Br, Muséum, MS. Gotton, Titus, B. I., f. 446 a
'i. A cette époque, Glastonbury fut, ainsi que d'autres églises d'Angleterre, débarrassé par le roi de ce qu'il se plaisait à regarder comme « de l'argentei-ie superflue ». Pollard, Tregonwell et Petre remirent, le 2 mai 1539, à sir John Williams, gardien du trésor royal, 493 onces d'or, 16.000 onces de vermeil et 28.700 onces d'argenterie simple ou dorée en partie, provenant des monastères de l'Ouest du royaume. Ce total embrassait « l'argenterie superflue » de Glastonbury. Outre cetie masse d'or et d'argent, il fut déposé au trésor « deux chatons de bague en or, sertis de deux grossières émeraudes ; une croix de vermeil, ornée d'une grosse émeraude commune, de deux rubis-balais et de deux saphirs, la pomme manquant à l'une des extrémités de ladite croix; une pierre des reliques enchâssée dans du vermeil et en partie dans de l'or, appelée le grand saphir de Glastonbury; un grand morceau de corne de licorne; un morceau de nacre, huit branches de corail ». (« Monastic Treasures », Abbotsford Club, p. 24.)
3. Tout ce récit est emprunté aux lettres des commissaires à Crumwell (Wright, p. 255).
J9 septembre, les commissaires royaux, Layton, Pollard, et Moyle, arrivaient subitement à Glastonbury vers dix beures du matin. L'abbé n'était pas prévenu de leur visite et se trouvait alors à l'une de ses fermes, située à un mille du monastère. Les commissaires coururent le rejoindre « sans délai », et, après l'avoir informé du but de leur mission, ils l'interrogèrent immédiatement « sur certains articles, et comme, disent-ils, sa réponse ne faisait point notre affaire, nous l'engageâmes à se remémorer certaines cboses qu'il avait oubliées, et ainsi à déclarer la vérité » (1). Puis ils le ramenèrent sur-le-cbamp à l'abbaye et, à la tombée de la nuit, se mirent en devoir d'examiner les papiers de l'abbé. Ils saccagèrent ses appartements, « en quête de lettres et de livres, et ils découvrirent, secrètement cachés dans son cabinet de travail, non seulement un livre d'arguments écrit contre le divorce du roi et de la dame douairière, — ce qui, pensonsnous, est de haute importance, — mais aussi divers pardons, copies de bulles, et la biographie imprimée de l'imposteur Thomas Becket; mais nous ne pûmes trouver aucune lettre tirant à conséquence. »
Armés de ces preuves sur les opinions et tendances de Whiting, les enquêteurs commencèrent à l'interroger sur les « articles que nous avons reçus de Votre Seigneurie » (Crumwell). Ses réponses, à leurs yeux, révélèrent « un cœur corrompu, traître au roi et à sa succession ». Il signa la liste de ses répliques, et les commissaires, « avec d'aussi douces paroles que possible, car c'est un homme très faible et maladif», l'envoyèrent immédiatement à la Tour de Londres,
i. Ellis, « Oi'ifrinal Lellers », o^ sérii>,lIT.
afin que Crumwell l'interrogeât à son tour. La suite de la lettre est significative sur les points qu'ils savaient tenir le plus à cœur à leur maître :
« Nous n'avons encore congédié ni serviteur ni moine Mais maintenant que l'abbé est parti, nous allons, avec autant de célérité que possible, nous occuper de les renvoyer. Nous avons en espèces 300 livres et plus. Mais nous ne sommes point fixés de façon certaine sur la quantité d'argenterie et d'effets que contient le monastère, car nous n'avons pas eu l'occasion de nous en enquérir; toutefois nous aviserons Votre Seigneurie dans le plus bref délai. Nous informons aussi Votre Seigneurie que nous avons trouvé un beau calice en or et plusieurs autres paquets d'argenterie, que l'abbé avait cachés secrètement, à l'insu de tous les commissaires qui sont venus ici avant nous, et il ignore actuellement notre découverte : aussi croyonsnous qu'il songeait à tirer un profit de sa perfidie envers Sa Majesté le roi. »
Une semaine après, le 28 septembre (1), ils écrivent de nouveau à Crumwell pour l'avertir qu'ils se sont occupés « tous les jours à éprouver des pièces de monnaie et de l'argenterie », enfouies dans des lieux secrets de l'abbaye, et qu'ils ont tout expédié à la campagne en lieu de sûreté. Ils ne pouvaient dire au juste tout ce qu'ils avaient trouvé jusqu'alors, mais ils pensaient qu'il y en aurait eu assez pour « commencer une nouvelle abbaye ». Ils terminaient en demandant quel était le bon plaisir du roi à l'égard des deux moines trésoriers de l'église et des deux clercs laïques de la sacristie, qu'ils tenaient pour les plus compromis.