CoôèZer signifie savetier
Tandis que cette scène avait lieu sur la place publique, des gens se détachèrent de la foule pour aller chercher le secrétaire, qui fut amené et « forcé de monter sur une échelle, jusqu'à mi-hauteur de la croix. Et en montant, il dit au témoin : « Par la passion du Christ, prêtre, sauve-moi la vie, si tu le peux. Et quant aux livres déjà brûlés, je ne m'en soucie point, » pourvu, toutefois, que le témoin essayât de sauver le petit livre de comptes où il inscrivait ses dépenses, ainsi que la commission du roi : et le témoin lui promit de s'employer tout entier à ce faire. » Pendant ce temps, la foule demandait à grands cris que le secrétaire descendît de la croix pour brûler luimême ses livres, et il fut contraint d'obéir. Le moine de Louth-park tenta de sauver le petit livre de comptes ; mais comme il l'emportait, « ils se pressèrent tous autour de lui, ainsi déclare-t-il, et voulurent savoir quel était ce livre qu'il avait en main ». 11 répondit que c'était un livre de comptes. On ne le crut pas, et « il fut entraîné de force^ sur toute la longueur de la place du marché, jusque devant la boutique d'un certain Thomas Grantham, tailleur, et là il lut à la foule quelques passages du livre ». On lui permit enfin de garder le voliime ; mais, tandis qu'il le portait au secrétaire, il se vit entouré par trois ou quatre cents personnes « qui lui tirèrent le livre de sa manche ». Il informa de cette perte le fonctionnaire royal, qui pourtant, en reconnaissance de ses bons services, « lui paya son dîner » et promit de lui procurer son « certificat d'ordination ». Dans l'après-midi, le secrétaire fut mené loin de tout danger.
« Pendant que le témoin était ainsi à dîner avec le secrétaire, les gens de la susdite ville allèrent au
monastère de Legbourn, à un mille et demi de Lonth, et ils ramenèrent à Louth avec eux les nommés Millicent et John Bellow, serviteurs de Mgr du Petit Sceau, qui eurent grandement à craindre pour leur vie. » Le soir, ils mirent en prison ces deux individus, ainsi qu'un certain George Parker.
Ainsi se passa la première journée de l'insurrection. De bonne heure le lendemain mardi, la cloche de l'église fut de nouveau mise en branle. Les commissaires du roi se trouvaient, disait-on, à Caistor. Melton harangua la foule et donna l'ordre qu'au « prochain son de la cloche», tout le monde se mît en route pour cette ville, qui était peu éloignée. Quatre prêtres et quatre laïques furent désignés pour parler aux commissaires : « Dan William Borowby, autrement dit Moreland », le principal dénoQciateur, était du nombre. Ils marchèrent à pied jusqu'à Irford, couvent de religieuses prémontrées, où « ils empruntèrent pour le témoin à la prieure un cheval hongre blanc, bon trotteur, tout sellé et bridé ». Sur la route, leur nombre se grossit des contingents fournis par les villages voisins et en arrivant à Caistor Hill, ils trouvèrent environ un millier d'hommes, sans armes, qui les attendaient. Quand ils aperçurent les commissaires, Borowby et quelque dix-huit ou vingt autres chevauchèrent à leur rencontre « et, le chapeau à la main, Borowby les pria, au nom des susdites gens du peuple, de venir leur parler ». Ils y consentirent, et on les força de s'engager par serment à prêter leur concours au peuple. Cependant lord Borough, qui était avec les gentilshommes des environs au moment oii la populace les surprit, donna de l'éperon à son cheval et réussit à fuir. Les insurgés soupçonnèrent son serviteur,
Nicolas, d'avoir protégé sa retraite et, furieux de n'avoir pu s'emparer de son maître, ils tournèrent leur rage contre lui : « Et, continue le témoin, ils s'acharnaient en si grand nombre à le frapper, que jamais je n'ai vu homme dans un tel péril en réchapper : tant il avait reçu de coups et de blessures ! A la fin, après qu'il se fût éloigné d'eux jusqu'à la distance d'un quart de mille, en se réfugiant toujours parmi les cavaliers, il fut jeté à terre sous les coups dont l'accablaient les gens à pied de Louth et de Louth-Esk. Et quand ils l'eurent abattu, ils appelèrent un prêtre à grands cris. Enfin, avec beaucoup de mal, le témoin put arriver jusqu'à lui et il le fit transporter en la ville, le confessa et envoya deux chirurgiens de Louth auprès de lui (1). »
Ce même jour, mardi 3 octobre, tout le pays aux alentours de Horncastle se leva en masse, avec encore plus d'enthousiasme qu'à Louth. Quelques-uns des habitants de la ville découvrirent que le chancelier de l'évêque de Lincoln, le D' Raynes, était encore à Killingbroke, malade et privé de l'usage de ses membres. A cette nouvelle, ils partirent, « suivis d'une foule de gens, pour aller s'emparer du chancelier, et ils sonnèrent le tocsin. Alors la populace cria : Tuez-le! et ils l'eussent arraché de son lit » si d'autres ne les avaient détournés d'employer la violence (2). Les habitants de Killingbroke promirent, toutefois, d'assister à une grande réunion qui se tint à Ancaster Heath, près de Horncastle, et ils amenèrent avec eux le D' Raynes, « alors très malade ». Le lendemain, les
1. Tout ce récit est emprunté aux dépositions de Moreland, autrement dit Borowby, le moine de Louth-park. — A, 2/29, pp. 91-129.