‹ Henri RochefortChapitre 51 sur 60 · I. un»- a lni · texte numérisé non relu

I. un»- a lni

d'une humeur :

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lui

— Est-il vrai, Monsieur le ministre, que Henri Rochefort, comme on le prétend, soit arrivé à Sydney?

Le principal fauteur du Seize-Mai répliqua avec une assurance superbe :

— Sous le gouvernement de M. Thiers ces choses-là étaient possibles, sous notre ministère jamais ! »

L'exaspération de la réaction était une garantie suffisante de la véracité des télégrammes publiés par les journaux, M. Adam ne songea plus dès lors qu'à mettre à même Henri Rochefort de toucher les fonds nécessaires à son rapatriement, et craignant à son tour que les complices de M. de Broglie ne retardassent l'envoi des 25,000 francs si on les expédiait de Paris, il alla trouver M. Georges Perrin, lequel avec une bonne grâce exquise consentit à faire le voyage de Londres, d'où l'argent fut versé et transmis par chèque ' télégraphique à la banque désignée de Sydney.

On peut s'imaginer si les précautions mentionnées ci-dessus étaient superflues. Ne sachant à qui s'en prendre du retour à la liberté des communalistes de l'île des Pins et de la presqu'île Ducos, le conseil des ministres alla jusqu'à faire publier par les feuilles à sa solde,, que des poursuites seraient intentées contre le digne et excellent M. Adam, basées, disaient les organes réaction-

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sympathiques dont ils étaient l'objet depuis le jour de leur débarquement dans New South Wales.

Le consul de France, M. Simon, adressa au rédacteur en chef du Sydney Morning Herald, une lettre qui se proposait d'englober les exilés dans une réprobation générale.

Voici ce curieux opuscule :

A M. le rédacteur en chef du Sydney Morning Herald.

« Monsieur, « Comme il appert que quelques habitants de Sydney, poussés par une généreuse impulsion, pourraienl être induits en erreur sur la situation réelle faite aux hommes qui ont été condamnés par les conseils de guerre à la peine de la transportation et de la détention en Nouvelle-Calédonie, je considère comme mon devoir de faire connaître au public la vérité en ce qui concerne ces prisonniers. Loin d'être seulement des exilés ou des condamnés politiques, dans le sens ordinairement attribué à ces termes, je dirai qu'ils ont été frappés d'une condamnation à la transportation et à la détention pour des actes criminels punis dans tous les temps par les lois criminelles de leur pays. Ils ont été jugés par la juridiction spéciale des conseils de guerre, parce que Paris et une portion delà France étaient à cette époque sous le régime de l'état de siège, et uniquement parce que, dans ces circons-

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: de tloir bien inaérer celte lettre, ai voua te jui convenable dans l'intérêt de la vérité et de la joatii

J'ai l'hnnn.ui-nvtiv. monsieur, votre très obéissant Berviteur.

Simon, conauJ de I

I avril 1874

notion que produisit l'insertion de • Ltribe fut prodigieux. Depo

Iney, l'hôtel Courvoiaier ne

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pius considérable. Henr R rt prima,

était, dès qu'il s'asseyait, le point de mire de tous les assistants. Quelque gênants que soient des incidents de cette nature, les fugitifs n'avaient point cru devoir y mettre fin, et cette résolution avait été prise dans l'intérêt même de ceux qui restaient en Nouvelle-Calédonie.

11 n'était pas sans utilité, en effet, que par des rapports établis entre le public australien et les évadés, et par l'intimité qui peu à peu naît de ces rapportées citoyens de New South Wales fussent appelés à se rendre compte de l'infamie des récits publiés contre des captifs sans défense et cela depuis plus de quatre années. Des conversations, des renseignements fournis, il .devait s'opérer forcément une réaction en faveur des calomnies. C'était d'ailleurs avec tant de sympathie que les habitants de Sydney abordaient les arrivants, qu'il ne pouvait rester dans l'esprit de ces derniers, en dépit de la lassitude qui résultait des questions incessantes auxquelles il leur fallait répondre, qu'un sentiment grandissant d'éternelle reconnaissance. Les proportions qu'avait atteintes l'exhibition étaient si colossales, que l'hôtel Courvoisier se transformait pour son propriétaire en une véritable mine d'or.

— Au lieu de vous laisser me payer vos dépenses, disait souvent l'excellent et digne commerçant cà l'auteur de la Lanterne, c'est au contraire moi qui devrais vous verser à tous de l'argent pour les

d abord les

pof

bouleta

cultes. Mais si le consul de France n'arrive pas à cette solution, l'affaire est grave pour lui. Son échec sera la démonstration la plus évidente que les faits qu'il nous reproche sont d'invention pure et rien ne sera plus désastreux pour l'influence morale du représentant de la France que ce terrible démenti. »

Le toile contre M. Simon était arrivé à son apogée par la brillante défense des exilés, présentée par un avocat membre du Parlement, M. David Buchanan, chef de l'opposition. Dan? un éloquent plaidoyer, l'écrivain australien ne se bornait pas à la constatation de ce fait: que c'était bien pour délits politiques que les six débarquants avaient été frappés par les conseils de guerre, il insista en termes énergiques sur cette vérité, à savoir que Rochefort personnellement avait été la victime, sous la République, chose presque incroyable, des rancunes qu'avait soulevées sa lutte contre l'empereur Napoléon III. Il terminait par ce souhait de bien venue, que nous reproduisons textuellement :

« Je félicite Henri Rochefort et ses amis de leur retour à la liberté et de leur rentrée en ce

monde.

« Chambers, 95, Elisabeth-Street,

Sydney, 3 avril.

« David Buchanan. »

C'est au lendemain de la publication de ce

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document que diens pi

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e de celte réunion, à laquell< svtient été invités, mais trop tardivement pour pouvi star, une délégation leur fut env<

à l'hôtel.

Les délégués qui s'adressèrent à II. Courvo furent introduits par celui-ci dans un salon du premi députation entière se oomj

de dix personnes. Les communalistes la reçurent

outèrent la lecture il-- l'adn bureau du meeting en anglais. La traduction en était faite par un interprète au far et à a l'audition. Henri Rochefort remercia les em df la façon la plus chaleureuse et poi compagnons d'exil, un toast : Advance Australia! » an paya qui

: si bien faire respecter les lois de l'hospitalité. La cérémonie se termina par la remise à l'exdéputé de la premii inscription de la Seine,

d'une fouli- de présents tels <pi<- minerais d'or et m. mi d<- minerais, de cuivre, etc. Un jeune homme lit don d'uni' magnifique carapace de tortue de mer d'un-' grandeur phénoménale. i taille de celle, superbement me su . que château de Pau montrent aux visiteurs comme oeau a Henri JV.

Il y avait loin, on le voit, de cette explosion de sentiments affectueux, à l'obtention de l'extradition rêvée peut-être par le consul de France !

Mais les 25,000 francs si impatiemment attendus furent enfin reçus parles déportés. Une après-midi, M. Courvoisier fut avisé d'avoir à se présenter on compagnie d'Henri Rochefort à Australasia Bank, afin d'y toucher les espèces tant désirées. La présence de l'hôtelier était réclamée par le directeur de l'établissement financier pour que le négociant pût attester l'identité de son client. Les formalités furent vite remplies et les évadés mis en possession du trésor venu d'Europe. A l'heure où le versement fut effectué, la note des dépenses de l'hôtel (quinze jours de séjour environ) s'élevait à la somme rondelette de trois mille sept cent cinquante francs.

La répartition s'opéra de la façon suivante : M. Courvoisier, remboursement de sa créance, 3,750; capitaine Law, 8,500, plus 250 francs, attribués à l'équipage, soit 8,750; Paschal Grousset, 2,500; Jourde, 1,500 ; Ballière, 1,500 ; l'interprète Vallenstein, 250 ; Bastien Granthille, 1,000 ; total, 19,250. Il resta donc à M. Henri Rochefort, 5,750 francs, dont 3,000 francs furent immédiatement affectés au paiement du passage du lanternier et à celui d'Olivier Pain jusqu'à New-York. Ce fut sur le Cyphrinès que quatre des évadés s'embarquèrent. Bastien Granthille était parti pour New-

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une contrainte de quelques heures , mais une traversée comme celle de Sydney à San Francisco est d'une durée de vingt-huit jours , et un navire est une hôtellerie flottante dont les locataires, à table quatre fois dans une journée, et à tout moment sur le pont, sont en contact. Il serait impossible au plus habile, dans ces conditions, de cacher les traits saillants de son caractère.

L'état maladif constant de l'ex-député lui attirait aussi l'intérêt de la gent féminine déjà gagnée à sa cause. C'était affreux, en effet, de voir au moindre roulis réminent journaliste, en proie à une fièvre atroce et à des vomissements épouvantables. Les dames mettaient à tout instant à la disposition du malade, des toniques, des eaux de senteur, des fruits astringeants, insistant pour les lui faire accepter, si bien que les amis du célèbre évadé lui disaient quelquefois en riant lorsque les crises étaient passées :

— <( Tenez Rochefort, vous êtes un faux malade, et vous ne vous livrez à l'exhibition de ces fausses indispositions que pour vous faire mieux dorloter. »

La vérité est que quiconque a voyagé sur mer avec Rochefort s'étonne que celui-ci puisse surmonter les fatigues, les souffrances que lui fait endurer une pareille épreuve. On s'explique l'annotation enregistrée sur le livre du bord de la

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59 i RETOUR EN EUROPE

tavu tenant un magasin modeste à deux pas du rivage, la seule baraque, dont la construction trahît la trace d'un européen en cet endroit, abordèrent le déporté et l'invitèrent à pénétrer et à se reposer dans leur échoppe. Rochefort était accroupi depuis quelques minutes sur une natte quand son attention fut mise en éveil par une conversation à voix basse établie entre ces mécènes intertropicaux. Il ne savait ce que signifiait cette sorte de discussion en sourdine, lorsque l'un des négociants révéla, malgré la résistance de son confrère, la cause de cette amicale altercation. MM. Davidson et Goldchimtt — c'était les noms de ces expatriés hospitaliers — avaient reconnu Rochefort et l'un d'eux voulait faire part de sa découverte. M. Davidson s'y opposait. Ce dernier craignait d'être indiscret et désirant inviter le pamphlétaire à dîner craignait que la révélation ne fit refuser par celui-ci l'invitation.

L'ancien député de Belleville rassura bien vite les deux amis :

« Je ne voyage pas en Océanie incognito ! répondit-il en riant de bon cœur. »

Et il accepta, à la grande joie de ces hôtes, le morceau de fresh lobster et la tranche d'igname de tradition.

La distance de Kantavu aux îles Sandwich est d'une semaine tout au plus, et les proscrits n'étaient pas dans le port de cette ville, que déjà ils

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- dispositions du roi Kaha-K loin d'ailleurs d'être h par le récit de la fête qu'il donna en faveur dea

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Voici d'ailleurs comment l'auteur de la Lanterne raconte lui-même cette amusante entrevue :

« — Je suis Hollandais, nous dit ce jeune homme ; mais j'ai longtemps habité la France. Sa Majesté dont je suis aide de camp m'envoie vous prier de vouloir bien passer la soirée avec elle.

« Jusqu'alors, les souverains ne nous avaient jamais invité à quoi que ce soit, si ce n'est cependant à entrer en prison. Cette revanche était unique dans notre histoire. Nous parlementâmes quelques minutes, nous rejetant sur le négligé de nos toilettes de voyage et le peu de cravates blanches que nous avions rapportées de la presqu'île Ducos mais le jeune aide de camp nous assura que tout se passerait en famille, et l'enivrante pensée de faire, pendant quelques heures, partie d'une famille royale, nous décida tout à fait.

« Le palais de Kaha-Kaava ressemblait à la maison d'un bourgeois à l'aise. L'intérieur en était convenable et meublé à l'anglaise. Nous l'aurions aimé plus océanien. Un piano reposait contre la cloison de gauche, non loin d'une armoire à glace en acajou. Ce fut le prince royal, père du roi, qui nous reçut. C'était un jeune homme de dix-huit ans qui, ne parlant ni anglais ni français, nous aurait obligé de causer par gestes, si le Hollandais, notre introducteur, ne lui avait traduit nos comcompliments en langue canaque. Puis le roi parut suivi de trois personnages qu'il nous présenta,

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puis probablement épaissie en

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pas toujours libre d'écouter sa générosité naturelle. Il est des considérations politiques qui priment forcément chez lui les meilleurs sentiments.

« — Moi ! répondit Kaha-Kaava avec feu, plutôt que de vous rendre, j'aurais laissé .bombarder ma capitale et mon palais jusqu'à ce qu'il n'en restât plus place.

« Et se levant vivement, il alla serrer la main d'Olivier Pain qui était évadé et aussi celle de notre ami B..., qui ne l'était pas.

« Puis il se rassit pressé d'entamer l'exposé de ses théories gouvernementales.

« — Je vais vous étonner, nous dit-il, mais vous voyez en moi le seul républicain de mon royaume.

« On a remarqué que les monarques ont la prétention d'être républicains. Aussi sont-ils excessivement étonnés quand leurs sujets les renversent pour se mettre en République. »

Et la conversation continua embrassant les réformes gouvernementales auxquelles voulait dans un avenir prochain se livrer le roi d'Honolulu. Un peu plus il eût consulté le pamphlétaire sur les questions à l'ordre du jour.

« Pendant ce dialogue, ajoute l'ex-député de Belleville, le Champagne circulait avec une abondance périlleuse. Nous étions huit en comptant les trois ministres, et déjà plus de quinze bouteilles avaient été débouchées. Ce vin qui est

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moi, chantant la Marseillaise au piano, chez le roi des îles Sandwich. »

A dater du départ d'Honolulu, Henri Rochefort n'eut plus qu'un ardent désir, celui de se soustraire désormais à toutes les réceptions, à toutes les manifestations auxquelles son passage dans telle ou telle ville de l'Amérique du Nord servirait de prétexte. Depuis deux mois que durait le voyage, l'évadé n'avait plus qu'un souci, celui d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait retarder l'arrivée à New-York, l'embarquement pour Londres, point définitif de stationnement où devaient le^ venir retrouver ses enfants chéris, sa fille et ses fils.

Et pourtant les tentatives de réception enthousiastes se préparaient à San-Francisco pour l'auteur de la Lanterne. Au moment même où le Mikado allait quitter le quai d'Honolulu, le capitaine reçut d'un de ses confrères, arrivant de San- Francisco, un paquet de journaux de la semaine. Les dépêches expédiées de Sydney et annonçant le départ d'Henri Rochefort, et de ses compagnons s'y trouvaient consignées et commentées. La colonie française de la grande cité américaine du Pacifique guettait l'entrée dans le port des évadés pour les convier à un banquet et à l'organisation d'une conférence. Le pamphlétaire résolut de se dérober, quelque regret qu'il en conçût, à la réception de ses concitoyens. Le Mikado, par un heureux ha-

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cipaux hôtels de la ville. Ils s'y installèrent et afin de donner le change aux reporters que, selon toutes les probabilités, les journaux de la localité en quête de renseignements allaient lancer à leur poursuite, ils s'inscrivirent sous des noms supposés. Henri Rochefort devint Henri Morell, Olivier Pain, Oliver Hudrey. Cette précaution n'était pas futile. A peine la nouvelle se fut-elle répandue que les passagers de Sydney étaient débarqués que la chasse aux déportés commença. Les journalistes San-franciscains se ruèrent dans les divers hôtels, interrogèrent les propriétaires, les garçons et les cochers.

— Vous n'avez pas été chercher des malles au Mikado ? Vous n'avez pas vu un homme dont le signalement réponde à celui de cette photographie ?

— Laissez-nous consulter vos registres, nous arriverons peut-être à découvrir ceux que nous sommes chargés coûte que coûte de retrouver.

Les trois noms inscrits sur l'agenda de Like House finirent enfin par donner Téveil à l'un des plus fins limiers sur la piste.

Quels sont ces trois voyageurs? D'où viennentils ? Ils sont descendus aujourd'hui ? Quelle chambre occupent-ils? Peut-on les voir.

Et comme l'hôtelier impatienté de ce déluge de questions priait le reporter de prendre la porte, celui-ci fit une fausse sortie, gravit furtivement les escaliers, heurta à la chambre de Henri Roche-

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fut en réalité qu'à cette ville qu'il

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homme d'environ trente ans, blond, la figure pleine, l'œil bleu, mais énergique, très-élégant de mise et extrêmement distingué de manières sauta dans le wagon des évadés et vint s'asseoir à côté du rédacteur en chef du Mot-d1 Ordre.

« — Monsieur, dit-il en français assez mâtiné d'anglais, je suis correspondant du New-York- Herald. M. Gordon Benett, propriétaire et éditeur de cet organe, m'a chargé de venir au devant de vous, afin de vous faire une proposition que vous accepterez, j'espère.

« On choisit pour causer à l'aise un des compartiments séparés et formant boudoir que les ingénieurs américains ont eu l'excellente idée de disposer dans les wagons et qui permettent au voyageur fatigué de promiscuité d'aller s'isoler et de se recueillir portes closes. M. James O'Kelly qui devait bientôt devenir pour les fugitifs l'ami O'Kelly, aborda immédiatement la question :

« — 11 nous faut, dit-il à l'ex-représentant, un article de vous sur les événements de Paris, sur la vie des déportés en Nouvelle-Calédonie, sur votre évasion, etc. Nous vous livrons le journal. Votre article aura dix lignes ou trois mille lignes à votre choix. Vous n'aurez aucun ménagement à garder envers âme qui vive. Dites tout ce que vous croirez devoir dire et comme vous jugerez à propos de le dire.

« — Mais le New-York Herald est peut-être le

plus modéré des journaux qui m publient <-u ' rique. Il est évident qu'en me donnant carie blanche, j'en abuserai pour exprin qui choqueront probablement vos lecteui Y >u- \ «us croyes donc en I qui sures ls responsabilité du récit que ailes faire. II. Benêt) vous sous-loue les colonnes df V Herald, »-t ne lire votre article que quanti il surs paru, absolument comme s*il était le premier abonné venu. C'est l>i<-n ainsi que le public l'entendra.

« — Cependant le Hew-York Herald entre en Frani li je vais me gêner pour dé-

renfer d'oà je bow et où tant d'autres continuent à souffrir. \ uni. pn i mont parce qu'elle me fournit lea moyens de rectifier !<■<; plus cruelles erreurs, et de réfuter les plus odieuses calomnies. Or, il est 1 «î«mi certain que le ernement français, oon-seulement fera saisir le journal chex les libre les kiosques, mais peut-être l'arrêtera dorénavant à la frontière.

« — Le gouvernement français ju'il vou-

dra, et nous faisons ce que nous voulons, il est même L>'m que vos compatrio!

obligés de recourir i la traduction pour vous lire. L'arti donc publié en français sur ui,<

tonne «-t en snglais sm- l'autre. Il y en aura de la :i le monde.

« — Et quand vous faut-il le remell

« — Demain matin au plus tard. Il doit paraître au moment de votre arrivée à New- York.

« — Mais il y aura plus de deux mille lignes, si je veux raconter tout ce que je sais. Je ne puis pas écrire dans un wagon un article de cette teneur.

« — Nous arriverons ce soir au Niagara. Vous passerez la nuit à travailler, tandis que vos amis iront visiter les chutes. Un mot encore, que demandez-vous pour le travail que M. Benett réclame de votre bon gré ? »

Rochefort ne savait pas du tout ce que payait le New-York Herald, il n'osait d'ailleurs fixer le prix pour cette chose qui allait rendre un service immense à la déportation par l'énorme publicité donnée aux agissements honteux de l'administration à l'égard de ses ennemis vaincus. Il était fort embarrassé et ne savait comment mettre fin à ses hésitations quand M. 0' Kelly lui facilita la réponse. Voulez-vous accepter cinq mille francs ? M. Gordon m'a dit de vous proposer cette somme.

Rochefort eût payé, comme il le dit lui-même, le libre droit de développer sans contrôle, dans l'organe newyorkais, toute sa pensée. Il fut trèsneureux qu'au lieu d'avoir à donner de l'argent, le destin le mît à même d'en recevoir. Cinq mille francs, dans l'état actuel, redonnaient du ton aux finances fort amoindries. Mais James O'Kelly, en bon rédacteur, dévoué à M. Benett, avait agi on cette circonstance en vrai Américain, ainsi qu'il le

. plus lai chef hiérarchique De Bavai! pas qui l était le c : i fort ei qui e a'étâil pas cinq mi] i . I< -ni il

muni M. O'Kelly pour traiter avec le journa

•us. I.' reporter américain avail l'ordre d'aller jusqu'à vingt-cinq mille francs pour obtenir l'article qu'il était venu solliciter de lui à < ihicaj A l'an.. -York, après une nuit blanche

à recopier, refondre, ponctuer l'article, le morceau littéraire exigeail encore plusieurs heures de travail. Des dépêches reçues < 1 urant le court trajet de Niagara à New-York, annonçaient l'intention qu'avaient les proscrits tant de is.,| que de 1*71 de venir au-devant di popr les féliciter. O'Kelly, avec sud esprit posilil habituel, fit observer qu'une fois pris dans l'en* grenage des réceptions, des invitations, des allocutions', des congratulations, il n'y aurait plus <>ur celui <li»nt il avait la prose en [m. clic, de mettre la dernière main à. l'œuvre, il lui con-

r aux ovatioi ;■ tomber à bas du train, minutes

avant que les wagons n'entrassent en gare.

« Il est un endroit, une mont* train ra-

lentit sa marche, au point qu'on ne risque rii entreprendre v.

H i convaincre, et ce lurent

Olivier l'ain et m. h... qui reçurent a la .

députations et les souhaits de bienvenue qu'elles apportaient. Les détails de la composition et de la correction ne s'achèvent, en dépit de toute la célérité déployée, qu'à une heure très-avancée de la nuit. Ce qui prit un temps considérable, ce fut la traduction. Bien que six traducteurs intelligents s'acharnassent à cette besogne, les retards étaient prodigieux. Il fallait à tout instant que l'auteur dont l'article contenait des gallicismes, on pourrait dire des parisianismes indéchiffrables, incompréhensibles pour les traducteurs, leur en expliquât, — ce qui était d'une difficulté atroce, — le sens compliqué et figuré.

Tel qu'il fut cependant, l'article eut un retentissement incroyable. Le matin de l'apparition, l'administration de Y Herald s'était livrée à une publicité comme les Américains la comprennent. Les voitures roulaient avec des affiches portant en caractères gigantesques le nom de Henri Rochefort en vedette. Des banderolles s'agitaient au bout de mâts piqués aux coins des boulevards les plus fréquentés avec des indices analogues. Tous les journaux de la localité reproduisirent le factum, chaud plaidoyer en faveur des exilés. Le lanternier, dans une course rapide, embrassait la fin de la période napoléonienne et s'arrêtait à l'évasion. Il narrait les supplices supportés par les vaincus de mai au lendemain de la semaine sanglante, les atrocités commises à froid depuis quatre ans par les im-

nmon

it, un article

n'esl pas un livre, si long qu'il fût. il D6 |"'ti-

qtTefQeurer louU uestions. Le

tbtenu par cette publication réparatri gea li's amis de l'ex -député a le pousser i donner nue conférence où il pourrait divulguer plus amplement I clairer plus complètement l'opinion.

Rochefort consentit volonl ixhibition

el l'argument qui le détermina fui que le montant rait attribué à Bea an< >n loua au plus vite la salir de i

demie de musique, et la conférence fat anno

par les journaux, même par ceux d'idées absolument hostiles.

idant les préparatifs de cette mémor séance, le New-York Herald renfermant la prose du pamphlétaire voguait tranquillement vers Paris. Quand elle arriva à destination l'émotion dans la capital.' de la France ne fut pas moindre d qu'elle avait été dans la capitale des Etats-Unis, marchandes des k des boulevards ne

vent qu'une quantité assez, limitée d'exemplaires du journal américain, mais If. Gordon

U qui pour être millionnaire ne perd pas une seul.- feuille ton

qu'elle peut donner, avait fait quintupler le chiffre habituel de l'expédition parisienne. En recevant ce ballot aux dimensions disproportionné* -

premier soin des vendeuses du boulevard fut de se demander :

— Tiens ! qu'est-ce qu'il y a donc d'extraordinaire à New-York pour qu'on nous encombre de cette façon d'exemplaires ayant onze jours de date au moins?

Puis la curiosité aidant, elles se mirent bientôt à regarder sans couper les feuilles, l'entête des articles du journal. Elles découvrirent ce qu'elles avaient flairé. Ce fut, duChâteau-d'Eauàla Madeleine, une traînée de poudre. A chaque acheteur venant réclamer un journal français le Rappel, le National, le Temps, la marchande avec des petits airs malins, des clignements d'yeux significatifs disait d'un ton qui ne laissait pas d'être provocant.

— Monsieur a-t-il lu le New-York Herald d'aujourd'hui?

— Le New-York Herald, ma foi non !

— Eh bien, que monsieur le lise le New-York Herald : je ne dis que ça à monsieur. C'est soixante centimes seulement.

Et quand l'acheteur ahuri résistait à cette pression alléchante, la marchande lançait cette suprême séduction :

— Il va être bientôt saisi, sans doute, il contient un article de Rochefort. Le numéro ce soir se vendra cent sous, dix francs, vingt francs peut-être.

Et, en prévision de ce gain inespéré et probable, en prévision surtout de la saisie certaine qui

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