‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 133 sur 278 · Rec. Office. — Corresp. de Grumwell, VIII, f · texte numérisé non relu

Rec. Office. — Corresp. de Grumwell, VIII, f

Pour une raison ou pour une autre, les différents couvents de Frères n'avaient pas été compris dans les dissolutions accomplies en vertu de l'Acte qui supprimait les monastères d'un revenu annuel inférieur à 200 livres (1). Les Frères possédaient, conformément aux statuts de leur ordre, fort peu de biens immobiliers : il est donc probable que le roi ne crut pas utile de se rendre plus impopulaire en les attaquant, alors surtout qu'il n'avait pas grand'chose à gagner. Mais quand la politique de spoliation fut solidement établie, et que la cruelle répression de la révolte du Nord eut rendu la résistance presque impossible, Henri put songer, sans crainte des conséquences, à s'emparer des couvents de Frères et à grossir le trésor royal de leurs minces revenus. Leurs possessions étaient maigres, sans doute ; mais pour qui détruirait ces religieux en masse, il y avait quelques manoirs, quelques jfermes et quelques maisons à conquérir. Chaque couvent, si pauvre fût-il^ était propriétaire du terrain sur lequel il était bâti, et si les ornements sacrés confiés à la charge du sacristain n'avaient, en général, qu'une valeur insignifiante, le plomb formant la toiture et les gouttières de l'église ajoutait toujours quelques livres sterling au vaste total des dépouilles monastiques.

Les Frères échappèrent pour un temps au danger dont les autres religieux avaient été victimes; mais ils furent accablés de persécutions telles, que la ruine complète eût presque été préférable. On les regardait, probablement à juste titre, comme fort attachés au pape. Il a déjà été question des embarras que causa

i . Il est curieux de noter les erreurs où certains écrivains sont tombés à cet égard. On pourrait en citer plus d'un qui déclare que les « petits monastères » étaient, en majeure partie, des couvents de Frères.

aux Frères Observantins le rôle actif joué par eux dans l'opposition que rencontrèrent le divorce du roi et la rupture avec le Saint-Siège, conséquence de cette démarche. Les autres communautés de Frères étaient, par l'essence même de leur constitution^ moins insulaires que les grands ordres monastiques. Ils faisaient partie d'une immense armée, aux bataillons épars dans tous les pays, et dirigée par un chef suprême qui habitait une contrée étrangère et vivait, en général, à l'ombre du trône papal. Leur pauvreté tendait, en outre, à les rendre indépendants du contrôle de la Couronne. Ils ne possédaient pas de vastes domaines, comme les grands monastères, qui voyaient le roi intervenir à chaque nouvelle élection d'abbé ou de prieur^ — et ils étaient libres de choisir ou d'accepter un supérieur désigné sans le consentement ou la permission du roi.

Dès les premiers jours de la querelle d'Henri avec l'Église, on avait mis fin à cette absence de contrôle par la nomination d'un Frère Augustin, le D' George Brown, au généralat de tous les ordres mendiants (I). Ce nouveau supérieur était une créature de Crumwell. D'après Chapuys, il prêcha, sous l'inspiration de son maître, contre le pape et contre les vieilles doctrines catholiques, et on lui donna cette charge élevée pour le « récompenser d'avoir marié lady Anne » et le roi. Il a été parlé plus haut avec assez de détails de l'œuvre accomplie par cet instrument d'Henri VIII « en toutes choses illégales » et par son collaborateur, le Dominicain John Hilsey, qui succéda plus tard, comme évêque de Rochester, au martyr Fisher (2).

l.« Calendar », VII, 121.

Page 1