‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 220 sur 278 · Inventaire Analytique des Archives, éd. Kaulek, n» H · texte numérisé non relu

Inventaire Analytique des Archives, éd. Kaulek, n» H

Le document est fort long, mais il y a intérêt à en citer des passages. « J'attendais avec impatience, dit le dénonciateur, une occasion où le serviteur viendrait à déclarer sa pensée en présence d'autres personnes. Et ainsi, à souper et devant l'aubergiste du Tabard^ à Royston,... comme nous parlions de la suppression des établissements religieux, il nous informa, de son propre mouvement, qu'avant d'atteindre Huntingdon, il avait rencontré certaines gens envoyés par les commissions et transportant, dans les malles qui les suivaient, des chapes et d'autres vêtements monastiques. Il nous dit que le prieur de Mountgrace était parfaitement résolu à ne point céder son monastère, et voici quelle réponse il donna au serviteur qu'un de ses amis, par pure complaisance, avait dépêché vers lui pour l'inviter à se rendre au-devant de M. Henley, qui venait à sa maison pour la supprimer et n'était plus qu'à trois ou quatre milles, afin de lui offrir un hongre du prix de cinq marcs et de le prier de se montrer bon maître à son endroit. — conduite qu'il était prudent de tenir. A ce messager l'abbé déclara qu'il remerciait son maître de ses bonnes intentions, mais qu'il n'avait point de hongre d'un prix semblable et qu'en eût-il un, il n'entendait ni aller à la rencontre de M. Henley, ni lui donner un seul crin de la queue pour gagner sa faveur... Bon Dieu, m'écriai-je, quelle espèce d'homme est ce prieur? At-il quelque sagesse? — Oui, vraiment, répliqua le serviteur, et c'est un bien grand savant, ainsi que tous ses frères, et ils sont dans les mêmes dispositions que lui. — Le pays le soutient-il? repris-je. — Que oui, répondit-il, et à merveille, et tous les cœurs gémissent avec douleur sur sa situation. >

« Ensuite, il nous conta une autre histoire : comment il s'était trouvé avec les visiteurs, un jour qu'ils traitèrent des reliques de façon très irrévérencieuse et les dépouillèrent de l'or et de l'argent où elles étaient enfermées, puis, cela terminé, les jetèrent au vent et lui donnèrent certains ossements garnis d'argent, avec ordre d'arracher le métal pour en orner son poignard. Il prit les os de leurs mains, et il les garde encore, ainsi que d'autres reliques, jetées par les visiteurs, qu'il ramassa plus tard. Il ajouta qu'il aimerait mieux aller mendier que d'enlever leur parure d'argent (1). »

La spoliation des châsses et des reliques et le pillage des trésors de cathédrales et d'abbayes procurèrent à Henri VIII un butin de valeur immense. Même en tenant compte des pièces d'orfèvrerie et des joyaux inestimables soustraits par les commissaires royaux et les autres agents occupés à recueillir la moisson, la masse des objets précieux qui entrèrent dans le trésor du souverain fut très considérable. Outre les ornements enlevés aux tombeaux des saints et les reliquaires d'où leurs ossements furent retirés, il y avait des accessoires du culte de toute sorte : calices et patènes, ostensoirs pour l'exposition du Saint Sacrement et saints ciboires, croix et chandeliers d'autel, crosses pastorales et crosses de cérémonie, mitres pontificales, anneaux, gants, burettes,, encensoirs, plateaux en argent de tout genre, et même des fermoirs ornés de pierreries, arrachés aux missels et autres livres d'offices, tout prit le chemin de Londres (2). Le carac-

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