‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 156 sur 278 · Cette maison se rendit au D"" Legh le 8 novembre suivant · texte numérisé non relu

Cette maison se rendit au D"" Legh le 8 novembre suivant

de mettre un terme à ces rumeurs et d'apaiser le peuple, je me rendis en toute hâte aux abbayes et prieurés, et je mandai les gentilshommes et personnes honorables qui habitaient les environs. Alors, dans la salle du chapitre, je commandai et j'enjoignis publiquement, au nom du roi, aux abbés, aux prieurs et à leurs communautés, de ne point en aucune façon, et par crainte de ces bruits et des bavardages du peuple, gaspiller, détruire ni gâter leurs bois ; ni vendre leur argenterie ou les joyaux de leur église ; ni en hypothéquer ou engager une seule parcelle ; ni afîermer leurs granges, pâturages ou terres, qu'ils ont toujours conservés pour l'entretien de leur maison et le maintien de l'hospitalité ; ni réclamer des droits excessifs pour le renouvellement du bail d'un manoir pour une durée de cent ans;... ni vendre ou aliéner leurs terres et revenus; ni en diminuer les loyers; ni vendre aucun manoir, aucune dotation, pension, redevance ou telle autre chose appartenant à leur monastère. Et pour finir (je leur commandai) de tout garder dans le même état qu'auparavant, comme leur devoir les y oblige, et de ne point ajouter foi aux sots bavardages du peuple. Et, ajoutai-je, quels que soient ceux qui veulent vous persuader de faire de semblables ventes ou aliénations, en alléguant que le roi va vous supprimer, vous elles autres maisons religieuses, et qu'il vaut mieux vous y prendre d'avance pour tirer votre épingle du jeu, ces gens, à quelque condition qu'ils appartiennent, ont en cela formellement calomnié le roi, leur légitime souverain. » Layton les engagea donc à ne point croire à tous ces racontars, et il « ordonna aux abbés et aux prieurs de condamner au carcan » ceux qui les colportaient, à moins que ce

ne fussent des gentilshommes, auquel cas ils devaient en référera Crumwell.

€ Cette expédition, dit Layton en terminant^ nous a un peu retardés à Westacre, car, si avant la dissolution de ce monastère, je n'avais pas agi avec tant de hâte, ces rumeurs auraient pris de telles dimensions en l'esprit de la populace que sûrement tous les abbés et prieurs nous eussent joué de méchants tours avant que nous n'eussions dépêché notre besogne à Westacre. L'ordre que vous me donnâtes en votre galerie était donc bien plus important que je ne jugeai ou supposai alors, ou que je n'eusse voulu le croire si je n'en avais vu, par expérience, le côté pratique (1). »

Le ministre perspicace avait eu le sentiment bien net du danger : témoin le brouillon de la lettre adressée à différenls monastères pour leur assurer qu'on ne songeait pas à les supprimer. « Je ne doute point, ainsi s'exprime Crumwell, qu'ayant reçu récemment les lettres de Sa Majesté le roi, par lesquelles Sa Majesté vous signifiait que, si vous vous comportiez en bons et fidèles sujets, votre état et genre de vie ne seraient en aucune façon interrompus, et que son bon plaisir était que, si un homme déclarait le contraire, vous le lissiez appréhender et garder en sûreté jusqu'à plus ample connaissance de la volonté de Sa Majesté, — vous ne vous reposiez si fermement sur les assurances desdites lettres que ni les paroles d'aucun homme., ni la renonciation volontaire d'aucun supérieur ou d'aucune communauté de maison religieuse ne pourront vous inspirer le doute ou la crainte de voir supprimer votre monastère et modifier votre genre de vie et

i. Rec. Off. — Gorresp. de Crumwell, XX, 16.

régime. » Cependant, le roi est convaincu que certaines gens « à la nouvelle d'une renonciation franche et volontaire, voudraient répandre le bruit d'une dissolution générale et violente. Et parce que plusieurs maisons se sont dernièrement rendues, le roi me commande de vous dire qu'à moins d'ouvertures faites par les maisons qui se sont livrées à lui. Sa Majesté ne s'en serait jamais emparé. Et Sa Majesté n'a point l'intention de vous tourmenter ou de préparer la suppression d'aucun monastère actuellement debout, excepté si, de leur plein gré et consentement, ses hôtes demandaient à le quitter et céder, ou s'ils se conduisaient de façon contraire à leur allégeance ». Dans ce dernier cas, ainsi finit le document, ils perdront* plus que leurs maisons et leurs biens, à savoir, leur vie .par-dessus le marché- C'est pourquoi ayez soin de vos maisons et gardez-vous de les détériorer comme certains l'ont fait, qui s'imaginaient qu'on les allait dissoudre » (1).

La crainte qu'avait le roi de voir les moines euxmêmes, si on leur laissait soupçonner ses projets, le devancer dans son œuvre de spoliation, n'était pas complètement chimérique. Les nombreux interrogatoires qui eurent lieu quelques années plus tard, et qui , portèrent sur la vente et le fermage des terres^ les donations d'annuités, la mise en gage d'argenterie et de joyaux, prouvent qu'au moindre pressentiment de la ruine prochaine, les religieux prenaient leurs précautions. Ainsi, pour ne citer qu'un ou deux exemples parmi tous les autres : un mois avant la dissolution de Wormesley, prieuré de chanoines augustins

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