Galendai- », XI
« modération et retenue, et déclara, en dernier lieu, « qu'il se demandait quel sujet de plainte avaient pu « donner au roi des hommes si vertueux et si « instruits, les plus hauts ornements de l'Église et de « l'État, pour qu'il les eût jugés indignes de vivre et « les eût condamnés à une mort très cruelle. Ces « paroles, le faux ami les grava en son cœur déloyal, « afin de les révéler, en temps voulu, aux conseillers « du roi. Que dire encore? L'abbé fut amené devant le « tribunal même qui avait condamné à la fois More « et Fisher, et là fut prononcée contre lui une sem- « blable sentence de mort; bien plus, son châtiment « fut plus barbare que le leur, car on ne lui épargna « aucun des supplices que comportait la sentence. « Ainsi l'envoya-t-on rejoindre, lui troisième, les « deux premiers. Mais pourquoi l'appeler le troisième « et vouloir énumérer les martyrs anglais de ce « temps, lesquels sont innombrables? Les auteurs de « nos annales en désignent beaucoup par leurs « noms, mais il y en eut une foule d'autres dont ils « ne purent établir l'identité, qui sont connus de Dieu « seul, pour la cause duquel ils moururent. Cepen- « dant, j'espère qu'un jour Dieu dévoilera leurs noms « et les lieux où reposent leurs corps, qui furent pen- « dant la vie les demeures de son Saint-Esprit (1). » Vers l'époque où furent arrêtés les abbés de Reading et de Glastonbury, — septembre 1539, — le bruit se répandit que l'abbaye de « Saint-John's », à Colchester, allait être dissoute. Le chancelier, sir Thomas
i. Vie de Fisher (Br. M., MS. Arundel, 152, f. 235 d). Ce recueil précieux pour la biographie de Fisher et de More renferme des documents, contemporains ou légèrement postérieurs, d'une authenticité et d'une importaijce incontestables.
Audeley, s'efforça de détourner ce qu'il regardait comme un mallieur pour le comté. Il avait appris les rumeurs qui circulaient sur la prochaine destruction de « Saint-John's »etde « Saint-Asyth's », et il écrit à Crumwell pour le prier de les laisser subsister « non point, comme aujourd'hui, aux mains des religieux; mais Sa Majesté le roi pourrait les transformer en collèges... Dans ce dessein, ainsi que je vous l'ai déjà dit, Sa Majesté pourra obtenir de chacune de ces maisons 1.000 livres, soit 2.000 pour les deux, sans compter les dons des doyens et desprébendiers, que le roi fixerait selon son plaisir. Le motif pour lequel je propose ceci est, d'abord, que « Saint-John's » se dresse en la bonne ville de Sa Majesté, Colchester, où demeurent quantité de pauvres gens chaque jour assistés par cette maison. Puis, ces deux monastères sont à l'extrémité du comté d'Essex, où ne serait plus guère observée l'hospitalité, si ceux-ci étaient dissous. En effet, « Saint-John's » manque d'eau, et quant à « Saint-Osith's », il se trouve au milieu de marécages, en un lieu assez malsain : en sorte que peu de personnes de conséquence voudraient y séjourner à demeure, à moins que ce ne fussent, ainsi qu'actuellement, des communautés religieuses. En outre, il y a déjà vingt maisons, petites et grandes, de supprimées dans le comté d'Essex. » Audeley proteste ensuite de ses bonnes intentions, qui ne visent que l'intérêt public, déclare qu'il ne retirerait aucun profit de l'affaire et termine en promettant 200 livres à Crumwell s'il veut persuader au roi d'agréer sa requête (1).
Les circonstances qui accompagnèrent l'arrestation