CHAPITRE VIII
L'Œuvre de Suppression continue.
L'histoire de toutes les dissolutions se ressemble par les circonstances générales qui les accompagnèrent.
Les moindres démarches des commissaires royaux occupés à licencier les moines, à détruire ce que l'on estimait des bâtiments superflus, et à jeter toutes les dépouilles dans les caisses d'Henri VIII, ont été suivies de si près par un historien éminent (1), qu'il n'est guère besoin de s'étendre ici sur cette série d'événements qui se terminèrent par l'entier anéantissement de l'institut monastique en Angleterre.
Pendant l'année qui suivit le « Pèlerinage de Grâce », l'histoire n'a enregistré qu'un petit nombre de suppressions, à part celles des monastères de second rang déjà condamnés par acte du parlement. Il faut faire exception pour les monastères saisis par Henri Vlll à la suite de l'attainder qui frappa leurs supérieurs pour le rôle qu'on les supposait avoir joué dans la
i. Chanoine Dixon (« Hist. of the Church of England, » second volume).
révolte du Nord. De la Saint-Michel 1537 jusqu'à la même date de l'année suivante, l'œuvre de destruction fut menée avec vigueur. Sans compter les maisons de Frères, dont la dissolution a été rapportée dans le dernier chapitre, et les abbayes de Woburnet de Lenton, qui tombèrent, cette année-là, sous le coup de la loi d'attainder, beaucoup d'autres parmi les grands monastères devinrent la propriété du roi^ soit en vertu d'un acte d'abandon^ soit par un artifice quelconque, avant la fête de Saint-Michel 1538. Les circonstances qui accompagnèrent la destruction d'un ou deux de ces établissements nous édifieront sur les procédés mis en œuvre.
Nous avons déjà démontré que l'abandon volontaire était le fait qui légitimait, au point de vue légal, la possession des monastères non compris par le parlement dans la limite pécuniaire fixée pour la dissolution. Les agents du roi avaient ordre d'employer tous les moyens possibles pour amener les religieux à « consentir et souscrire de plein gré » à leur propre perte. Et au cas où ils trouveraient « l'un quelconque desdits supérieurs et communautés désignés pour la suppression, rétifs et obstinés au point de ne vouloir en aucune façon » signer et sceller leur propre arrêt de mort, — alors seulement les commissaires étaient autorisés à « s'emparer de la maison » et des propriétés par la force (1). Depuis de longs mois, dès le moment où commença la dissolution des prieurés, le bruit s'était répandu parmi le peuple que les abbayes d'Angleterre allaient être complètement rasées^ et que le but du roi était de mettre la main sur leurs terres
1. Rec. Ofliee. — Chapter House Bk., A. 4/30, f. 1 et sqq. Cité plus en détail au ch. VI.
et leurs richesses. Les religieux eux-mêmes espéraient contre toute espérance, souhaitant qu'un nouveau caprice du monarque ramenât l'union avec Rome et le renvoi des perfides conseillers alors tout-puissants : ils ne pouvaient cependant guère s'attendre^ dans les circonstances actuelles, à un sort plus heureux que celui de leurs frères plus pauvres qu'eux. Ces pressentiments, le roi avait intérêt à les combattre. Persuadés qu'avant peu, — quelques semaines ou quelques mois, — leurs biens tomberaient au pouvoir d'Henri, les moines non seulement étaient naturellement portés à négliger l'entretien des constructions et des terres, mais avaient le vif désir de soustraire pour leur propre compte, si possible, certains objets à la saisie. Aussi arrive-t-il maintes fois que les visiteurs recommandent, dans leurs lettres, d'agir promptement dès qu'on a résolu de s'attaquer à telle abbaye ou à tel couvent. De là encore le soin avec lequel le roi et ses agents s'efforçaient de dissimuler leur intention de supprimer toutes les institutions monastiques du pays.
Ainsi, cet homme sans scrupules, leD' Layton, dans une lettre écrite au milieu de janvier 1538, décrit ses efforts pour empêcher la propagation des bruits nuisibles aux intérêts du roi. « Dès mon arrivée, dit-il, au prieuré de Barnwell, le 12 dans l'après-midi, la rumeur courut à Cambridge que le prieuré allait être aussitôt supprimé (1) ; puis que j'irais à Ely et à Bury en supprimant tout sur ma route, et que Sa Majesté le roi était pleinement déterminée à dissoudre tous les monastères^ et que M. Southwell et moi n'étions envoyés dans le comté de Norfolk qu'à cet effet. Afin