‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 241 sur 278 · LES MOINES EXPULSÉS ET LEURS PENSIONS · texte numérisé non relu

LES MOINES EXPULSÉS ET LEURS PENSIONS

Il nous faut maintenant parler des pensions que l'on servit aux moines et religieuses expulsés, sur les fonds qui entrèrent dans les cofîres royaux lors de la dissolution de leurs établissements. Au début, il y atout lieu de croire que les annuités promises furent versées avec loyauté et exactitude, au moins pendant le règne d'Henri VIII. Rappelons-nous, toutefois, que l'on n'accorda pas, tant s'en faut, à tous les religieux qui furent chassés de leurs demeures et lancés dans le monde pour y recommencer l'existence, des ressources capables de les garantir contre la misère et même, dans bien des cas, contre les besoins pressants de la faim. Et d'abord, après la dissolution des monastères qui possédaient un revenu inférieur à 200 livres par an, les supérieurs seuls reçurent une pension. D'après les termes mêmes de l'Acte du Parlement adopté en février î536, « Sa Majesté le roi, par un effet de sa très excellente charité, se plaît à octroyer à chaque supérieur et directeur desdites maisons religieuses »

une pension annuelle leur vie durant. Quant à la communauté, « Sa Majesté veillera à ce que les membres desdites maisons religieuses obtiennent un brevet [capacïty)^ s'ils le désirent, pour aller vivre honnêtement et vertueusement à l'étranger, ainsi qu'une somme suffisante charitablement donnée pour leur subsistance. Ou bien ils seront confiés à de grands et honorables monastères où la religion est bien observée et que désignera Sa Majesté, pour y vivre pieusement pour le reste de leurs jours » (1).

Nombre de religieux et religieuses trouvèrent ainsi, sans doute, un nouvel asile dans d'autres maisons de leur ordre ; mais il est probable que la majorité d'entre eux fut obligée d'accepter l'autre alternative et, se conformant aux ordres d'Henri VIII, de partir en quête de moyens d'existence dans le monde. Ainsi, un moine de Louth Park, William Morland^ qui avait participé à la révolte du Lincolnshire, déclare que lorsqu'il se rendit à l'abbaye de Bourne pour y prendre son brevet, « un ancien chanoine du monastère de Bourne, alors également dissous, » lui donna vingt-six autres dispenses pour qu'il les distribuât à ses frères en religion (2).

A ceux qui rentrèrent ainsi dans le monde il est certain que le roi ne donna jamais la « somme charitable » qu'il avait promise. Le plus souvent, l'abbé ou le supérieur furent seuls à recevoir quelque chose. Parfois, les religieux obtenaient, en quittant leur cloître, un cadeau de quelques livres ou plutôt de quelques schellings. Par exemple, l'abbé de Louth Park,

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