B. Muséum, Arundel MS., 151, f. 386 (écrit vers
tères dissous. Le cas de Thomas Bedyll est intéressant : il nous montre comment les commissaires thésaurisaient en cachette (1). Bedyll mourut, semble-t-il, dans les premiers jours de septembre 1537, donc avant d'avoir eu l'occasion de faire un aussi vaste butin que les autres. Pourtant, il ne paraît pas qu'il y ait négligé les chances de s'enrichir; car le neveu de Crumwell, envoyé pour saisir tout ce qu'il pourrait trouver, écrivit : « Avant mon arrivée à la maison de M. Bedyll, dans Aldersgate Street, Londres, sa femme de charge y avait dépêché deux domestiques... qui ont tout pillé et emporté la nuit dernière ; de sorte qu'il n'y reste plus que des objets de literie, des livres et autres choses semblables. » Mais le messager apprit que Bedyll connaissait Raynes (2) : «J'allai donc vers ledit John Raynes et lui déclarai que je venais pour voir quelle quantité d'argent, d'argenterie et de joyaux M. Bedyll lui avait laissée en dépôt. Il confessa aussitôt qu'il avait reçu de lui une « gardiviance » (sorte de coffre-fort), et il me l'apporta : il s'y trouve de l'argenterie et de l'or, comme Votre Seigneurie le verra par la liste détaillée ci-inclusé. » Cette caisse^ ajoute l'auteur de la lettre, est maintenant sous la garde de «Williamson, en votre résidence, près d'Austin Friars » (3).
1. Wood (« Athense », t. II) nous fournit certains détails sur Bedyll. Il fut l'un de ceux que Foq chargea d'interroger la « Sainte Fille du Kent » et d'amener la soumission des moines de la Chartreuse. En qualité de secrétaire du Conseil, il interrogea, de concert avec Richard Laytoo, le bienheureux John Fisher. 11 fut l'un des commissaires désignés pour inspecter les maisons religieuses avant la dissolution : « C'est probablement à cause de cette dernière mission, écrit EUis, que lord Crumwell tint à s'emparer de ses papiers et de ses effets. »
2. John Raynes était un libraire bien connu de l'époque, qui demeurait à Saint Paul's Churchyard.
3. Ellis, « Orig. Letters >, 3^ série, p, 104. Parlant de sir Thomas Pope, soa
L'argenterie des maisons condamnées et, avant tout, les calices et autres vases de l'autel étaient l'objet de la sollicitude particulière des spoliateurs. 11 est impossible de fixer, même conjecturalement^ la valeur de cette partie du butin royal. Pendant des siècles de paisible possession, les monastères anglais durent s'enrichir d'une foule d'objets d'art, en or et en argent, qui seraient aujourd'hui regardés comme inestimables. Aux yeux des agents d'Henri VIII, ils ne représentaient que tant d'onces de métal, et c'est à ce titre seulement qu'a été perpétué le souvenir du précieux contenu des trésors monastiques. On peut juger de ceux-ci d'après un extrait emprunté à une relation écrite sur l'Angleterre par un Italien vers l'année 1 500 : « Leurs richesses (aux Anglais), dit l'auteur, sont principalement étalées dans les trésors des églises ; car il n'est point une seule église paroissiale, en ce royaume, qui soit trop pauvre pour ne pas avoir des crucifix, des chandeliers, des encensoirs, des patènes et des calices d'argent. Elle plus humble des couvents de frères quêteurs possède tous ces mêmes objets en argent, outre beaucoup d'autres ornements de même métal et dignes d'une église cathédrale. Votre Magnificence peut donc se figurer ce que doivent être les décorations de ces monastères de Bénédictins, de Chartreux et de Cisterciens si énormément riches (1). »
Dans des cas très rares seulement, les spoliateurs
biographe dit ceci : « Ses prodigieuses ricliesses lui vinrent de la destruction des maisons religieuses, et il semble que l'heureuse occasion qui se présentait à lui de moissonner cette grandiose récoite de trésors l'ait détourné du projet de faire sa fortune comme homme de loi. » Wharton, « Life of Pope » (éd. 1780), p. 23.
1. Camden Society : « Italian relation about England,1500 », p. 29.
ajoutent à l'indication du poids quelques détails sur les objets précieux, souvent ornés de pierres fines ou d'émaux relevés en bosse, richement ciselés ou ornés d'une forme artistique par le marteau de l'orfèvre habile, avant de les jeter en tas dans les sacs de dépouilles et de les expédier à l'hôtel de la monnaie d'où, après avoir été « démontés», ils seront dirigés vers le lieu de fonte, pour en sortir sous la forme de ces pièces de monnaie altérées qu'Henri VIII, sur la fin de ses jours, mit frauduleusement en circulation parmi ses sujets. Ainsi, pour prendre un exemple ou deux, le rapport envoyé de Westminster mentionne en particulier « un calice appelé mazer bell (grande coupe en forme de cloche) ou coupe de Saint- Edouard », une « croix de béryl » et « un vaisseau ou bassin en pierre précieuse appelée agate, orné d'or, de joyaux et de perles » (1). De même, on prit à Cantorbéry « une crosse en argent, avec ornements, appelée crosse de Thomas Becket », outre une quantité d'or, d'argent, et de pierres précieuses. Parfois, mais rarement, nous trouvons l'inventaire détaillé des somptueux ornements d'église et de l'argenterie dérobés à tel ou tel monastère et emportés au trésor royal (2).