Calendar », 1534, Ap. VIII
pour charmer les oreilles du garde des sceaux. Mais dans le cas présent, la dénonciation arriva la veille du jour où devait être déféré aux moines de Colchester le serment de suprématie^ désormais la pierre de touche de la fidélité au souverain. Le 7 juillet 1534, le serment fut déféré aux religieux en la salle capitulaire de Saint-John's et prêté par l'abbé Marshall et seize de ses frères, y compris Dom John Francis, le sous-prieur signalé à Crumwell.
On ne sait, en vérité, que bien peu de chose sur Colchester ou sur la conduite de l'abbé à partir de cette date jusqu'à son arrestation en 1539. Pendant l'insurrection du x^^ord, alors que les commissaires (juges délégués par un tribunal pour livrer les prisonniers) siégeaient à Colchester, ils furent invités à dîner à l'abbaye avec l'abbé de « Saint-John's ». Tandis qu'ils étaient à table, écrit l'espion à Crumwell, un certain Marmaduke Nevell et d'autres entrèrent dans la grand'salle. « Je lui demandai, continue-t-il : « Comment vont les traîtres du Nord? » — « Non point traîtres, répondit-il, car si vous nous appelez traîtres, nous vous appellerons hérétiques ». Nevell déclara ensuite que le roi leur avait pardonné et que, sans cela, ils n'eussent pas été à Colchester. Il y avait, prétendait-il, 30.000 hommes bien montés, et il ajouta : « Je suis sûr que Monseigneur l'abbé me fera faire bonne chère. » Comme on lui demandait pourquoi, il dit : « Par Marie, toutes les abbayes d'Angleterre nous ont de grandes obligations, car nous avons rétabli toutes les abbayes en notre contrée^ et si tard qu'il fût, les moines chantèrent les matines la nuit même ». Il ajouta que les gens du Nord étaient « de francs gaillards », tandis que ceux du Sud, « s'ils
pensaient de même, n'osaient point le proclamer » (1).
Un écrivain d'une date légèrement postérieure nous ouvre encore un aperçu sur l'existence que mena l'abbé de Colchester pendant les quelques années de sa gestion tourmentée :
« Ceux qui se peuvent rappeler les actes cruels « d'Henri Vlll, la confusion des choses sacrées et pro- « fanes et les massacres dont il fut l'auteur, se remé- « moreronl sans peine le cas de John Beache, abbé de « Colchester. Surpassant beaucoup des abbés de son épo- « que en dévouement, savoir et piété, il fut oppressé « de chagrin et rempli d'amertume par le triste sort « du cardinal (Fisher) et par l'exécution de sir Thomas « More. Car il les avait grandement aimés, et de même « qu'il les avait honorés de leur vivant, ainsi main- « tenant qu'ils avaient avec tant de joie subi la mort « pour l'unité de l'Église, commença-t-il de leur « rendre hommage et vénération ; et maintes fois il « s'exprima dans ce sens et communiqua à ses amis « la douleur que lui causaient les derniers événe- « ments. Et il avait accoutumé de vanter la douceur, « la piété et l'innocence des récents martyrs aux hôtes « qu'il invitait à sa table et à ceux qui le venaient voir « d'eux-mêmes; certains donnaient leur assentiment « à ses paroles, tandis que d'autres écoutaient en « silence. Il arriva enfin un hôte perfide, violateur « des droits sacres de l'hospitalité, qui excita l'abbé « à parler de l'exécution du cardinal et de More, « comptant le prendre au piège de ses propos. Alors « l'abbé, qui ne pouvait se taire sur un pareil thème, « prononça en vérité l'éloge de ces martyrs^ mais avec