Calendar », XI
En décembre 1537, le bruit qu'Henri était mort parvint à Reading, et l'abbé Cook écrivit à quelques-uns de ses voisins pour les aviser de la nouvelle qui circulait. Cet acte, pourtant si naturel, lui fut imputé à crime, et le roi acquit à bon marché une réputation de magnanimité et de clémence pour avoir pardonné à « son cher abbé » une faute qui, en tout autre temps que sous ce règne de terreur, eût passé pour une simple et futile imprudence (1).
Sa position avait mis l'abbé Cook en rapport avec les deux autres abbés, dont le sort fut plus tard intimement lié au sien. Ils s'étaient maintes fois rencontrés au chapitre général des Bénédictins, qui se réunissait tous les trois ans, au parlement et dans les assemblées régulières du clergé. Lorsque les violentes mesures de persécution inventées par Crumwell rendirent impossible tout commerce personnel entre eux, ils trouvèrent un intermédiaire digne de confiance en la personne d'un joueur de harpe aveugle, nommé Moore, auquel le roi s'était intéressé à cause de son infirmité et de son talent de musicien. Ce ferme ami du parti dévoué au pape, dont la mission était favorisée par sa cécité, voyageait d'une abbaye à l'autre, encourageant les religieux emprisonnés, portant des lettres de
1. Papiers d'État, Dora., V, 251. La pièce i-elatire à cet incident en parle ainsi : — « Or, pensez- vous que l'abbé de Reading méritât moins que la corde pour avoir annoncé ia mort du roi par lettre à divers gentilshommes du Berkshire, surtout si l'on songe à la situation critique oii était précisément alors le royaume ? Car l'insurrection qui régnait dans les provinces du Nord n'était point encore complètement réprimée. Il commençait donc ainsi d'attiser le feu cijiovo et de faire jaillir de nouvelles flammes ardentes. Il n'aurait tenuquà lui, si Dieu n'avait point tendu sa main secourable, de bouleverser encore une fois le royaume; et pourtant Sa Majesté, dans sa royale miséricorde, lui pardonna. Ceci eût dû suffire pour changer en fidèle sujet ce traître s'il avait été doué de la moindre grâce divine. »
monastère à monastère et découvrant, sans nul doute, un moyen sûr d'expédier à Rome les lettres adressées au pape et aux cardinaux.
« Mais maintenant, entre tous les autres, disons un ou deux mots de William Moore, le joueur de harpe aveugle. Qui aurait cru qu'il voudrait comploter ou cacher quelque trahison contre Sa Majesté le roi? ou qui aurait cru qu'il en aurait le pouvoir? Qui s'émerveillerait et s'étonnerait jamais assez de voir un aveugle chercher à tâtons la trahison, que ses yeux n'aperçoivent pas? Oh! Moore, Moore! étais-tu donc si heureux et si désireux de faire le traître? Est-ce là le hut que comptent atteindre par hasard les aveugles? N'avais-tu pas appris qu'il arrive aux aveugles de manger bien des mouches? Ne pouvais-tu prendre garde et tenir ta bouche fermée, de peur d'avaler les moucherons? Dieu t'a-t-il doté d'un pareil talent de harpiste et d'autres bonnes qualités pour les employer à un si vil usage? Ne pouvais-tu charmer les heures par une chanson différente et ne point sans cesse toucher la corde de trahison? Ne pouvais-tu songer que Sa Majesté le roi t'avait élevé de la besace et du bâton à l'état d'homme honorable? Étais-tu sage, et alors ne pouvais-tu réfléchir à la fin du traître^ qui est la damnation éternelle ? Ne pouvais-tu te contenter de servir fidèlement ton souverain seigneur, le roi Henri VIll, lequel tu étais tenu et obhgé de servir fidèlement avant beaucoup d'autres? Ne pouvais-tu, au moins, pour tous les bienfaits reçus des mains de Sa Majesté^ lui apporter tes bonnes intentions? N'avais-tu rien de mieux à faire que de devenir messager félon, allant d'un abbé à l'autre? Les abbés traîtres n'avaientils point ramassé un messager fou dans cette buse
aveugle que tu es? Aurais -je jamais fini de blasonner tes armes, si j'ajoutais encore à ce que j'ai dit? Pourrait-on te peindre sous tes vraies couleurs autrement que l'on peint les traîtres ? Dois-je l'appeler William Moore, le joueur de harpe aveugle ? Non, en vérité, tu t'appelleras William Moore, le traître aveugle. Et sûrement, à mon avis, Dieu accomplit un acte de miséricorde quand il éteignit tes deux yeux, car quel traître eusses-tu été, selon toute vraisemblance, si Dieu t'avait prêté la vue, alors que sans y voir clair, tu montras tant d'ardeur à chercher en tâtonnant la trahison! Quand tu devins le traître messager des abbés traîtres et te chargeas de conduire les traîtres dans le chemin de la trahison, alors fut vérifiée la parole de notre Maître, le Christ, qui dit : Lorsqu'un aveugle mènera un autre aveugle, tous deux tomberont dans le fossé. Tu étais aveugle par les yeux, et les abbés par la conscience. C'est pourquoi vous êtes tous tombés dans le fossé, c'est-à-dire dans le profond déplaisir de Dieu et du roi. J'imagine, Moore, que tu faussas bel et bien les cordes de ta harpe et que tu pris un ton trop élevé quand tu pensas mettre l'immonde évêque de Rome au-dessus de Sa Majesté le roi (1), »
1. Loc. cit.-, p. 25. « William Moor » figure sur une liste des prisonniers renfermés à la Tour à la date du 20 novembre 1539. (B. M. — Gotton MS. Titus, B. I , f. l'^3.) Voici la liste pour ce qui concerne Reading : « Roger London, moine de Reading ; Peter Lawrence, qui était supéfieur des Franciscains, à Reading ; Gyles Goventry, qui était un frère de cette même maison ; George Gonstantiue ; Richard Manchester; William Moor, le joueur de harpe aveugle. » Le « Mémorandum » de CrumAvell renferme, à cette date, la note que voici : — « Item. Poursuivre les abbés de Reading et de Glaston, Rugg, Bachyler, London, les Franciscains et Hieron. » (R. 0., Papiers d'État, Dom. 1539, V/261). Peut-être Moor est-il l'individu dont parle Stowe (éd. 1614, p. 582) : — « Le l^"" juUlet 1510, un ménestrel du pays de Galles fut pendu et écarlelé pour avoir chanté des chauions qui furent interprétées comme prophéties hostiles au roi. »
On peut rapporter à la même époque la lettre suivante, quoique le
L'abbé Cook, comme Whiting, le supérieur de Glastonbury, fut interrogé et en réalité condamné dans la Tour avant qu'on le renvoyât en « son pays pour y être jugé et exécuté ». Quelles furent la substance et la moelle des accusations portées contre lui? Nous le saurons par l'écrivain hostile auquel nous avons si largement emprunté dans ce chapitre.
<( Cela fera réfléchir beaucoup de gens, dit-il, avant d'approcher les doigts du feu, soit pour l'honneur de Pierre et de Paul, soit pour les prérogatives de l'Église romaine; non^ fût-ce même pour le pardon du... pape lui-même, et pourtant celui-ci accorderait plus de pardons que n'en ont octroyé tous les papes qui furent jamais. Je crois, à la vérité, que notre mère la sainte Église de Rome n'a point un aussi fin joyau en la personne de son mignon chéri, Reynold Poole^ qu'elle en aurait eu en celle de ces abbés, s'ils avaient pu mener à bien tous leurs projets. Nos abbés anglais ne pouvaient-ils se contenter de leurs chapeaux fourchus d'Angleterre, sans courir encore après des barrettes de cardinaux romains? Ne pouvaient-ils se contenter de la mode bien simple d'Angleterre, sans vou-
« D"" Cook » qu'elle mentionne ne soit probablement pas l'abbé de Reading, mais Laurence Cook, le prieur des Carmes de Doncaster, exéouté le 4 août 1540. Elle est adressée de la Tour de Londres à Crumwell : « Le D' Coke et Abell se voient de temps à autre à réglise, mais ils ne se causent point. Abell voudrait bien avoir un exemplaire du livre qui a été composé pour réfuter le sien, mais je ne lui en remettrai pas sans votre consentement. Le vieux moine est logé avec le D' Coke ; les trois autres logent encore ensemble. Deux d'entre eux portent des fers. Frythe n'en porte point ; s'il manque de fers, il ne manque ni d'esprit ni d'une langue agréable. Son savoir passe mon jugement. Seigneur, vous l'avez dit : ce serait grand'pitié que de le perdre, s'il est possible de le convertir... Seigneur, souvenez vous, vous qui êtes si charitable, du Di'Coke, de Christophe Coo, de William Umpton et d'autres pauvres prisonniers détenus à la Tour. Ce William Umpton est ici depuis quinze mois ou environ et n'a point été interrogé jusqu'à présent. » (R. 0., Corresp. de Crumwell, XLVI, n» 21.)
loir copier le ])eriïde canlinaiisme (1) de Reynold Poole? Assurément, ils eussent porté leurs barrettes de cardinaux d'une manière aussi honteuse que ce traître de papiste, ce Reynold Poole... Nos abbés papistes ne pouvaient-ils se garder de Reynold Poole, de ce gouffre (2) sans fond, dis-je, qui n'est jamais rassasié de trahison? »
Des maigres éclaircissements qu'apportent ces divers passages il ressort une chose ou deux : d'abord, que les abbés de Glastonbury, de Reading et de Colchester furent choisis pour victimes en raison de leur fidélité au Saint-Siège et de l'influence qu'ils exerçaient sur leurs frères en religion ; ensuite, que le vénérable Hugh Cook se distingua par son dévouement envers le vicaire du Christ, et que ni la faveur ni les menaces d'Henri ne purent amener son cœur à reconnaître la suprématie royale, mais qu'il entendait offrir chaque semaine le saint sacrifice de la messe en l'honneur de l'évêque de Rome, qu'il appellerait le pape jusqu'au jour de sa mort.
Lorsqu'on le reconduisit à Reading pour y subir cette parodie de la justice qu'on nommait un jugement, l'abbé ne fut pas ébranlé dans sa résolution. « Quand ces traîtres furent cités à la barre, bien qu'ils eussent auparavant écrit de leur propre main une confession où ils avouaient avoir commis haute trahison contre Sa Majesté le Roi, ils tentèrent tous les moyens pour chercher à prouver qu'ils étaient sujets loyaux, mais il leur fut impossible d'y parvenir. »
Le 15 novembre, jour même où l'abbé Whiting était
1. En anglais : « cardinality », mot forgé par l'auteur. (Note du trad.)
2. Il y a dans le texte un jeu de mots sur le nom du cardinal Poole et sur le terme de whirpool, qui signifie : tourbillon, tournant d'eau. (Note du trad.)
exécuté à Glastonbury (1), le supérieur de Reading et deux prêtres furent conduits au supplice des traîtres. L'abbé Cook, debout devant la grande porte de sa maison, s'adressa au peuple qui était venu en foule assister au spectacle étrange de l'exécution d'un lord abbé du noble et puissant monastère de Reading. 11 leur parla de la cause pour laquelle ses compagnons et lui allaient mourir, et il ne craignit point de proclamer ouvertement ce qui était trahison selon les lois d'Henri : sa fidélité au Saint-Siège^ qu'il déclara être la foi commune de ceux qui étaient le mieux placés pour connaître lavéritabledoctrinedel'Églised' Angleterre : «L'abbé de Reading, continue notre vieil auteur, se lamentant, au jour de sa mort, sur la fin misérable qui l'attendait, se confessa devant une grande assemblée du peuple et dit qu'il pouvait remercier de sa chute cruelle les quatre traîtres sus-nommés^ ses complices, ce qui revenait à dire que ces trois évêques et le curé de Croydon n'avaient point commis une moindre trahison que lui. Or, au nom du Seigneur et de sa Passion, qui se fût imaginé que ces quatre saints personnages accompliraient pendant leur vie de si détestables trahisons? » Et plus loin, à propos des trois abbés : « Dieu, dis-je, fit que non seulement leur trahison fut révélée et divulguée par un concours de circonstances merveilleux et jusque-là inouï, qu'il serait trop long de rapporter en
1. Quelques-uns donnent le 14 novembre comme date de l'exécution. Browne Willis dit ceci : — « Hugh Faringdon, s'opposintà la cession de cette abbaye lors de la dissolution, en 1539, et refusant aussi d'accepter la suprématie du roi, fut frappé d'attainder pour haute ti'ahlson, »et fut' exécuté « à Reading, le 14 novembre 1539, jour où. deux de ses moines, Rugg et Onion, furent mis à mort avec lui. » Voy. encore «Monasticon », tome IV,et Holinshed (éd. 15S6), III, p. 948). Certains auteurs fixent également au 14 novembre l'exécution de l'abbé Whiting.(B. M., Add. MS., 27402, f. 47.)
ce moment, mais que même la trahison d'hommes morts, depuis longtemps cachée sous la terre, vit le jour; par exemple, la trahison de l'ancien évêque de Cantorbéry (Warham), la trahison de l'ancien évêque de Saint-Asaph (Standish), la trahison de l'ancien curé de Croydon et la trahison de l'ancien évêque de Londres (Stokesley), lesquels traîtres celèrent d'aussi noires trahisons en leur vie qu'aucun de ces autres traîtres qui furent mis à mort. Ils étaient comme autant de caques de harengs parmi lesquelles il n'y avait point à choisir, ainsi qu'il apparut clairement^ le jour de l'exécution, au discours de l'abbé de Reading, lequel, j'ose le dire, n'accusa nul d'entre eux par méchanceté ou haine ; car l'abbé aimait ces saints pères aussi tendrement qu'aucun de ceux qui lui furent chers en sa vie. »
Le « principal conseiller » de l'abbé, John Eynon ou Oynyon (1), qui avait protesté avec chaleur de son innocence^ prit aussi la parole, reconnut sa prétendue trahison, suppliant les spectateurs de prier pour son âme et implorant le pardon du roi pour toute offense qu'il avait pu commettre (2). Cette harangue finie,
1. On a d'habitude orthographié ce nom Onyon ou Oynyon ; mais il s'écrivait en réalité Eynon. C'est cette orthographe que donne le document cité plus haut (« Calendar », XI, u° 1231), ainsi que la copie exacte de la sentence de condamnation (« Gontrolment RoU», 31 Henr. VIII, m. 28 d) : « Recordum attinctionis, etc. Hugonis abbatis monasterii de Reading in dict. com. Berks. alias dicti Hugonis Cook, nuper de Reading in eodem cora. Berks. clerici ; Johannis Eyaon nuper de Reading in com.pred.clerici; Johannis Rugge nuper de Reading in com. Berks. clerici alias dicti Johannis Rugge nuper de Reading capellani pro quibusdam altis proditionibus unde eoram quilibet, p. se, indict. fuit, T. et S. »
2. A l'égard de John Eynon, l'écrivain hostile déclare que non seulement il repoussa la charge de trahison, « mais la combattit avec véhémence et obstination jusqu'au dernier instant, critiquant sans cesse la justice et levant à maintes reprises les bras en l'air : « Hélas, est-ce justice que de détruire un homme innocent ? J'en atteste Dieu et mon âme : je suis aussi
Hknri VIII, — II. 23
l'abbé Cook et les deux prêtres, John Eynon et John Rugg, subirent le supplice de la pendaison avec toutes les cruelles tortures accessoires (1).
L'attainder du supérieur mettait, en vertu de l'interprétation donnée à la loi par le souverain, l'abbaye de Reading, avec ses domaines et tous ses biens, au pouvoird'Henri VllI, En fait, les chosessepassèrentcomme à Glastonbury : aussitôt l'envoi de Cook à la Tour, en septembre 1539, et avant le procès ou la condamnation, le pillage du monastère commença. Dès le 8 septembre, Thomas Moyle écrivait de Reading que lui, « Maître Vachell et M. le Doyen d'York » (Layton)
pur eo cette atraire que l'enfant né cette nuit. » Ainsi jasait-il et se démenait-il, comme s"il n'avait point su de quoi il s'agissait, et comme s'il eût espéré sortir de là en joumt avec audace ses atouts. Et il se comporta de la sorte dès le temps où il fut mis en accusation jusqu'à celui où il approcha de la potence. Mais alors, ma foi ! quand il ne vit plus devant lui qu'une seule issue, son cœur commença de mollir un peu. Et lui et ses compagnons avouècent, la corde au cou, devant tout le peuple qui était présent, qu'ils avai ut commis haute trahison envers la très noble perionne du roi ; mais Oynyon, en particulier, dit qu'il avait offensé Sa Majesté par un tel genre de trahison qu'il ne convenait point de la révéler. C'est pourquoi non seulement il supplia le peuple de prier Bum pour lui, mais il demanda que (fuelques-uns au moins voulussent bien intercéder auprès de Sa Majesté le roi pour que, dans sa miséricordieuse bonté, il pardonnât à son âme : car autrement il était sûr, comme il l'affirma, d'être damné. Et pourtant qui l'eiàt entendu parler moins d'une heure auparavant aurait cru en vérité qu'il était innocent de toute trahison. »
1. Eynon, on l'a déjà vu, était un prêti-e attaché à l'église de Saint-Gilles, Reading. John Rugg avait eu autrefois une prébende à Chichester, mais il s'était apparemnent retiré à Reading. En décembre 15:^1 (« Calendar », V)^ Rugg écrit à Chichester pour qu'on lui expédie ses livres à Reading. Une autre lettre, datée du 3 fév -ier 1532, et sigaée « l'ami de votre abbaye, Jo- Rugg », nous montre que son auteur avait été dispensé de la résidence à Chichester. Coales (« Reading », p. 261) déclare, sur la foi de Croke, que John Rugg fut poursuivi pour avoir dit : « Sa Majesté le roi ne peut être Chef suprême de l'Église d'Angleterre 5>. A la question : « Comment fites-vous pour mettre d'accord votre conscience avec le serment de Suprématie Royale que vous avez prêté? » Rugg répondit : « J'ajoutai mentalement cette condition, de l'accepter pour Chef suprême en matière temporelle, mais non point en matière spirituelle. »
avaient «fini l'inventaire de l'argenterie et autres effets de l'établissement. » Dans la maison, ajoute-t-il^ « il y aune chambre tendue de trois pièces d'assez bonne tapisserie. Elle pourra bien servir à orner une infime petite chambre de la demeure de Sa Majesté. » A leur avis, c'est là tout ce qui vaut la peine d'être gardé ad usum régis. « 11 y a encore , dit le correspondant, une chambre tendue de six pièces de tapisserie figurant delà verdure et des jets d'eau, mais l'étoffe est vieille et les bords sont très malpropres et graisseux. » Il signale ensuite plusieurs lits avec tentures de soie et, dans l'église, huit pièces de tapisserie, « de très belle mine » mais petites. 11 termine en disant qu'ils pensent, ses collègues et lui, que la somme de 200 livres par an « sera suffisante pour les pensions des moines » (1).
Le 15 septembre, un autre commissaire, Pollard, écrivait de Reading qu'il avait, selon les ordres de Crumwell, expédié une partie du butin et « des effets réservés pour le compte de Sa Majesté le roi. Nous n'avons point encore, ajoute-t-il, mutilé ni le monastère ni l'église^ et quant à l'argenterie (2), aux vêtements sacerdotaux, aux chapes et aux tentures, que nous avons également mis de côté pour l'usage de
1. R, 0., Corr. de Crumwell, XXIX, 76. Le « Corporation Diary » (Journal de la commuQauté), cité par Coates (« Reading », 261) renferme cette note : « Avant le susdit 19 septembre (1539), le monastère est supjjrimé, l'abbé est destitué, et après la dissolution toutes choses tombent entre les mains du roi. »
2. Les comptes de Pollard relatifs à l'argenterie des « personnes et maisons frappées d'attainier » (« Monastic Treasures », Abbotsford Club, 38), portent au crédit de Reading 19 onces 1/2 d'or. 377 onces de vermeil et 2.660 onces d'argent. Ils signalent aussi que l'abbé mit « en gage chez sir W. Luke trois vases en vermeil de 152 onces et six vases en argent de 246 onces ».
Sa Majesté, » tout cela est sous bonne garde et prêt à partir pour Londres. « Dieu merci, ainsi conclut-il, tout s'est terminé heureusement; chacun est satisfait et rend d'humbles grâces à Sa Majesté le roi(l). »
L'abbé de Saint-Jean (Colchester), Thomas Marshall (2), était, dit Browne Willis, « l'un des trois abbés mitres^ membres du parlement, qui eurent le courage d'obéir à leur conscience jusqu'au bout. Rien ne put le convaincre : ni [corruption, ni terreur, ni aucun motif déshonorant ne l'amenèrent à céder sa maison ou à souscrire à la suprématie du roi. Pour cette cause, il fut frappé d'attainder, comme coupable de haute trahison, et mis à mort. »
1. Wright, 220. M. "Wright croit que cette lettre « a Irait au prieuré, non a l'abbaye ». Une lettre de William Penison, à qui PoUard dit avoir tout confié « par contrat dentelé », déclare que le 11 septembre, il reçut « de M. PoUard et des autres commissaii-es présents en ce lieu (Reading, 21 sep» tembre) possession de l'abbaye de Reading et de tous les domaines que détenait l'ancien abbé avant son départ récent » (R. 0., Corr. de Crumwell, XXXII, 36). Ceci ne laisse plus subsister aucun doute : la lettre reproduite par Wright a trait à V abbaye, et les biens furent saisis dès le commencement de septembre. Si Ton s'en rapporte à Penison, Cook était donc déjà « ancien » abbé ; en d'autres termes, il était destitué de ses fonctions quand il fut amené à la Tour pour y subir un prétendu interrogatoire. Ajoutons que Penison avait envoyé à Crumwell un riche présent afin d'obtenir le poste de receveur et l'avait informé que l'abbé Cook se défaisait secrètement des biens du monastè^p.
2. Nous avons déjà signalé Je nom de Bêche qu'on donnait aussi à Thomas Marshall (Voy. tome \^^, ch. X). Il n'est pas inutile, vu les confusions qui se sont élevées au sujet du dernier abbé de Colchester, d'invoquer ici le témoignage du « Controlment Roll » (31 Henr. VIII, m. 36 d.), qui démontre, à n'en pas douter, que Marshall et Bêche sont les deux noms du même personnage : « Recordum altinctionis Thomse Bêche nuper de West Donylands, in com. Essex, clerici, alias dicti Thomae Marshall, nuper de eisdem villa et camit., clerici, alias Thomaî Bêche nuper abbatis nuper monasterii S. Johannis Bapt. juxta Golcestr., in com. pred. jam dissolut, alias dicti Thomse Marshall nuper abb. nuper mon. S. Johis. Golcestr. in com. pred. pro quibusdam altis proditionibus. » West Donylands était un manoir appartenant à l'abbé, et ce nom se retrouve dans certains contrats d'échange jiassés cntie le supérieur et le chancelier Audley en 1536. (Voy. « Galendar », XI, 385, 519.)
Thomas Marshall avait succédé à l'abbé Barton en juin 1533, assumant cette lourde charge au moment où la vie religieuse devenait presque impossible. Dès le début, il eut apparemment à vaincre des difficultés considérables pour entrer en jouissance des revenus temporels de son abbaye. « J'ai, écrit-il à Crumwell, avec le plein consentement de mes frères, signé et scellé quatre effets séparés^ pour le paiement de 200 livres au roi... et j'espère maintenant, par votre faveur spéciale, obtenir restitution de mon temporel avec toutes choses afférentes... Si vous ne m'accordez point votre protection et assistance particulières pour recouvrer les loyers et redevances enlevés au monastère depuis peu, et si je ne puis les recouvrer par les moyens légaux, je ne saurais dire comment je pourrai vivre en ce monde sans manquer à la loyauté etàmes promesses (1). »
On ne sait rien sur les débuts de la carrière de Thomas Marshall, sinon que, comme la majorité des religieux de son ordre en Angleterre qui étaient choisis par leurs supérieurs pour suivre les cours de l'Université, il fut envoyé à Oxford, où il résida plusieurs années et s'acquitta de ses devoirs de manière à faire honneur à son ordre et à lui-même. Il fut probablement, durant cette période, un des hôtes du collège
1. R. 0., Corr. de Crumwell, VI, f. 145. Le temporel fut restitué le 23 janvier 1534, et le 30 mars de cette même année le nouvel abbé alla siéger à la Chambre des Lords. On a cru que MarshaJl était le même que le Thomas Marshall qui dirigea l'abbaye de Ghester jusqu'en 1530 et qui fut le 26^ supérieur de cette maison (« Monasticon », IV, Browne Willis, etc.). Après avoir quitté ses fonctions à Chester, en faveur de l'abbé réintégré, John Birchenshaw, alla-t-il à Colchester? Nous l'ignorons. En tout cas, s'il avait habité longtemps cette dernière abbaye, il serait étrange que les témoins cités contre lui en 1589 eussent déclaré ne l'avoir point connu avant soe élection.
de Saint-Benedict (Saint-Benoît) ou Gloucester Hall, le plus considérable des établissements que possédaient les Bénédictins à Oxford, et auquel étaient confiés les plus jeunes membres des abbayes anglaises désireux de se livrer aux études supérieures (1).
Les difficultés commencèrent pour l'abbé Marshall fort peu de temps après son élection. A Colchester, comme partout ailleurs à cette date, se trouvaient des gens qui ne visaient qu'à conquérir les bonnes grâces de Crumwell et du roi en les informant des actes et des paroles de leurs frères. En avril 1534, un moine de « Saint John's » se plaignit des « calomnies et arrogances » du sous-prieur, « Dom John Francis ». Ce dernier, selon le dénonciateur, avait « déclaré, à l'occasion d'un nouveau livre d'articles, que notre souverain seigneur le roi et ses très honorables conseillers étaient tous des hérétiques, alors qu'auparavant il les disait simplement schismatiques » (2). Ces remarques et d'autres semblables eussent été parfaitement suffisantes pour attirer des embarras et au moine coupable de pareille audace et à son abbé, en ce temps où les bavardages des religieux au réfectoire ou dans la salle du barbier étaient recueillis avec soin par des espions qui les rapportaient à la Cour
1. « Saint-Benedict » est aujourd'hui représenté par « Worcester Collège »; « Canterbury Hall », destiné à recevoir les moines de l'égalise métropolitaine, fait corps actuellement avec « Christ Church », et « Trinity Collage » a succédé à « Saint Cuthbert's Hall », la savante demeure des religieux de Dnrham. Le D"^ Thomas Marshall, de l'ordre de Saint Benoît, sollicita le diplôme de bachelier en théologie le 24 janvier 1508/9; disputa le 3 juin 1511: fut admis au baccalauréat le 19 octobre; reçut le grade de bachelier en théologie le 10 décembre; se présenta au doctorat en théologie et soutint sa thèse le 20 avril 1515. Boase, « Register of the University of Oxford », p. 6?.