‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 258 sur 278 · Monasticon », I · texte numérisé non relu

Monasticon », I

ter des ormes dans la pelouse de l'abbaye de Westminster. Mais l'abbé ne voulut pas suivre le messager avant d'avoir terminé son travail. Ses amis donnent pour motif de ce refus qu'il était plongé en des méditations mystiques : de même que les arbres qu'il plantait alors^ pensait-il, jailliraient du sol et bourgeonneraient bien des années après sa mort, ainsi sa récente plantation de Bénédictins à Westminster prendrait racine et fleurirait en dépit de tout obstacle. Ses arbres prospèrent-ilsaujourd'hui, continue Fuller, je l'ignore. 11 alla ensuite chez la reine. Quant aux paroles qu'ils échangèrent, personne autre qu'eux ne [les connaît. D'aucuns ont conjecturé avec présomption qu'elle lui offrit l'archevêché de Cantorbéry, à condition qu'il se conformerait à ses lois ; mais il refusa énergiquement(l). Je suis sûr d'une chose, ajoute Fuller, c'est que l'espèce de ces moines est depuis longtemps extirpée. » En risquant cette assurance il se trompe, car leur lignée s'est continuée, en passant par Feckenham, jusqu'à nos jours.

Les Chartreux qui^ à l'avènement de Marie au trône, se rassemblèrent à Sheen sous la direction du prieur, Maurice Chauncy, étaient les membres épars des différentes Chartreuses d'Angleterre. Beaucoup moururent pendant les quelques années que dura leur séjour en Angleterre. Les autres accompagnèrent leur supérieur aux Pays-Bas lors de l'avènement d'Elisabeth. Plusieurs membres de la communauté qui s'établit à Bruges en 1568 avaient revêtu l'habit

1. Fuller, « Ghupch History ». Cité par Stanley, dans ses « Memorials », (5e éd.), p. 405. Le doyen fait observer que « les ormes, ou leurs successeurs, existent encore. 11 y eut jusqu'en 1779, au milieu du jardin, une rangée d'arbres qui furent abattus à cette date, »

religieux dans les couvents anglais. Le prieur Maurice Chauncy mourut à Paris, le 12 juillet 1581. Celui qui survécut le plus longtemps fut le PèreRogerThomson, qui était novice au monastère de Mountgrace à l'époque de la dissolution, et qui mourut le 20 octobre 1582 (1)» A propos du couvent de Sheen, il est une anecdocte qui vaut la peine d'être rapportée. Les moines, exilés déjà depuis quelques années, s'étaient fixés à Bruges. Parmi les gentilshommes anglais catholiques qui fréquentaient leur maison, se trouvait sir Francis Englefield. Or, comme l'atteste le Père Surtees, qui était présent, sir Francis leur raconta un jour une étrange histoire sur leur ancien couvent de Sheen. Il leur dit que « ses tenanciers lui avaient écrit d'Angleterre que les gens demeurant près de Sheen entendirent, pen-

1. Comme on ne sait que bien peu de chose sur le compte des religieux dispersés, les détails qui suivent seront sans doute intéressants à noter. Les dates des morts indiquées plus bas sont empruntées à un précieux manuscrit, « History of the English Carthusians » (Hist. des Chartreux anglais)^ appartenant à la bibliothèque de M. J. Blount, de Mapledurham. Le dernier décès qui ait été enregistré date de 1663, et le manuscrit fut composé vers cette époque. Parmi les vieux Chartreux anglais qui vécurent à Sheen et moururent sous le règne de Marie se trouvent : les Pères Fletcher (qui était ou de Mountgrace ou de Hintonj, Robert Abel (de Mountgrace), Robert Marshall (de Mountgrace), Robert Thurlby (de Sheen). Parmi ceux qui suivirent le prieur Chauncy à l'étranger : Maurice Chauncy (de Londres), mort le 12 juillet 1581; Roger Thomson (novice de Mountgrace), mort le 20 octobre 1582; Tristan Holimans ou Hyckmans (de Witham), mort le 6 déc. 1575 j Nicolas Dugmer (de Beauvale), mort le 10 sept. 1575; Léonard Hall ou Stofs (de Mountgrace), mort le 10 oct. 1575; Nicolas Bolsand (de Hinton), mort le 5 déc. 1578; William Holmes (de Hinton).

Outre ceux-là, il y en avait deux ou trois autres qui appartenaient probablement à d'anciennes abbayes, mais dont il est difficile de retrouver les noms sur le tableau des pensions. — Il faut ajouter à la liste ci-dessus le Frère lai Hugh Taylor. — D'autres manuscrits (17085, f. 106 — 17092, ff. 78, 114, 152, 196) indiquent l'année seulement des décès survenus dans cette communauté depuis 1662 jusqu'en 1757 : on y voit figurer les noms bien catholiques de Gérard, Constable, Dolman, Brigham, Towneley, Yates. Les dates de décès survenus à une époque plus ancienne se trouvent disséminées ça et là dans le dernier tome.

dant neuf nuits consécutives, les moines ensevelis par le Père Maurice Chauncy à Siieen, qui chantaient l'office avec des cierges dans l'église. Et quand ils voulurent placer des échelles contre les murs pour les voir à l'intérieur de l'église, tout cessa brusquement : et ils entendirent, dominant les autres, la voix du Père Fletcher, que chacun connaissait (1). »

Cette communauté de Chartreux anglais finit par «'établir à Nieuport, où elle resta jusqu'au jour où le monastère fut supprimé par Joseph IL Le dernier moine de Sheen, le prieur Williams, mourut à Little Malvern Court, dans le Worcestershire, où l'on se souvient encore de l'endroit que le vieillard avait lui-même choisi comme V enceinte qu'il ne voulait point franchir.

A partir de la mort de Marie, on ne sait guère quel fut le sort des religieux qui lui survécurent. La postérité ne possède sur leur compte que des détails insignitiants. En 1576, par exemple, nous apprenons que parmi ceux qui furent mis en accusation pour avoir entendu la messe « en la demeure de John Pinchin », de Westminster, « ex-membre du Middle Timple et avoué au tribunal de droit coutumier » se trouvait « Hugh Philipps, ancien moine » de Westminster, le prêtre qui disait la messe (2) et qui avait fait partie, avant la suppression, de la communauté de Ramsey(3).

Trois ans plus tard, il y avait deux moines septuagénaires dans la prison de Marshalsea — Thomas Cook et Thomas Rede (4). Ce dernier était probablement un

1. « History of the English Cartbu^'ans », p. 128. Il existait deux Char, treux du nom de Fletcher : le Père Robert, de Mounlgrace, et le Père ThoiTiHS, de Hinton, dans le Somerset.

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