent. Comme Henri Rochefort demandait au capitaine Law la cause de cette exhubérance de couleurs, celui-ci consulta son calendrier, pour savoir si le jour où l'on se trouvait n'était pas un jour férié qui nécessitât ce déploiement d'oriflammes. Il ne découvrit rien qui donnât l'explication, et ce ne fut que le lendemain, par les journaux de la localité, que les détenus furent renseignés sur ce détail. Le journal australien The Newcastle Chronique renfermait l'article suivant :

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