Ibid., « Mise. Book », 494, f
démolis sans pitié. C'est ainsi que John Freeman, l'un des hommes employés à cette besogne, écrivit qu'il allait jeter bas toutes les constructions monastiques, sauf celles qui pourraient être exploitées comme métairies. Le comté de Lincoln, où il s'occupait alors, renfermait les plus grands établissements religieux de l'Angleterre. Les murs étaient épais, et les acheteurs peu nombreux. « Les abattre », dit Freeman, « coûterait au roi beaucoup d'argent; » aussi vaut-il mieux enlever le plomb et les cloches, « qui atteindront un. bon prix. Cela fait, on abattra les toitures, créneaux, escaliers, tout en laissant les murs debout et les transformant en une carrière de pierre confiée à la garde de quelques-uns, qui vendront les matériaux à qui en aura besoin (1). »
Dans plusieurs circonstances^ pourtant, des tentatives furent faites pour arrêter le bras destructeur du souverain. Ainsi Roland Lee, évêque de Coventry et de Lichfield, ainsi que le maire et les aldermen de Coventry, essayèrent en vain d'amener Henri VU! à épargner l'église cathédrale de leur ville. L'évêque
i. R. 0. — Corresp. de Crumwell, XII, 64. De même, on informa Ci'umwell de Boston que, la pierre étant très rare dans le pays, les bâtiments confisqués seraient d'un grand profit (Ibid., XXXII, 27). Le maire et les aldermen de Worcester demandèrent également qu'on leur cédât le couvent de l'endroit, qu'ils achetèrent ensuite, en vue de réparer les murs, les rues et lespontsdela ville (Ibid., ], 13). Les bâtiments de Saint-Augustin, à Gantorbéry, furent utilisés de la même façon. Des sommes considérables furent dépensées pour adapter certaines parties de l'antique monastère aux exigences d'une résidence royale; le reste devint une carrière pour la ville. Ainsi, en 1542-3, « la porte de Saint-Michel (Burgate) subit de vastes réparations. On tira neuf chargements de pierre du monastère de Saint-Augustin, récemment dissous. Les matériaux ne coûtèrent rien, mais un homme reçut 13 pence 1/2 pour le transport et deux ouvriers furent payés pour le travail de démolition, lequel dura quatre jours. » (Historical M. SS., App. p. 513. Archives de la Ville de Cantorbéry.)
sollicita cette grâce de Crumwell avec beaucoup d'insistance : « Mon bon seigneur, dit-il, aidez-nous, moi et la ville, pour que l'église soit laissée debout^ afin que moi, je conserve ma réputation, et que la ville ait les avantages et facilités qu'elle désire (1). »Lemaire déclare également que « la perte et disparition de l'église sera non seulement une grande mutilation de ladite cité, mais aussi un grand mal et dommage pour tous les habitants en temps de peste. Les églises des frères étant déjà supprimées ici, les gens atteints par la contagion et autres, fort nombreux en temps de peste, n'ont d'autre lieu où ils se puissent rendre que les églises paroissiales^ dont il n'y a que deux en toute la cité. » C'est pourquoi la ville supplie que l'ordre soit envoyé au Docteur London « d'arrêter les mutilations et d'épargner la susdite église » (2). Les appels de ce genre, il est vrai, n'étaient point écoutés. L'église fut démantelée, dépouillée de sa toiture, et, bien qu'avec ses trois clochers elle fût un superbe modèle d'architecture anglaise, on la réduisit en miettes pour tirer parti de tous les matériaux. Elle eut un sort semblable à celui qui frappa des centaines d'éghses monastiques à cette époque. Plusieurs églises et, dans quelques cas, certaines parties des abbayes encore intactes furent sauvées par la prompte intervention des habitants, qui offrirent de les racheter en argent comptant. Les paroissiens de Crowland, par exemple, payèrent 26 livres « pour la nef latérale sud de leur église » et 30 livres pour deux des vieilles cloches de l'abbaye (3). Ceux de Ramsey préservèrent de la destruction, au prix de