‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 30 sur 278 · Dan : Dom · texte numérisé non relu

Dan : Dom

que le curé de Louth, nommé Kendall, avait adressé, ce même dimanche, à ses paroissiens certaine harangue où il leur conseillait, entre autres choses, d'aller tous ensemble se concerter au sujet de ce qui ferait l'objet de la visite le lendemain. Et le même dimanche à vêpres — comme le témoin l'a entendu dire, car il n'était pas présent — les paroissiens délibérèrent entre eux, les gens influents de la paroisse et les pauvres tous confondus ensemble, et ils émirent des avis si différents, que, pour terminer, les pauvres enlevèrent les clefs de l'église aux riches et aux marguilliers présents et déclarèrent qu'ils conserveraient eux-mêmes ces clefs. Et cette nuit-là, paraît-il, les paroissiens mirent dix ou douze habitants dans l'église pour la garder. »

Le lendemain, Moreland, après avoir « dit matines », partit pour Louth pour se renseigner sur les dissensions qui avaient éclaté la veille. « Et alors le témoin voulut pénétrer dans l'église pour entendre la messe, mais les paroissiens qui gardaient l'église ne laissèrent entrer ni lui ni personne, à part ceux qui leur plaisaient, » Ne pouvant entendre la messe, il s'éloigna et se rendit « chez un boucher appelé William Hert », où, parmi les gens assemblés dans cette maison, il retrouva un de ses anciens frères en religion de Louth-park^ « Robert Hert ». Bien entendu, la conversation s'engagea sur les événements de la veille, « et tandis qu'ils étaient assis ensemble à déjeuner d'un pudding, tout à coup ceux qui étaient dans l'église sonnèrent la cloche ».

Au bruit du tocsin, le peuple se précipita vers l'église : on sut bientôt de quoi il s'agissait^ en voyant paraître John Heneage, « le directeur temporel », qui,

entré à cheval dans la ville, avait été saisi par la populace surexcitée. On voulait le tuer ; mais quelquesuns, mieux disposés, l'entraînèrent du côté de l'église, réussirent à le cacher dans le chœur, « puis refermèrent la porte à clef entre lui et la cohue ». On le contraignit, néanmoins, à prêter le serment de fidélité à Dieu et au peuple. Nicholas Melton, « qui fut appelé dans la suite le capitaine Cobler (1)», était alors le chef de ce mouvement populaire.

Cette agitation commençait à peine de se calmer et les gens rentraient chez eux, quand « tout à coup, a l'arrivée en ville d'un certain maître John Franke^ archiviste de l'évêquede Lincoln, l'alarme fut de nouveau donnée, et alors toute la populace, s'étant munie d'armes comme auparavant, courut à la maison d'un certain William Goldsmith, chez qui ledit secrétaire était descendu^ et lui enleva tous ses registres. Et un certain John Taylor, tisserand de Louth, sortit de la maison avec un gros tison en feu, et la populace porta lesdits registres sur la place du marché ».

Le témoin déclare qu'il fit tous ses efforts pour arrêter l'émeute, mais sans succès. « Et alors ils portèrent le témoin de vive force sous la grande croix de la place du marché et lui commandèrent, à lui et à six autres personnes qui étaient de la même opinion, de voir ce qu'il y avait dans ces livres. Il commençait la lecture de la commission royale et il allait en expliquer le sens au peuple ; mais les autres^ qu'effrayait le tumulte, jetèrent tous les livres au pied de la croix, et chacun en arrachait des feuilles pour les lancer dans le feu. »

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