‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 240 sur 278 · Henr. VIII, c · texte numérisé non relu

Henr. VIII, c

sion, dissolution ou abandon volontaire depuis le 4 février 1536 ».

Le projet de loi fut présenté par le chancelier à la date du 13 mai. Le vendredi 16, la Chambre s'étant ajournée jusqu'après la Convocation du Clergé et la fête de l'Ascension, le bill fut lu pour la seconde fois, en présence de vingt abbés, et le lundi suivant, 19 mai, il acquit force de loi (1). Différant en cela de l'acte de 1536, celui-ci ne donne pas de motifs, mais constate simplement que « divers abbés, prieurs, abbesses, prieures et autres directeurs et directrices ecclésiastiques de certains monastères..., de leur plein gré, de leur libre volonté et consentement, sans contrainte, ni coaclion, ni compulsion due à aucune sorte de personnes, » ont remis leurs établissements entre les mains d'Henri et que, par conséquent, le roi et ses héritiers devront en être à jamais les détenteurs. Ces mêmes dispositions étaient applicables à tous les monastères qui seraient plus tard cédés volontairement ou dissous.

Le texte même de l'Acte ne contient pas, il est vrai^ des considérations destinées à peser sur le parlement pour l'engager à se conformer aux désirs du roi; mais tout nous porte à croire qu'on allécha de bien des façons les membres de l'assemblée. « Et maintenant, écrit Dugdale dans son « Histoire du Warwickshire », quand tout cela (c'est-à-dire la dissolution) fut achevé, afin que l'on ne pensât pas que ces choses étaient faites arbitrairement, le roi ayant protesté qu'il ne supprimerait aucune maison sans le consente-

1. « Lord's Journals » (Br. Muséum — Coll. MS. Tib., D, I, f. 58). Pour le parlement qui tiat sa seconde session à dater du 12 avril 1540, une note ajoute : « Pas d'abbés présents. »

ment de son parlement, lequel fut convoqué le 28 avril 1539 pour sanctionner les cessions volontaires accomplies jusqu'alors, on ne manqua pas d'employer des insinuations spécieuses auprès des deux Chambres afin d'amener en toute douceur leur consentement à la mesure qu'on réclamait : à la noblesse on promit une grosse part des dépouilles, qu'elle acquerrait, soit par une libre donation du roi, soit par un achat facile, soit par des échanges fort avantageux ; à la remuante « gentry » (petite noblesse) on promit des honneurs et l'accroissement de ses domaines. Et tout cela, nous voyons qu'ils l'obtinrent par la suite. Et pour mieux plaire au commun du peuple, il lui fut représenté que par ce déluge de richesses, le royaume se fortifierait d'une armée de quarante mille hommes^et qu'à l'avenir le peuple ne serait plus chargé de subsides, quinzièmes, prêts ou aides communes. Par ces moyens, le parlement ayant ratifié les cessions de monastères susdites, l'œuvre fut achevée (1). »

Il est plus que probable que des promesses de ce genre furent faites en réalité. Nous possédons encore ce qui fut, selon toute apparence, l'exposé des motifs d'un projet de loi rédigé à cette époque et relatif à la dissolution des grands monastères. Le document est écrit et corrigé de la main même d'Henri VIII, et il propose de saisir les revenus des maisons religieuses pour établir des écoles, des hospices et de nouveaux évêchés. On retira ce projet, à ce que croit Tanner,

1. Moins d'une année après, un nouvel emprunt fut encore décidé et accordé. « Le parlement qui s'ouvrit le 18 avril (1540) octroya au roi un subside de 2 schellings par livre sur les terres, de 12 pence sur les marchandises et quatre quinzièmes pour aider le roi à supporter les grandes dépenses causées par la construction des fortifications. » (Stowe, « Flores», 974.)

« quand le bill de suppression eut été définitivement adopté (1). »

Une partie, bien faible à la vérité, des domaines con-

1. Ce projet de loi, écrit de la main d'Henri VIII, se trouve dans le3 Manuscrits Gotton (Gleop., E, IV, f. 305). Le passage suivant en a été imprimé dans le livre de Wright, p. 262 : — « D'autant qu'on n'ignore point la vie de paresse et d'impiété menée d'ordinaire parmi toute sorte de gens portant le nom de religieux, et afin que nombre d'entre eux aient dorénavant une occupation plus utile, que la parole de Dieu soit mieux enseignée, que les enfants soient élevés dans la science, les ecclésiastiques entretenus dans les universités, les vieux serviteurs incapables de travailler gratifiés d'un gagnepain et les pauvres gens d'un hospice, les étudiants en lettres grecques, latines et hébraïques pourvus de bons salaires ; afin que des aumônes quotidiennes scient distribuées, que les grandes routes soient tenues en état, que les ministres de l'Église obtiennent des pensions : il a paru, pour ces motifs, très expédient et très nécessaire à Sa Majesté le roi que de nouveaux évêchés, de nouvelles églises collégiales et cathédrales fussent installées aux lieu et place desdites maisons religieuses, où seront établies les dignités susnommées. »

Sur une autre feuille de papier se trouve un second document écrit par le roi, mais, selon toute apparence, incomplet :

« Nouveaux évêchés à créer:

Essex Waltham.

Hertford St-Albans.

Bedforshire i Dunstable.

et < Newenham.

Buckinghamshire ( Elnestowe.

Oxford et Berks { Osney.

■ \ Thame.

Northampton et Huntingdon. . Pelerbro'.

Middlesex Westminster.

Leicester et Rutland Leicester.

Gloucestershire St- Pierre (Gloucester).

Lancashire ^ Fountains.

( Archidiaconede Richmond .

Sufîolk Bury.

Staffordshire et Shropshire. . . Shrewsbury.

( Welbeck.

Nottinghamshireet Derbyshire. < Worksop,

( Thurgarton .

CornouaUles \ Launceston.

' Bodmin, et un autre.

« Endroits pourvus de sièges épiscopaux et devant, d'après nos plans,Jsubir des modifications :

Christ Ghurch, à Cantorhéry.

fisqués retournèrent à l'Eglise. Six nouveaux évochés furent bâtis sur les ruines des maisons religieuses : ceux de Westminster, Oxford, Chester, Gloucester, Bristol et Peterborough. Les sommes de fondation destinées aux évêques et aux chapitres furent estimées à environ 100.000 livres de notre monnaie (1). En outre quelques petites sommes furent consacrées aux établissements d'éducation d'Oxford et de Cambridge. Mais, à l'exception de ces sommes relativement insignifiantes, tout l'argent provenant de la dissolution fut employé à un usage séculier et privé. Même les dîmes de paroisse, affectées aux maisons religieuses, passèrent, à la suite de donations ou d'achats consentis par l'usurpateur royal, à des laïques, qui pouvaient faire de cette partie de leurs revenus l'usage qu'il leur plaisait (2).

Saint-Swithun (Winchester).

Ely, Dui'ham, Rochester.

Worcesler. et tous les autres dans le même cas.

« Établissements à chang'ep en collèges et écoles :

Burton-sur-le-Trent. »

1. En 1541, John Chambers, dernier abbé de Peterborough, fut créé premier évêque de ce lieu. Vers le même temps, Thomas Thirlby devint premier et seul évêque de Westminster, et Robert King, ancien abbé d'Osney,fut fait évêque d'Oxfordshlre, avec l'église de l'abbaye d'Usney pour cathédrale. Peu après, ce dernier siège épiscopal fut transporté à Christchurch (Oxford). Paul Bush devint premier évêque de Bristol, John Wakeman de Gloucester et Richard Sampson de Chester, tous trois vers la même date. Sept autres cathédrales jusque-là desservies par des Bénédictins, furent occupées par des chanoines séculiers, mais de nombreux religieux furent pourvus de canonicats lors de la fondation nouvelle. Ce furent les cathédrales de Cantorbéry, Durham, Winchester, Ely, Carliste, Norwich et Worcester.

2. Voici un document intéressant sur les donations d'Henri VllI en faveur d'Oxford et de Cambridge :

« Sommes à verser pour la dotation et l'érection de collèges à Oxford et à Cambridge depuis le 25 mars, 36« année, jusqu'à la Saint-Michel de la 38e année du règne :

Les revenus d'Osney à Oxford. 702 liv.9.4 3/4 ) Oxford.

Par commission au trésoMer. 2.400. . . G 0 ; 3.102.9.4 3/4

La manière dont le roi gaspilla une grande partie des biens monastiques est chose notoire. Fuller nous apprend que « non seulement les chefs Cuisiniers, mais le plus vil tournebroche des cuisines du roi s'en léchait les doigts »,et il nous cite, d'après des sources sûres, maints exemples qui prouvent combien Henri VIII était prodigue des terres abbatiales. Il n'hésitait pas à octroyer des domaines d'une valeur considérable à quiconque obtenait ses bonnes grâces. « Je pourrais conter, ajoute l'historien, comment il donna une maison religieuse d'un certain prix à M""^ X, pour avoir reçu d'elle un plat de pudding qui flatta son palais (1). »

Pareille aient, Fuller rapporte qu'Henri VIII perdit beaucoup de ces richesses au jeu. « Une fois, dit-il, se trouvant à jouer aux dés avec sir Miles Partridge, il risqua contre un enjeu de 100 livres sterling déposé par ce dernier, les « cloches de Jésus » qui étaient suspendues dans un clocher à peu de distance de Saint- Paul, à Londres, et qui étaient parmi les plus grosses et les plus harmonieuses de la ville. Il les perdit

A Cambridge les revenus de \

King's Hall et de Mi- / Cambridge.

chaelhouse 329 15. 8 ^

Par commission 2.000 0 0 7 2.329.15.8

Après avoir payé les « gages et salaires » usuels, il restait, pour construire des collèges, à Oxford 1617 livres 18 schellings 1 penny 3/1, et à Cambridge 971 livres 7 schellings (Rec. Office. Exchequer Augmentation Office, — Miscell Book. 415, f. 108).

La dernière année du règne d'Henri VIII, cependant, les revenus ne furent pas versés, et le collège de Christchurch, à Oxford, se trouva endetté. Edward VI, pour faire face à ces besoins, donna 2.400 livres au doyen, le D-- Coxe (Ibid., Treas. Roll, III, m. 201).

1. La même anecdote, à pende chose près, est racontée par un auteur qui écrivit vers 1557 (Br. Muséum, Arundel MS., 151, f. 387). Selon cette version, un cuisinier, qui présenta au roi un corhon de lait cuit à point, reçu^ comme récompense « le collège de Saint-Edmund, à Salisbury, avec plusieurs cures », et ainsi, ajoute le vieil auteur, charge d'âmes fut donnée à un laïque non qualifié pour ces fonctions.

d'un seul coup (1).» Nous avons souvent montré, dans le cours de cet ouvrage, comment le roi fut volé par tous ceux qui participèrent à l'œuvre de spoliation. L'enquête que fit la reine Elisabeth et les renseignements qu'elle recueillit de source évidemment certaine ne laissent subsister aucun doute à ce sujet : le roi se trouva frustré d'une grosse part de butin par les fonctionnaires qu'il avait pris à son service. Que devint le reste des dépouilles ? On le verra en consultant les rôles du Trésorier de la Cour d'Accroissement ou les comptes du Gardien des Joyaux de la Couronne (2). Il est de toute justice, dès l'abord, de constater qu'une grande partie du butin fut consacrée aux besoins du pays. On se servit sans compter des dépouilles acquises pour fortifier les côtes, pour créer une flotte, pour soutenir la politique d'Henri Vlli à l'étranger^ pour lever et entretenirdes armées. C'est ainsi que, sur la somme de 1.338.500 livres que le Bureau d'Accroissement reconnaît avoir reçue depuis le début de la dissolution jusqu'à la mort d'Henri, 64.500 livres environ furent affectées aux fortifications descôtes, 28. 000 àla marine, 137.000 aux exigences d'une guerre avec l'étranger (qui comprenaient la défense de Calais et d'autres villes sur le continent), et bien près d'un demi-million de notre monnaie fut employé aux choses de la guerre en général. Environ la moitié de cette dernière somme fut consacrée à l'achat et à la fabrication de canons, et

i. L'auteur ci-dessus conte également ce trait, mais avec quelques variantes. Miles Parti'idge est représenté comme un joueur qui avait tout perdu, et Henri lui donna les cloches du beffroi et le plomb des toitures pour relever sa fortune. L'auteur ajoute que Partridge fut plus tard pendu.

2. 11 serait impossible de donner tous les détails sans ajouter des notes abondantes. La liste des dépenses qui se trouve dans l'Appendice est empruntée aux Rôles du Trésor.

l'on fit servir également à cet usage une quantité de métal provenant des cloches des monastères. On peut donc admettre que plus de la moitié des sommes reçues par le Bureau d'Accroissement à titre de butin furent affectées à des dépenses qui intéressaient la nation.

Une grande partie de ce qui restait fut consacrée aux châteaux royaux de Westminster, Hampton Court, Chelsea,Hackney, Saint-James et autres, ainsi qu'à entourer de clôturesles parcs du roi et à modifierles vieilles constructions abbatiales suivantles besoins d'Henri.

Près de 52.000 livres furent dépensées pour des achats de terres, 23.000 pour les frais de la maison du jeune prince Edouard, et 274.086 livres 19 schellings 8 pence 3/4 furent versés au roi en argent comptant ou servirent à entretenir sa maison.

Tels senties différents canaux par où s'écoulèrent promptement les richesses acquises par la destruction des monastères.

Les comptes du Gardien des Joyaux de la Couronne nous montrent que les fortifications des côtes absorbèrent environ 10.000 livres et qu'à peu près la même somme passa en Irlande pour servir auxprojets du roi. Quant à l'orfèvrerie, il en fut remis une grande quantité à Henri VIII pour son usage personnel, ou bien, à l'aide du produit des ventes, l'on acheta d'autres objets d'or et d'argent pour son compte. Les rôles du trésorier n'accusent rien moins que 30.860 livres sous cette rubrique. Aussi bien, plus de la moitié de la valeur totale de l'orfèvrerie acquise pas les spoliateurs, c'està-dire 46.636 livres 1 schelling 1 penny 1/4, fut remise « en main propre » au roi (1).

i. « Moaastic Treasures », Club d'Abbotsford, p. 93. Pour plus amples renseignements, voir l'Appendice.

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