Henri VIII et les monastères anglais
Au printemps de l'année 1536, Henri VU I avait eu partie réussi dans ses projets contre les monastères. Le Parlement s'était conformé à sa royale volonté et lui avait accordé, en mars, la faculté de trafiquer des biens de toutes les maisons religieuses dont les revenus n'excédaient pas 200 livres sterling par an. Cette époque fut marquée par des événements de haute impor- , tance à la fois pour l'Église et pour la nation en général. La mort avait mis fin en janvier aux peines de ■-^l'infortunée reine Catherine. La chute et l'exécution i^subites d'Anne Boleyn, quatre mois plus tard, sembla (^^fîrir une opportunité favorable pour la réconciliation d'Henri avec le pape. Le roi de France, sitôt après l'annonce de la dégradation d'Anne Boleyn, avait montré aux ambassadeurs d'Angleterre qu'il ne pouvait se présenter « une occasion plus propice pour Henri
Henri viii. — II. 1
d'effacer les taches qui souillaient sa renommée et de devenir le roi le plus glorieux du monde...., que chacun devait accomplir son devoir, et qu'on trouverait chez le pape cette vraie piété et bienveillance que le monde entier devait maintenant connaître ». L'ambassadeur et l'évêque de Winchester avaient, les larmes aux .yeux, assuré au monarque français que « tel était leur unique désir et qu'ils feraient leur possible » (1).
Le peuple anglais, de son côté, manifesta universellement la joie qu'il éprouvait de la disgrâce et de l'exécution de la maîtresse du roi : c'est qu'il croyait maintenant à la possibilité de guérir la plaie qu'avait ouverte la rupture avec Rome^ et que, Cranmer ayant proclamé nul et de nul effet le mariage d'Anne, sa fille Elisabeth était en conséquence illégitime et la cruelle injustice dont la princesse Marie était victime allait être réparée (2).
Maintenant que le roi était sorti de tous ses embarras conjugaux, on espérait, à l'étranger, qu'il retournerait à la communion de l'Église dont il ne s'était séparé que pour maintenir à tout prix son mariage illégitime avec Anne Boleyn (3). Le pape luimême, s'il faut en croire sir Gregory Casale, était on ne peut plus désireux de voir Henri VIII revenir à l'obéissance, et de lui aplanir les voies : il attendait seulement que le plus léger indice trahît chez le roi un désir de réconciliation pour saluer avec bonheur sa rentrée dans le sein de l'Église. Il avait parlé avec
i. « Letters and Papers, Foreign and Domestic », an-angés et catalogués par James Gairdner, tome X, n° 956. Nous continuerons à citer ce recueil comme dans le I"' volume, sous le nom de « Calendar ».