Eilis, « Orig. Letters », I, 2« série, p. 8t
pies. Mais celles-ci étaient marquées pour la destruction et il ne fallait plus compter sur des aumônes qui ne serviraient qu'à grossir le butin accaparé parle roi.
Il y eut évidemment des exceptions à la règle générale, et on trouve des exemples de donations faites aux Frères à la veille même de leur dispersion. Ainsi, le 9 octobre 1537, juste quinze mois avant la cession du couvent, Robert Davell, archidiacre du Northumberland, passa un contrat intéressant avec le Frère Roland Harding^ le successeur de Richard Marshall chez les Dominicains de Newcastle. Les religieux promirent qu' « entre six et neuf heures du matin, chaque jour, les Frères s'agenouilleraient devant l'image de Notre- Seigneur, qu'on appelle le crucifix, et qui était entre les cloîtres et la porte de sortie du chœur, et chanteraient dévotement l'antienne de la croix, qui commence ainsi : « 0 crux », avec le verset : « Adoremus te,Christe Jesu Fili Bel v'wï, » etc., et la collecte : « Domine Jesu », etc. Ensuite, ils devaient réciter, pour les âmes de William Davell, de John Rrigham, négociant, qui habitait de son vivant à Newcastle, et de leurs femmes et enfants, ainsi que pour leurs bienfaiteurs et toutes les âmes chrétiennes, le « De profundis » avec le « Preces » et l'oraison finale : « Absolve ». En retour, Robert Davell donna aux Frères, à cause de leur grande nécessité, 6 livres 8 shillings. Et les Frères convinrent que, si l'antienne et les prières n'étaient point récitées pendant deux jours, ils chanteraient une messe solennelle avec Requiem en musique et enverraient le crieur public par la ville pour informer le peuple de la cérémonie, afin que l'on vînt chez les Frères et qu'on fît une
offrande pour les âmes des trépassés. Et au cas où ces conditions essentielles ne seraient point observées, les 6 livres 8 shillings devaient être rendues entièrement et sans délai (1). »
Les termes mêmes de ce contrat suffiraient à montrer, si l'on n'avait pas des preuves abondantes de ce fait, que les Frères étaient alors réduits à un état d'extrême pauvreté. De vrai^ on ne peut lire les lettres écrites par l'évêque Ingworth et le D"" London à Crumwell, tandis qu'ils s'occupaient à supprimer les couvents de Frères, sans comprendre que leur dénuement ne leur laissait d'autre alternative que celle de se rendre. «Depuis la dernière fois que je vous ai vu. dit le premier^ j'ai reçu pour le compte du roi douze maisons de Frères : à savoir, une à Huntingdon, quatre à Boston, quatre à Lincoln, une à Grantham^ une à Newark, et une enfin à Grimsbv. Elles étaient toutes dans la misère; il ne leur restait pas grand'chose, à peine de quoi payer les dettes, et quelquefois même il n'y avait guère plus de 3 livres ou environ. De ces maisons Sa Majesté le roi ne recueillera que du plomb, lequel, autant que j'en puis juger, donnera en tout à peu près douze vingtaines de « fodders » ou plus, et il y aura vingt -quatre cloches et, dans chaque maison, un calice de 6 à 10 onces, quelquefois plus. Ces calices, je les emporte avec moi, avec tout ce que je pourrai encore trouver en argent (2). »
Le même personnage rapporte également que les trois maisons de Frères de Cantorbéry étaient endettées. Les Frères Augustins, en particulier, devaient
1. Brand, « Newcastle ». Cité par le Père Palmer, « Reliquary », t. XVJII, p. 164.