‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 216 sur 278 · Exch. Aug. Office, Rôles du Trésorier, II, m. 109 d · texte numérisé non relu

Exch. Aug. Office, Rôles du Trésorier, II, m. 109 d

2. A titre d'éclianlilloa des objets d'art impitoyablement détruits, nous cilerons in extenso la description de la « Châsse, dite châsse Corpus Christi, à York » (Rec. office — Exchequer Q. R., « Church Goods » 10/1) : — « D'abord, ladite châsse est toute dorée, ayant 6 imaf?es dorées, avec une image de la naissance de Notre-Seigneur, en nacre, argent, et vermeil, avec 33 petites images émaillées qui sont disposées tout autour. Une tablette en or; deux anneaux d'or, l'une avec un saphir, l'autre avec une perle. Huit autres petites images, et une grande tablette d'or sur laquelle est l'image de Notre-Dame, en nacre. Cette châsse a, en longueur, trois quarts de « yard » et un * nail » (environ 75 centimètres); en largeur, un quart de « yard » ou plus, et, en hauteur, plus d'un demi « yard », sans compter le clocher, qui surmonte le tout. Ladite châsse, à l'exclusion du clocher, est estimée valoir

Dès avant la dissolution effective, le roi avait débarrassé les supérieurs des communautés religieuses d'une grande partie de leur argenterie. En même temps, les églises cathédrales furent fouillées, et leurs plus beaux ornements d'or et d'argent tombèrent entre les mains du roi. La croisade même contre les reliques fut aussi très productive et^ sans vouloir peser les motifs d'Henri VIII, il est certain qu'on eût cru plus aisément à ses bonnes intentions si la campagne qu'il mena contre les honneurs rendus aux tombes et aux restes mortels de saints personnages ne l'eût pas démesurément enrichi. Selon la remarque du noble auteur de sa biographie, « Henri ne favorisa d'autre réforme que celle qui était profitable en gros sous et enflait sa bourse ». Que le résultat ait été heureux ou malheu-

120 livres et plus. Le clocher a, au sommet, une girouette toute dorée, un « royal » (monuaie valant 12 fr. 50) en or, 4 vieux « nobles » (monnaie valant à peu près 8fr.), 2 « groats » (pièce de 40 centimes) docés, le tout suspendu au clocher. En le même clocher se trouve un béryl qui supporte le Saint-Sacrement, et dans ce béryl deux ima^res d'anges en argent doré, qui portent le Sacrement. Le pied et la monture de ce béryl sont en argent doré et pèsent ensemble avec l'or et le béryl, outre la châsse, 181 onces, ce qui, à 3 shillings 4 pence l'once, donne la valeur de 40 livres 14 sh. 6 pence. Une cloche d'argent suspendue dans ledit clocher, pèse 3 onces 1/2 : soit, à 3 sh. 4 pence l'once, 11 sh. 8 pence ». Vient ensuite l'énumération de divers ornements dont une longue suite de pieux bienfaiteurs avaient enrichi cetce châsse où reposait le Très Saint-Sacrement. Il y a une masse de chapelets, de crucifix, d'anneaux, de pierres et de cristaux, qui sont évalués à 30 livres 6 sh. 6 pence. Il y avait encore des objets d'or massif estimés à 10 livres 6 pence : les principaux étaient « un cœur en or, avec diamant », « dix paires de chapelets de corail », deux bijoux d'argent, « deux conques de Saint-Jacques en argent » et d'autres objets enrichis d'argent et de pierres fines. La valeur totale de cette grande châsse du Saint -Sacrement est estimée par les agents royaux à 210 livres 18 sh. 2 pence, soit plus de 2.100 livres au taux actuel. Quel serait en réalité le prix d'une pareille pièce d'orlèvrerie de nos jours? Qu'on en juge d'après les quelques échantillons des collections de l'art national, au Musée de South Kensington. — L'inventaire ci-dessus a été imprimé dans « Archaeologia *>, X, p. 469, et dans le « Registre » de la Corporation Surtees Society, p. 296.

reux pour l'Église, l'irrévérence des agents royaux à l'égard des dépouilles des saints ne peut manquer d'être partout réprouvée. Certaines des reliques que l'on vénérait n'avaient point, sans doute, une authenticité rigoureuse ; mais la plupart avaient une histoire qui eût dû suffire à les protéger contre le mépris affiché, et beaucoup étaient certainement les restes mortels d'hommes et de femmes dont le nom figurait avec autant de gloire dans les annales de l'Angleterre que sur les diptyques de l'Église. C'étaient là, pour employer les termes de M. Fronde, « les trésors particuliers des grandes abbayes et cathédrales,, où reposaient ces dépouilles mortelles des saints hommes en souvenir de qui elles avaient été érigées et qui, parleur mort de martyrs ou leur vie d'une noblesse surhumaine, avaient conquis la vénération des siècles postérieurs. Les corps des saints avaient été déposés en de précieuses châsses qu'une piété magnifique avait ornées d'off'randes choisies. Dans un siècle où l'on croyait, sans le moindre doute et sans hypocrisie, que le corps d'un saint homme ne faisait plus qu'un avec celui du Christ, et que la poussière visible... redeviendrait la demeure de l'âme qui n'avait disparu que pour un temps, cette poussière était considérée avec dévotion et crainte respectueuse (1). »

1. Une longue discussion sur le sujet des reliques serait ici déplacée. Le lecteur est prié de se reporter à l'Appendice, où il est question de la grande reli|iie du « Sacré Sang de Hayles », sur laquelle on a dit tant de choses. Le chanoine Dixon (« History », H, p. 48 et sqq.) réfute l'accusation de fourberie portée contre les moines et les ecclésiastiques, et il explique le soin qu'avaient pris, pour se garder contre toute imposture, les donateurs des reliques do la Passion et des Apôtres. Mais il est difficile de comprendre pourquoi, aux yeux du savant écrivain, l'existence de morceaux de la Vraie Croix et d'autres reliques semblables, qu'il appelle « les plus grandes et les plus sacrées de toutes », est chose qui « dépasse toute créance ».

Bien qu'Henri YIII n'eût pas songé à saisir en bloc les châsses des saints avant l'année 1538, le due de Norfolk reçut, dès le mois de mai 1537, l'ordre de supprimer celle de Bridlington. « Quant à la châsse, dit la lettre d'avis, Sa Majesté le Roi, afin que son peuple ne soit point séduit et porté à offrir son argent, voudrait qu'elle fût enlevée. Lâchasse ainsi que tous les joyaux et objets d'orfèvrerie appartenantà Sa Majesté, excepté ceux que vous désirez acheter, » devront être expédiés à Londres (1).

Vers le milieu de l'année 1538, on envova, selon toute apparence, l'ordre formel aux officiers de différents comtés de se rendre dans les églises situées dans les limites de leur juridiction pour y détruire toutes les châsses connues. Sous le prétexte d'attaquer le vice de la superstition, on leur enjoignit de déployer tout leur zèle à enlever « la châsse et les ossements, avec tous les ornements de ladite châsse et toutes autres reliques, argent, or et joyaux..., et de veiller à ce qu'ils soient transportés sûrement en notre Tour de Londres». En outre, ils devaient « faire raser jusqu'au sol à la fois la châsse et l'édifice où elle était conservée » (2).

Nous rapporterons ici les circonstances qui accompagnèrent la destruction d'un ou deux de ces précieux monuments. Pollard, l'un des agents royaux, décrit

i. R. 0. Papiers d'État, Dom., 1537, T/51.

2. L'ordre enjoignant la destruction de la châsse de Saint Richard de Chichester est cité par Wilkins. Ce document, daté de Hampton Court, anno 30° (1538), se trouve parmi les Papiers d'État, Dom, 1588, U/339. Le 19 décembre, Sir William Goring, le commissaire, envoyait un état [des profits qu'avait rapportes cette croisade contre Saint-Richard : à savoir, lis onces d'or, « avec des pierres, des émaux et de l'agate », 5.225 onces de vermeil, 162 onces d'argent doré en partie, une mitre, quatre chapes et ,un vêtement sacerdotal. « Monastic Treasurea », p. 43.

Henri vm. — IL 35

dans une lettre à Crumwell la profanation de Saint- Swithun, à Winchester : « Ce fut vers trois heures du matin, écrit-il, que nous vînmes à bout de la châsse qui était ici. » Le prieur et la communauté étaient, prétend-il, « tout disposés à la soumission », et il fut aidé dans sa besogne, qui se prolongea pendant la nuit entière, par « le maire,huitou neuf des religieux, le chancelier de l'évêque, M. le D' Crawford, outre un bon nombre d'honnêtes personnages ». Il est aisé de se figurer le spectacle que présentait cette foule bigarrée qui, au milieu des ténèbres d'une nuit d'automne, contemplait, des coins obscurs de la vénérable cathédrale, Pollard et sa barbare équipe brisant la châsse qui était, depuis des siècles, la gloire de Winchester. A la faible lueur d'une chandelle, le commissaire^ qui savait si bien ce qu'il venait chercher, devait examiner d'un œil scrutateur le métal au fur et à mesure qu'on l'arrachait des pierres du monument. Il observait qu'il n'y « avait là ni morceau d'or, ni même une bague, ni une pierre vraie, mais rien que de grandes imitations » ; toutefois l'argent seul « produirait environ deux mille marcs ». -Cette même nuit, dit-il, il s'empara de « lacroixd'émeraude,de la croix appelée « Hierusalem», d'une autrecroixen or,dedeux calices en or et de plusieurs objets en argent (1).» Puis, le dimanche matin, une fois la châsse abattue, et « avant d'aller se reposer », ils pénétrèrent dans le chœur et promenèrent leurs chandelles le long

1. Ces objets précieux étaient probablement des dons de l'évêque Henri de Blois. La « croix d'émeraude » est certainement 1' « alia crux aurea cum XXXIIII smaragdis » (n» 6 de l'inventaire reproduit dans « Downside Review », IV, 41). La croix de « Hierusalem » est probablement le n» 1 de l'inventaire, et les deux calices en or les no^ 9 et 10.

du magnifique retable. « Là, écrit Pollard, nous considérâmes l'autel, que nous nous proposons d'emporter avec nous. Il vaut la peine d'être enlevé, et l'on n'y verra rien. Mais c'est un morceau tel que nous croyons, en nous pressant, ne pouvoir achever la besogne que lundi soir ou mardi matin. Cela terminé, ajoute-t-il, nous comptons aller à Hyde et à Sainte- Marie, pour y balayer tous les os pourris qu'on appelle des reliques, — ce que nous ne devons point négliger de faire, autrement l'on croirait que nous nous soucions plus de prendre le trésor que d'extirperl'abomination de l'idolâtrie (1). »

Les résultats de ce travail^ envisagés au point de vue pratique^ le seul dont se préoccupassent les démolisseurs, se traduisirent par l'envoi de 1.035 onces 1/2 d'or, de 13.886 onces de vermeil, de 300 onces d'argent simple ou doré en partie, et d'une mitre au gardien des joyaux de la Couronne (2). Ce dernier n'accuse nulle part réception des superbes joyaux mentionnés par Pollard dans sa lettre.

Aucune châsse du monde ne pouvait rivaliser en richesses avec celle de Saint-Thomas à Cantorbéry. Depuis trois siècles, des trésors de toute espèce, expédiés de tous les points de la chrétienté, s'amoncelaient sur la tombe de l'archevêque martyr. Même au début du quatorzième siècle, l'inventaire des joyaux appartenant à cette châsse présente une assez longue liste d'objets précieux et artistiques (3). D'après Érasme, « l'or y était la matière la plus vile : toutes les parties

i. Wright, p. 218.

Page 1