‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 110 sur 278 · Papiers dÉtat, Dom. 1538, ut supra · texte numérisé non relu

Papiers dÉtat, Dom. 1538, ut supra

2, Brit. Muséum.— Cleop. E, IV, f. 111. .

par Crumwell, nous révèle les doutes pitoyables qui étreignaient le cœur, l'esprit et l'âme de l'abbé Hobbes. Mais ce dernier avait devant lui la perspective terrifiante de la prison et la pensée d'une mort atroce : sous l'impulsion de l'efTroi, avant même que son interrogatoire soit terminé, il avoue, sur un ton plus pitoyable encore, qu'après tout il a pu se tromper et il implore son pardon. Cette peinture n'exprime que faiblement l'angoisse et le désespoir que durent éprouver, en ces jours terribles, des milliers de consciences épouvantées par l'incertitude de leur sort. L'orage éclata et s'abattit d'abord avec force, comme il arrive d'ordinaire, non sur le théologien exercé et le dialecticien habile, mais sur des hommes qui vivaient avant tout d'après l'autorité et la tradition. D'instinct, ils savaient [ce qui était bien. Leur conscience hésitait à repousser « l'autorité durable de l'évêque de Rome ». Ils embrassaient son parti « autant qu'ils l'osaient, pensant être dans la bonne voie », regardaient avec une défiance et une crainte égales la politique religieuse d'Henri VIII et les actes de Cranmer, étaient persuadés que l'archevêque « n'était point autorisé à agir comme il faisait sans la permission de l'évêque de Rome ». Tout le monde comptait voir s'apaiser ce qu'on prenait pour une simple « querelle » entre le pape et le roi. Aux yeux des gens sages après coup, cette espérance semblera peut-être dénoter une simplicité voisine de la sottise ; mais pour les hommes de cette époque, c'était l'ancre de miséricorde et de salut. Ceux qui se trouvaient dans la situation de l'abbé de Woburn étaient sollicités par des intérêts pressants et immédiats qui embrassaient à la fois le bonheur des religieux, des domestiques, des dépendants, des amis,

et le sort d'une demeure chérie. De semblables considérations devaient moralement ajouter un grand poids aux conseils de la crainte personnelle et pousser ces hommes à s'abuser sur leur propre compte. Ainsi que Houghton, le prieur des Chartreux, ils pouvaient croire qu'ils devenaient anathèmes pour l'amour de leurs frères, et il n'était pas jusqu'aux « reproches quotidiens de la conscience » qui ne parussent à des hommes de cette trempe faire partie du douloureux fardeau imposé par le divin Maître. Tant l'esprit est habile à découvrir les motifs les plus nobles en vue d'écarter un mal devant lequel la chair frémit et le cœur se serre ! — Il n'y avait alors qu'un parti à prendre : tenir bon et gagner du temps. En effet, la capitulation de conscience à laquelle l'abbé Hobbes était descendu fut inutile. Son humble demande de grâce fut rejetée. On ne le laissa pas vivre. Henri VIII n'en était plus à compatir aux faiblesses humaines ni à s'apitoyer sur qui que ce fût. L'abbé, selon toute apparence, fut jugé à Lincoln, avec Laurence Blonham (ou Peck), et Richard Woburn (ou Barnes), deux moines de l'abbaye. Tous trois furent déclarés coupables et condamnés à être tirés à quatre chevaux, pendus et écartelés (1). L'un de ces deux moines, Laurence Blonham, était celui qui, dans la « salle du barbier », s'était écrié qu'on ne lui ferait « jamais jurer d'abandonner le pape ». L'autre, Richard, ou, comme on l'appelle encore, Ralph (2) Woburn ou Barnes, était le sous-prieur dont l'abbé Hobbes nous apprend qu'il « professa et exprima toujours les opinions les plus résolues » au sujet de l'autorité papale. L'abbé,

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