‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 203 sur 278 · R. 0., Papiers d'État, Dom. 1539, V · texte numérisé non relu

R. 0., Papiers d'État, Dom. 1539, V

On peut regretter de voir le nom de l'abbé Cook figurer parmi ceux des lords spirituels qui, le 13 juillet 1540, adressèrent au pape Clément VIÏ une supplique pour le prier de prononcer le divorce d'Henri et de Catherine. Mais cette pétition n'avait en soi rien de blâmable : elle plaidait simplement en faveur des vœux d'Henri VIII et demandait qu'ils fussent exaucés s'ils pouvaient l'être en toute justice. Cette démarche ne doit plus guère nous étonner s'il est vrai que, comme le rapporte le diffamateur contemporain, le roi ait été sur un pied de familiarité avec le supérieur de Reading, qu'il appelait « son cher abbé ».

Humainement parlant, il aurait suffi que la requête d'Henri fut exaucée, si pareille chose avait été possible, pour changer toute l'histoire ultérieure de l'Église en Angleterre. Toutefois, sur la question de la suprématie royale, l'abbé Cook parla net. « il voulait, pour employer l'expression du témoin contemporain^ faire feu sur la suprématie du roi, » et il fut apparemment accusé d'avoir déclaré « qu'il prierait toute sa vie pour Sa Sainteté le pape et dirait, une fois par semaine, la messe pour lui, espérant que, par ces bonnes prières^ le pape se relèverait et conquerrait à nouveau, comme par le passé, l'empire sur Sa Majesté le roi et sur tout le royaume. Et pour conclure, il ajouta qu'il l'appellerait pape tant qu'il vivrait » (1).

1. Loc. cit. — Après une page entière d'invectives, l'auteur continue ainsi r — « Je ne puis dire quelle figure fera cette prière parmi les règles de saint Benoît, mais il est une chose dont je suis sûr et certain : c'est qu'elle est nettement contraire aux préceptes de notre Maître le Christ. Que demande donc ici l'abbé par ses prières sinon, à ce qu'il me semble, tout d'abord le grand déshonneur de Dieu Tout-Puissant, puis la confusion de notre très redouté souverain Seigneur, le roi Henri VIII, et des monarques ses successeurs, et aussi la ruine complète de ce très noble royaume d'Angleterre. Je n'en dirai point davantage, sinon que je prie Dieu du fond du cœur qu'il

Il paraît probable que l'abbé Cook ne refusa pas de prêter le serment de suprématie royale (1), mais il n'est guère douteux qu'en agissant ainsi, il n'entendait point se séparer des enseignements traditionnels de l'Église catholique sur la question de l'autorité papale. « J'ai bien peur^ écrit l'auteur si souvent cité déjà, que Hugh Cook n'ait été maître-queux (2) pour une foule de cette noire vermine, je veux dire de ces moines noirs (Bénédictins), et qu'il ne leur ait appris à accommoder quelques mets grossiers de sa façon, je veux dire de sa traîtrise. Mais qu'ils prennent tous garde à eux (3) ! »

n'y ait point en Angleterre, pour ainsi abuser de la messe, beaucoup d'autres de ces moines qui ont d'aussi honnêtes visages sous leurs noirs capuchons et leurs chefs tonsurés qu'en eut jamais l'abbé de Rcading ou aucun autre traître. J'imagine que ni l'abbé de Reading, ni celui de Glastoobury, ni le prieur {sic) de Golchester, ni le B^ Holyman, ni Roger London, ni John Rugg, ni Giles, ni Moore l'aveugle, ni Maître Manchester,le supérieur des frères, ni même John Oynyon ,1e principal conseiller de l'abbé, ne seraient capables de prouver, malgré tous leurs arguments sophistiques, que la messe fut instituée dans une semblable intention et pour l'usage auquel l'abbé de Reading l'employa. »

1. Il n'existe pas, comme pour Glastonbury, Golchester, etc., de document authentique à cet égard.

3. F.n anglais : Master Cook. Jeu de mots sur le nom de l'abbé, qui signifie : cuisinier. (Note du trad.)

3. Lac. cit. — Le passage suivant porte sur le même point : — « Mais de même que, par les soins de Dieu, un grand nombre de leurs capuchons de moines ont été, depuis peu, justement arrachés de leurs habits astucieux, ainsi j'espère que le reste de ces religieux ne tardera point à être dépouillé, car, en vérité, aussi longtemps qu'on les laissera se déchaîner de la sorte sous le masque de la religion, ils croiront assurément pouvoir jouer les traîtres d'autorité... Mais aujourd'hui Sa Majesté voit assez bien que tout ce qui brillait n'était pas or, et que ceux qui l'appelaient seigneur et maître n'étaient point tous ses fidèles sujets, en particulier les ânes de Balaam au chef tonsuré. Et je souhaite du fond du cœur que tous ceux qui appartiennent au même ordre rebelle que ces abbés se voient, aux prochaines assises (?), aussi bien raser le sommet de la tête qu'à eux. » Ce témoignage rendu au ferme attachement des Bénédictins pour le Saint-Siège corrobore les paroles de Collier citées plus haut.

A l'époque de la grande insurrection du Nord, nous voyons le nom de Reading figurer, avec ceux de •Glastonbury et de Colchester, sur la liste des souscriptions destinées à couvrir les frais de la campagne dirigée par Henri VIII contre les troupes des rebelles. La ville de Reading même semble avoir eu quelques rapports avec Robert Aske, car il y circula des copies d\me lettre écrite par lui et, selon toute apparence, de sa proclamation. Parmi plusieurs autres qu'on soupçonna être au courant des intentions du chef des insurgés se trouvait John Eynon^ prêtre de l'église de Saint-Gilles^ à Reading, et grand ami de l'abbé Cook. Trois ans plus tard, ce prêtre fut exécuté avec l'abbé; mais il est certain qu'à l'époque on ne dirigea contre ce dernier aucune imputation de complicité, car il présida aux interrogatoires relatifs à cette affaire, en décembre 1536 (1).

Les premiers signes d'hostilité grave parurent vers la fin de 1537. Les procédés du souverain, qui répugnaient au pays en général, provoquèrent naturellement beaucoup de critiques et de murmures. Les fonctionnaires royaux se tenaient à l'affût de toute manifestation de blâme, laquelle devenait l'objet d'une enquête diligente. Les nombreuses relations d'interrogatoires portant sur des paroles prononcées dans la conversation ou dans les sermons témoignent de l'extrême souci qu'avait le gouvernement d'étouffer les premières étincelles du mécontentement populaire. Prêter l'oreille aux rumeurs qui couraient sur la mauvaise santé ou sur la mort du roi, c'était s'exposer à être accusé de velléités de trahison.

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