R. 0. Chapter House Book, A. 4/30, f
2. « Memorials of Fountains » (J. R. "Walbi-an, Suptees Society). A propos des faits ci-dessus, l'éditeur dit en note, p. 254 : « Ceci montrera que les moines étaient des propriétaires justes et cléments, et les lamentations suscitées dans ces parages par la chute des abbayes et que le vieux Henry Jenkins vécut assez longtemps pour conter aux Cavaliers et aux Têtes Rondes, furent peut-être dues, en partie, à des causes plus matérielles qu'un changement de religion. »
été le premier à habiller « le misérable » d'un « vêtement misérable ». 11 est permis de douter qu'aucun acte de souverain ou d'homme d'État ait tant contribué à rabaisser une nation tout entière que celui par lequel Henri promit une rente hebdomadaire de 9 pence à chacun des treize nécessiteux nourris jusqu'alors par les moines de Gloucester, à condition qu'ils portassent, sur leur chapeau et leur habit, un emblème destiné à exalter la munificence royale (1). Le pays ne tarda pas à se ressentir des effets désolants que produisit le transfert des terres. On en jugera par une description qu'un artisan ambulant (2) adressait à Henri VllI en personne. A propos du nombre toujours croissant des pauvres, l'auteur explique quelles sont, suivant lui, les causes du mal. « Car, ditil, Votre Majesté et les prédécesseurs de Votre Majesté, avez octroyé des seigneuries, libres de charge, aux gouverneurs et gentilshommes de votre royaume, et vous leur avez confié ces dépôts pour qu'ils aidassent et défendissent, en tout droit et justice, vos pauvres sujets du commun. Mais, hélas! je crois que vos sujets pauvres n'ont jamais eu lieu de se plaindre auprès de Votre Majesté comme en la présente occasion, ainsi que, si Votre Majesté veut bien me le permettre, à moi votre sujet, je vous le montrerai bientôt...
i. R. 0. « Ministep's Accounts », 31-32 Henr. VIII, 263, m. 9 d. Nous citerons un curieux exemple de la manière dont disparurent pauvres et malades, quand ils furent privés des soins des religieux et laissés à la merci des fonctionnaires royaux. Le souverain s'empara, le i" décembre 1539, de l'hospice de Bishopsgate, à Londres. Il y avait dans l'établissement, à cette époque, 34 pauvres soignés par six chanoines et deux sœurs. La première semaine, chacun de ces nécessiteux reçut 8 pence. Pendant les quatre semaines qui suivirent, on ne paya que 32 d'entre eux, puis 30, et le 19 mars, 20 seulement. A la fin du mois, ils étaient réduits à 16 et en septembre à 8.
2. Natif du Wiltshire. Il s'appelait John Bayker. (R. 0, — Papiers d'État, Dom., U/4H, I.)
« Votre Majesté saura que je suis un pauvre ouvrier ou artisan qui a parcouru et traversé la plus grande partie de votre royaume pour gagner son pain. J'ai été dans presque toutes les cités et villes d'Angleterre. J'ai aussi passé par bien des petites villes et des villages. Hélas! mon cœur s'apitoyait avoir en tous lieux tant de souvenirs rappelant que là maisons et habitations avaient été où maintenant ne se dressent que des murs nus. Cela, je pense, est très peu honorable pour Votre Majesté. Et ce n'est pas tout : à cause de cette ruine, toute sorte de maux se répandent parmi votre peuple. Des hommes se cachent le long des routes, pour se détruire et se dépouiller les uns les autres... Au lieu que, si chaque homme pouvait avoir, dans les villes et les villages, seulement une maisonnette ou une chaumière pour demeure, avec un petit jardin, il y travaillerait et en tirerait parti afin de ga- ' gner sa vie^ en sorte qu'il n'y aurait plus de terres incultes et inhabitées. . .
« Et maintenant, s'il plaît à Votre Majesté d'appren- , dre quelle est la cause d'une pareille décadence et ruine en votre royaume, Votre Majesté saura que partout où vous avez donné une seigneurie libre de charge à des gentilshommes ou à des gens ayant la confiance de Votre Majesté, ils devraient les sous-louer à vos pauvres sujets qui habitent et cultivent la terre, pour que ceux-ci, payant avec fidélité leur loyer aux : seigneurs, aient par leur travail des moyens de subsistance suffisants et complets. Mais, hélas! comme < ces maîtres ou fermiers libres sont loin d'agir ainsi ! ■ Car s'il arrive qu'un de ces fermiers libres ait en sa possession quelque métairie ou ferme^ et qu'un pauvre homme le vienne trouver pour lui demander per-
mission de demeurer en ladite métairie ou ferme, à condition de payer le loyer comme cela s'est fait de tout temps, il lui répond : « Si tu veux avoir cette habitation, il faut que tu me payes, en entrant, un droit de tant; » de sorte qu'il prélève, à' ce compte, de plus grosses sommes d'argent que cela ne s'est jamais vu, et le loyer doit être annuellement versé en outre. Le pauvre homme, voyant alors qu'il n'a d'autre ressource que d'accepter ou d'être sans demeure, vend tout ce qui appartient à sa femme et à ses enfants pour payer la redevance. Puis le landlord ne veut pas réparer sa maison, si elle est délabrée, et le tenancier, malgré la redevance élevée qu'il a parfois payée, entre dans un logis croulant. Le propriétaire, pour lors, s'apercevant que la maison est sur le point de tomber, appelle le tenancier devant les tribunaux et là lui ordonne de rebâtir sa maison avant une date fixée sous peine d'une certaine amende. Mais le pauvre homme, qui a payé une si grande redevance, n'est pas en état de reconstruire si vite sa maison. Une seconde fois, il est cité devant les juges, et il reçoit l'ordre de relever son habitation, sous peine de déchéance; de sorte que le pauvre homme, incapable de faire les réparations, est déchu de ses droits au profit du seigneur.
« Or, comme la maison est trop délabrée et que la redevance est si considérable, personne n'en veut, en sorte que le tout s'écroule bientôt. « N'importe, dit le « propriétaire, il faut que les terres me rapportent le « même loyer que quand la maison était debout. » Oh ! excellent Seigneur, combien ces gens s'occupent plus de leurs intérêts privés qu'ils n'ont souci de l'honneur de Votre Majesté et de la vie de vos sujets...
« Votre Majesté peut voir quelle est leur dureté de cœur envers les tenanciers, puisqu'ils aiment mieux laisser choir les maisons que de les réparer. N'est-ce pointchose pitoyable que d'entrer en un petit bourg où il y a eu vingt ou trente maisons, et où aujourd'hui la moitié n'ont plus que les murs? N'est-ce point chose pitoyable de voir un seul tenir en ses mains ce qui suffisait pour deux ou trois, quand les habitations étaient debout ? Sans nul doute, ceci est la cause de maux nombreux en votre royaume. »
Dans la suite, le fléau devint encore pire, et la misère générale ne put plus être dissimulée. Les auteurs nous parlent sans cesse de l'armée des gueux, des voleurs, des vagabonds, à tel point que pour un mendiant sous le règne d'Henri VIII, il y en avait cent à l'époque d'Elisabeth (1). Et puis, ceux qui avaient dérobé le patrimoine des pauvres proclamèrent que la misère des volés était un crime. Des lois monstrueuses et impitoyables, tel fut le remède par lequel les spoliateurs cherchèrent à combattre le mal, et les maîtres de l'Etat n'hésitèrent point à instituer l'esclavage et même la peine de mort pour le crime de pauvreté dont ils étaient manifestement responsables.
1. Br. Muséum, Cole MS., XII, p. 41. Cet auteur, déjà longuement cité, décrit ainsi la foule des mendiants qui fourmillaient alors (en 1591) dans le pays : « Aux funérailles de George, le défunt comte de Shrewsbury, célébrées à Sheffield en Yorkshire, le treizième jour de janvier de la 33e année du règne, ils étaient là, au dire de ceux qui leur distribuèrent les secours, au nombre de 8.000. Et il y en eut, paraît-il, encore autant qui ne purent rien recevoir à cause de leur turbulence. Oui, la cohue était telle, que plusieurs furent tués et beaucoup blessés. Et des personnes dignes de foi, qui estimèrent bien le nombre de tous lesdits mendiants, rapportent qu'à leur avis il y en avait environ 20.000 ». Ceci, ajoute notre auteur, pourra donner une idée de la misère régnante, « car on a tout lieu de penser que toutes ces pauvres gens séjournaieni et demeuraient sur une étendue de 30 milles autour de Sheffield », et qu'une foule d'autres ne purent se rendre en cette ville pour profiter des aumônes.
Des centaines d'hommes et de femmes, dont la part d'héritage avait été divisée entre les riches et les puissants, furent jetés en prison, flagellés^ réduits à la condition d'esclaves, pendus comme coupables d'avoir erré par le pays, en quête de moyens d'existence, ou d'avoir imploré Faumône quand ils ne pouvaient trouver d'emploi au milieu de la détresse universelle et des désastres d'une banqueroute nationale (1).
La politique d'Henri VIII, qui partagea les domaines monastiques entre ses courtisans, eut en réalité pour résultat de créer le monopole de la terre. Tant que ces domaines restèrent aux mains de leurs possesseurs légitimes, les communautés, qui n'étaient pas assujetties à la mort ni aux formalités de transmission
1. Il est juste de signaler que, dès la 22^ et la 27^ années du règoe d'Henri VIII, deux lois punissaient les mendiants réunis en groupes et les « hommes et femmes qui, étant sains et robustes de corps », étaient surpris en état de vagabondage. Ces derniers devaient « être conduits au prochain bourg, et là être attachés, nus, derrière une charrette et menés sous les coups de fouet à travers ladite ville jusqu'à ce que le corps saignât par la flagellation ». Ces mesures, et d'autres aussi sévères, furent trouvées indispensables, dès avant la dissolution des monastères. Ceux-ci supprimés, le mal empira. Un statut de la première année du règne d'Edouard VI donne au vagabond la dénomination d' « esclave ». Si le coupable avait dix-huit ans, il était décrété qu'après la seconde condamnation, il serait mis à mort, à moins que quelqu'un ne voulût le prendre à son service pour deux années. A la troisième condamnation, le coquin endurci ne pouvait échapper au gibet.
Un statut adopté dans la 14^ année du règne d'Elisabeth traitait le vagabondage comme un crime. Tout individu de plus de 14 ans, homme ou femme, qui se trouvait dans ce cas et qui était déclaré coupable d'une offense aussi noire, était cruellement fouetté et avait le cartilage de l'oreille droite percé avec un fer brûlant de la largeur d'un pouce, — à moins que quelqu'un ne le prît à son service. Le fer trouait complètement le cartilage de l'oreille. La condition du condamné, en service, était celle d'un esclave.
En une seule année (14-15 Elisabeth), 20 vagabonds furent ainsi déclarés coupables par les Assises du Middlesex. Un jour de l'année 1591,71 personnes, hommes et femmes, âgés de 14 ans et plus, furent condamnés à être fouettés et marqués. La moyenne fut de sept par semaine durant cette période. — Voy. « Middlesex County Record », I, latroduction, 1.
testamentaire, réglaient leur conduite envers les tenanciers d'après des coutumes établies de temps immémorial et ne songaient jamais à extorquer un liard au cultivateur. Mais les nouveaux concessionnaires n'étaient point guidés par de semblables préoccupations et ils surélevaient partout les loyers.
En somme, il n'y eut là rien moins qu'une révolution effectuée par les grands contre les humbles. « Plus nous remontons dans l'histoire, dit M. J.-S. Mill, qui a ici principalement en vue les loyers, plus nous voyons engagements et contrats régis par des coutumes fixes. Le motif en est évident. La coutume est la plus puissante protection des faibles contre les forts, — leur seule protection, quand ni lois ni gouvernement nesontà la hauteur de cette tâche. La coutumeestune barrière qui, même quand elle opprime le plus l'humanité, est forcément respectée parla tyrannie dans une certaine mesure. » Mais par ses procédés révolutionsaires, Henri ne montra nulle ombre de respect pour la coutume et, une fois cette barrière protectrice renversée, les faibles se trouvèrent à la merci des puissants (1).
La dissolution n'eut pas seulement de mauvais effets dans l'intérieur du pays ; elle nuisit aussi aux intérêts de la population de pêcheurs des côtes. De nombreux monastères avaient leurs viviers à eux; mais d'autres achetaient du poisson en quantité, car le transit ne rencontrait pas alors autant d'obstacles qu'on pourrait le croire. Autrefois, quand le pêcheur ramenait au port sa barque chargée, il trouvait à écouler sa marchandise au comptant dans les maisons
1. Voy. dans Blunt, « Reformation », p. 385, le franc langage de Latimer à ce sujet.
religieuses. Après la dissolution, ces débouchés furent supprimés tout d'un coup et le commerce du poisson périclita (1).
Si la dissolution eut pour résultat de diminuer le bien-être matériel du peuple, le coup qu'elle porta à des intérêts plus élevés fut plus funeste encore. Naturellement, en ce qui touche à la religion même, le protestant ne peut s'empêcher de penser que, malgré tout le mal causé aux intérêts spirituels, la substitution du protestantisme au catholicisme doit primer toute autre considération. Mais la science, sacrée ou séculière, offre un meilleur terrain de neutralité, où catholiques et protestants peuvent se rencontrer et tomber d'accord. Le niveau de l'éducation baissa partout, à commencer par les universités mêmes. L'augmentation des loyers, dit Latimer, empêcha le fermier d'envoyer son fils à l'école. La plupart des écoles furent fermées sans qu'on pourvût aies remplacer par autre chose. En outre, les monastères et les cou-
1. B. Muséum, Arundel MS., 151, f. 386. L'auteur, qui écrivit vers l'année Î557, dit : « Post fœdam illam monastedorum stragem, non ovorum solum et piscium, sei omnium utique rerum venalium pretium quadruplo quam antea increvit. Nec obscura est causa, si audire vacat. Antea [piscatores qui longam peregi-inationem inierant, non ad Islandiam solum, Norwegiamve, sed ad ipsos interdum antipodes, si quando piscibus onusta navigia retulissent, pai-ata illis in monasteriis erat pecunia, neque unquam in tam malignas nundinas inciderunt quin lucrum abunde facerent... Sed postquam cœnobiis soliiado venit neque ulla deinceps hospitalitas familiare ibi ali cœpit, nisi quae pastori uni et cani sufflceret, sed et prohibitis insuper dlebus (jejunii) omnia passim cœperunt comedi (libertate nimirum Evangelica prodita), piscatoribus statim perpetuse feriae indictse fuerunt. » Par suite de nouvelles innovations, le mal monta presque à la hauteur d'une calamité nationale : témoin les instructions grotesques que la reine Elisabeth fit transmettre au peuple par l'entremise des évêques, et d'après lesquelles on devait mano'er du poisson à des jours fixés; mais la reine, désirant éviter toute méchante Interprétation de cet ordre par les sectaires, recommandait d'avertir le peuple qu'il fallait manger du poisson, non pour observer le régime maigre, mais pour favoriser le commerce.
vents entretenaient des élèves boursiers aux universités, ou subvenaient aux besoins des jeunes clercs jusqu'au jour de leur ordination, et alors ils les nommaient à un bénéfice. Le changement se fit vite sentir. Les élèves boursiers de Cambridge adressèrent une pétition au roi en 1545 pour solliciter certains privilèges, car ils craignaient que la destruction des monastères n'anéantît entièrement la science (1). Oxford, comme on ne l'ignore pas, eut autant à souffrir, et ces vastes foyers du savoir ne furent menacés, pendantquelque temps, de rien moins que d'une ruine complète. Dès le premier instant de la Suppression, le danger fut prévu et, pour y faire face^ il fut prescrit à tout membre du clergé jouissant de bénéfices d'un montant annuel de 100 livres de payer « une bourse pour entretenir un élève ou plus, soit au collège, soit à l'une des universités ». Mais il est certain que cette injonction n'eut pas plus d'effet que celle déjà imposée aux nouveaux propriétaires d'avoir à observer la même hospitalité que leurs prédécesseurs.
Sous le règne d'Edouard VI^ l'évêque Latimer s'écriait, en faisant allusion aux temps antérieurs à la Dissolution : — « Dans ces jours- là^ comment aidait-on les étudiants? Parbleu! on donnait des ressources et des cures à ceux qui étaient papistes et professaient la doctrine du pape. Et maintenant que la connaissance de la Parole de Dieu est mise en lumière, beaucoup tâchent et travaillent avec ardeur à l'exposer, mais presque personne n'aide à les nourrir. »
« En vérité, disait-il dans un autre sermon, c'est chose pitoyable de voir les écoles ainsi négligées.