‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 265 sur 278 · FuUer, « History of the University of Cambridge · texte numérisé non relu

FuUer, « History of the University of Cambridge

Tout vrai chrétien devrait déplorer cela... car^ si l'on songe à ce qui a été enlevé des abbayes, des collèges et des chapelles, c'est merveille que l'on ne favorise pas davantage ce saint ministère de salut. Nous pouvons bien répéter les paroles de plainte que dit le Seigneur par la bouche de son prophète : « Vous avez « déserté ma maison, et vous courez chacun à votre « propre maison.»... Les écoles ne sont pas maintenues les étudiants n'ont point de bourses Peu

nombreux sont ceux qui assistent les clercs pauvres Il y aurait de quoi fendre le cœur à entendre

ce que j'ai appris sur l'état de Cambridge. Où en est

Oxford, je ne saurais l'exprimer Je crois qu'il y a

en ce jour (13-50) dix mille étudiants de moins que dans ces vingt dernières années, et moins de prédicateurs encore (1). »

A l'égard d'Oxford, Anthony Wood déclare que « la plupart des collèges, dotés et non dotés, restèrent vides. Les arts déclinèrent et l'ignorance recommença de régner» (2).

Il serait oisif d'émettre des hypothèses sur ce qui aurait pu être. Mais il est pourtant certain que les progrès de la science robuste représentée par des hommes comme Warham, Thomas Morus, Colet et leurs amis, se trouvèrent arrêtés. Voyez les monastères tels qu'ils étaient en réalité et les tendances qui se manifestèrent chez les plus importants de ceux-ci aux derniers jours de leur existence : que n'eùt-on pu

i. Cité par Blunt, p. 387. Pour s'éclairer sur l'état de choses au temps d'Elisabeth, voir W. Harrison, « Description of England », ouvrage écrit en 1577 (édition de la « New Shakespeare Society », p. 77 et sqq.

2. « History and Antiquities of the University of Oxford », éd. Gutch, II, p. 67.

espérer d'eux pour l'avancement des lettres, si les événements avaient pu suivre leur cours en toute liberté? On pourrait objecter^ — bien qu'aucun fait ne soit de nature à autoriser pareille conjecture (1), — que les monastères n'auraient pu jouer un rôle dans ce mouvement. Mais ceux qui soulèvent ces objections négligent de tenir compte de l'aptitude des ordres monastiques à s'accommoder aux circonstances et de cette merveilleuse faculté de réagir, l'un des plus saillants et des plus intéressants caractères de l'histoire des religieux.

Il suffira d'ajouter un seul exemple. A la fin du seizième siècle, la condition des monastères bénédictins de France était telle qu'on ne peut que la qualifier de déplorable. Une tentative de réforme avait eu lieu, mais les établissements qui avaient suivi l'impulsion donnée par Chezal-Benoist se pourraient compter sur les doigts d'une seule main : bref, la tentative échoua. Toutefois, en moins d'un demi-siècle, les congrégations de Saint-Maur et de Saint-Vannes s'étendaient d'une extrémité du pays à l'autre. Elles comprenaient près de deux cents monastères, et l'on avait commencé d'établir solidement les fondations d'une des plus nobles et des plus pures gloires littéraires et religieuses des temps modernes.

Il ne faudrait pas négliger une autre des graves conséquences qu'entraîna la suppression des monastères. Une grande partie des revenus dont jouissaient les communautés étaient fournis par les dîmes paroissiales qui revenaient aux monastères et couvents. Quand même l'on regarderait comme un grand but le

1. Cf. les remarques du D'' Jessopp, « Visitations of the Diocèse of Nor- ■wich » (Gamden Society), p. 28.

changement d'affectation de ces dîmes, on ne doit pas oublier qu'elles étaient octroyées pour servir rigoureusement, «ivant tout, les intérêts de la charité et de l'Église. Lors de la suppression des établissements religieux, aucune distinction ne fut faite entre les revenus monastiques provenant de cette source et ceux provenant des domaines ordinaires. Les dîmes furent ainsi données à des laïques, vendues comme propriété des terres et employées à un usage purement séculier. « Ces sources de revenu, je crois, dit Hallam, ne furent en aucun cas restituées au clergé paroissial, et elles tombèrent aux mains soit de laïques, soit d'évêques ou d'autres ecclésiastiques, qui furent souvent contraints par les princes de la famille des Tudors de les accepter en échange de terres (1). »

« Par la possession de ces cures, écrit Spelman, ils (les détenteurs laïques) ont charge d'âmes, et ils s'astreignent à porter le fardeau qui pèse si lourdement sur la tête de chaque pasteur, à veiller à l'accomplissement du service de Dieu, à l'instruction du peuple, à l'assistance des pauvres : car c'est pour ces trois fins et pour la subsistance des pasteurs que les cures ont été instituées, comme en témoignent de

1. « CoEstitulional History», 10'' éd., I, p. 77. Dans le diocèse de Norwich, suivant Taylor (Index Monasticus, p. 26), le roi s'appropria 221 fondations. Sur ce nombre, 13 seulement firent retour à l'Église ; Il d'entre elles avaient été annexées au siège épiscopal en échange de la moitié de ses revenus. Sur 96 dotations appartenant à des collèges, etc. (sans compter 10 prieurés « étrangers «), 80 furent cédées à des possesseurs laïques. Les quatre-cinquièmes, soit 184, des 256 dotations confisquées en tout par Henri VIII dans le diocèse, furent vendus ou donnés à des laïques. On a calculé qu'Henri « vendit ou donna les dîmes de 5.000 paroisses, ainsi que celles appartenant à 2.374 chapelles libres ou votives, à 110 hospices et à 90 collèges », et qu'aujourd'hui, sur les 3.413.697 livres sterling de dîmes possédées par l'Église, il n'y en a pas moin? de 2.404.233 qui sont détenues, directement ou indirectement, par des séculiers.

Henri vin. — H. 32

façon manifeste non seulement les canons de l'Église, mais les livres de la loi et, en particulier, les statuts de la quinzième année du règne de Richard II, chapitre in, et de la quatrième année du règne d'Henri IV, chapitre xn. Et personne ne peut avoir ces cures sans les mêmes devoirs, et le Statut de Dissolution n'a point donné au souverain de plus vastes droits sur elles que n'en avaient les supérieurs des maisons religieuses, et le roi n'a pu les céder autrement à ses sujets. Car wemo /jo^e.^'if plus jiiris in alium transferre quam ipse hahel (1). » Ainsi^ les dîmes passèrent avec toutes leurs charges et responsabilités aux mains des concessionnaires laïques d'Henri VIII. II est à craindre que ces obligations n'aient été méconnues par les détenteurs des biens ecclésiastiques, qui furent, en réalité, perdus pour l'Église dès la Dissolution.

Tels sont quelques-uns des résultats importants de la Suppression au point de vue social. Ils peuvent se résumer en peu de mots : naissance d'une nombreuse classe pauvre, dont la misère fut flétrie comme un crime; isolement des différentes classes, les riches s'élevant aux honneurs et aux places, les pauvres tombant dans un abîme de plus en plus profond ; destruction de la coutume, qui mettait un frein aux exactions des landlords; confiscation des dotations destinées à l'entretien de jeunes pauvres aux collèges et universités; transfert des dîmes ecclésiastiques^ qui tombèrent aux mains des laïques (2).

1. « De non temerandis Ecclesiis ». (« English works », éd. 1723, p. 15.)

2. On exprime parfois le regrec qu'on n'ait pas au moins établi une distinction entre les maisons religieuses proprement dites et les collèges du clergé séculier, les hospices, les chapelles votives et autres fondations charitables.

Beaucoup de gens ont pris l'habitude de croire que la grandeur du siècle d'Elisabeth ne fut guère rendue possible que par la dissolution des monastères, et l'on suppose vaguement que celle-ci permit pour la première fois aux forces vives de la nation de se produire en toute franchise et liberté. Que la société se soit remise d'aplomb et que l'aurore d'un grand jour ait percé, il n'y a là rien d'étonnant. La société humaine paraît être constituée de façon à ne jamais perdre la faculté de se recréer sur une nouvelle base, si désespérée que soit la situation où elle est réduite pour un temps. De la révolution l'ordre renaîtra sûrement, quelles qu'aient été les pertes irréparables survenues au cours du cataclysme qui arrêta soudain le développement naturel et normal des choses. Ce n'est point le sentimental et stérile regret d'un passé mort qui nous pousse à démontrer que la suppression des monastères porta un coup terrible à l'ordre social et rendit la vie plus dure à la masse du peuple. Mais c'est toujours un avantage que de connaître la vérité et que d'apprendre à l'atîronter. En outre, le passé est toujours une leçon pour le présent, et il n'est pas vain, même aujourd'hui, de savoir combien cruelle fut la déception qui suivit les

Beaucoup de personnes, à notre époque, pensent qu'il est facile de tracer une ligne de démarcation entre ces deux catégories d'institutions, mais elles se méprennent simplement sur le fond de la question. En réalité, toutes deux formaient partie d'un unique et vaste système : la maison religieuse était une fondation cliarltable, et l'hospice une maison de prière. Il était, dans la pratique, impossible à ceux qui virent fonctionner le système sous leurs yeux, de faire la distinction qu'on a cherché à établir plus tard. La voix d'un homme comme Latimer, c'est la voix du solitaire criant dans le désert : on n'aperçoit que mieux la nature funeste et désastreuse du courant qui balaya tout et devait fatalement entraîner tout pêle-mêle, monastères, hospices, églises, collèges, chapelles votives, dans le tourbillon de la ruine.

brillantes promesses de bonheur national et de prospérité individuelle que devait assurer la distribution du si noble butin dérobé aux religieux.

Le dernier abbé de Westminster s'était éteint avant que la nouvelle Angleterre eût apparu nettement sur la scène de l'histoire. Après avoir lutté, avec la parole et avec la plume, pour détourner les calamités d'une religion nouvelle imposée à son pays, il passa les vingt-sept dernières années de sa vie dans une captivité plus ou moins honorable. Les annales de ces années, quoique maigres^ ne sont pas indignes de l'ordre dont il était le représentant. Sa douceur et son immense charité étaient remarquables, ainsi que sa sollicitude pour les intérêts publics et les besoins des particuliers. Partout où allait l'abbé Feckenham, il laissait des monuments de sa bienfaisance, car on connaissait son haut caractère et l'on était sûr que les aumônes déposées entre ses mains seraient bien employées.

A Holborn, il encourageait la jeunesse de la ville dans ses jeux virils. A Balh, il répara pour les pauvres les anciens bains qui, depuis la dissolution du monastère, tombaient en ruine. Enfin, lorsqu'il fut relégué à Wisbeach, il fit bâtir une chaussée à travers les peu accessibles marécages du pays, et dans son testament il n'oublia pas les pauvres qui demeuraient près des murs démantelés de sa vieille abbaye d'Evesham. 11 ne dissimula jamais son zèle pour la religion, ses écrits et sa vie en témoignèrent; mais ses paroles et ses actes furent toujours caractérisés par une chrétienne douceur. Même en des jours qui durent être pour lui pleins d'amertume et de chagrin, il ne cessa point de s'intéresser à la prospérité

publique : trait par lequel s'étaient distingués, pendant des siècles, les Anglais de son ordre.

Beaucoup pensent que sa longue existence de prière et de charité ne manqua point de produire un bienfait spécial et d'assurer l'accomplissement de son plus cher désir, à savoir, que le nom de ses frères ne s'éteignît pas dans notre pays. C'est trente ans après la mort de Feckenham que le dernier survivant de son abbaye de Westminster, Dom Sigebert Buckley, remit à des successeurs plus jeunes l'habit sacré et garantit ainsi la perpétuation d'une lignée antique. Et ce vieillard ne disparut pas avant d'avoir vu, à côté du séminaire anglais alors fameux, se réunir une communauté de bénédictins anglais pour mener la vie d'autrefois sous leur propre toit, mais comme des exilés sur une terre étrangère.

APPENDICE l

Liste des monastères et des couvents qui obtinrent du roi le privilège d'échapper à la dissolution, accompagnée des sommes d'argent versées pour l'obtention de ce privilège et enregistrées par le trésorier de la Cour d'Accroissement. Les dates qui suivent sont extraites des « Rôles des Patentes et Privilèges », et les sommes payées des « Rôles du Trésor ».

Noms des maisons religieuses.

Albaland

Alnwick

Arlhington

Beauvale

Bindon . . . .

Bitlesden

Brusyard .

Burnham .

Canonleigh

Chatteris

Chester, Sainte-Marie . . .

Gokehill

Cokersand

La Chartreuse de Goventry.

Croxden

Dale

Date à laquelle fut octroyé le privilège

23 avril 1537. . .

30 janvier 1537 .

11 mars 1337 .

2 janvier. . .

16 nov. 1536. .

17 août 1336. .

4 juillet 1537.

9 juillet 1337.

30 janvier 1537 17 août 1537. .

30 janvier 1537

3 mars 1537 .

19 déc. 133G. .

6 juillet 1537.

2 juillet 1537.

30 janvier 1537

Sommes paj'ées au roi.

4001iv.st.

Osh.Op.

Delapray (Northampton) .

Denny

Eggleston

Grâce Dieu (Lincoln) . .

Hampall

Hevening

La Chartreuse de HulL . ,

Hulton

Hemtingdon ,

Keldhome

Kime

Laundo

Laycock

Limbroke

Marrick

Nethe

Neseham

Newcastle, St-Barthélemy .

Newstead

Northampton, St-Jacques.

Pollesloe

Pollesworth

Repton

Roucester

Shap

Stafford Saint-Thomas. .

Stixwold

Strathfloure

Studley

Swine

Tutbury .

Wallingwells. .......

Winchester, Ste-Marie . .

WoUescroft

Wormesley

13 déc. 1536.

28 août 1536 .

30 janvier 1537 17 août 1536 H mars 1537

27 nov. 1536

28 août 1536 l""- octobre 1536 17 août 1536 .

14 déc. 1536 .

2 sept. 1536.

30 janvier 1537 30 janvier 1537

8 janvier 1537

9 sept. 1536.

30 janvier 1837

4 juillet 1537 30 mars 1537 .

2 janvier 1537

30 janvier 1537 30 janvier 1537 12 juin 1536 .

11 mars 1537.

16 nov. 1536 .

4 juillet 1537 9 juillet 1536

30 janvier 1537 30 janvier 1537 10 octobre 1536

3 mai 1537. .

10 avril 1537 .

17 août 1536 .

30 janvier 1537 27 janvier 1537

266 liv.st.13sh.4p.

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