‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 197 sur 278 · Wright, p · texte numérisé non relu

Wright, p

Le 2 octobre, les inquisiteurs écrivent de nouveau à leur maître : Ils ont eu connaissance de « plusieurs et diverses trahisons » commises par l'abbé Whiting. « Votre Seigneurie, ajoutent-ils, s'en convaincra par la lecture du cahier ci-inclus, où sont indiqués les noms des accusateurs. Et nous croyons qu'il y a là très haute et excessive trahison. » Il est clair, à voir la lettre originale conservée au « Record Office », dont le papier jaunâtre et malpropre est tout plissé, qu'elle doit avoir enveloppé un petit cahier ou des feuilles pliées. Quoi qu'il en soit, nous ne possédons plus ce cahier, qui est vraisemblablement perdu ou détruit. Nous sommes donc privés, au moment critique, des sources d'information les plus intéressantes. Mais, eu égard aux souffrances communes des trois abbés, h leur procès commun, à leur fm commune et à la cause commune de leur exécution, — à savoir leur « attainder de haute trahison pour avoir nié que le roi fût chef suprême de l'Eglise », comme le déclare le contemporain Hall, homme de loi londonien, — il n'est guère douteux que les dépositions produites contre Whiting n'aient été fort semblables à celles faites contre Thomas Marshall, abbé de Colchester, desquelles il sera parlé plus loin. Il est certain qu'une fois l'abbé Whiting enfermé à la Tour et les commissaires de Crumwell occupés à « congédier » les moines « avec autant de célérité que possible », Glastonbury fut regardé comme possession royale. Avant même toute condamnation, la question était tenue pour tranchée, et, le 24 octobre 1 539 (l),Pollard remettait au trésorier

1. « Monastic Treasures », Abbotsford Club, p. 38. Cette partie du butin comprenait 71 onces d'or et pierreries, 7.214 onces de vermeil, et 6.387 onces d'argent.

du roi les richesses qui restaient encore à l'abbaye, biens confisqués en vertu de « l'attainder frappant les personnes et les maisons. »

Tandis que Layton et ses confrères fouillaient Glastonbury de fond en comble, l'abbé Whiting était confiné, sous bonne garde, dans la Tour de Londres. Là^ il fut soumis à de pressants interrogatoires. Une note de la main de Crumwell, consignée dans son « Mémorandum », dit ceci : « Item : envoyer certaines personnes à la Tour pour le nouvel interrogatoire de l'abbé de Glaston (1). »

On supposait alors que le parlement, qui aurait dû se réunir le 1" novembre de cette année, serait appelé à examiner les accusations portées contre Whiting. C'est du moins ce qu'écrivait à son maître Marillac l'ambassadeur de France, lequel se montre toujours bien renseigné sur les afi'aires publiques. Il répète encore, lorsque l'ouverture des Chambres fut retardée jusqu'à l'arrivée de la nouvelle épouse du roi^ Anne de Clèves, qu'il ne sera pas statué pour l'instant sur le cas de l'abbé prisonnier. Il ajoute : « On a trouvé un manuscrit en faveur de la reine Catherine et contre le mariage avec la reine Anne, qui fut ensuite décapitée », et c'est là un nouveau crime imputé à Whiting (2). La pauvre Catherine reposait dans sa tombe depuis quatre ans, et celle qui lui avait disputé l'aff'ection d'Henri était morte sur l'échafaud depuis environ le même nombre d'années quand Layton et ses collègues enquêteurs découvrirent, dans le cabinet de travail du supérieur, le cahier d'arguments qu'ils tinrent « pour une charge grave » relevée contre lui. Il

Page 1