‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 36 sur 278 · Papiers d'Etat, I, p · texte numérisé non relu

Papiers d'Etat, I, p

2. « Confession of Thomas Mayne », citée par Fronde, III, p. 117.

du duc de Suffolk, et c'est en leur compagnie que ce dernier, avec sir John Russell et Richard Crumwell, chevaucha par les rues de Lincoln, où se pressait une foule morne et découragée. Les soixante mille insurgés se dispersèrent sans la moindre résistance. Ce même jour, vendredi 13 octobre, la proclamation royale fut lue sur la place publique de Louth, au pied de la croix, et dès le dimanche suivant, Henri recevait à Windsor la nouvelle du complet anéantissement de la révolte, qui avait menacé de prendre l'allure d'une redoutable protestation populaire contre la politique royale.

Le même dimanche, Wriothesley écrivait à Crumwell : « 11 est venu, aussi, des lettres de milord de Suffolk, où il déclare que tout est calme^ et que les gens de la ville de Louth sont venus faire leur soumission au nombre de deux cents et que non seulement ils ont prêté serment, mais qu'ils ont livré au lord Lieutenant (le comte de Shrewsbury) quinze personnes, dont je vous envoie les noms ci-inclus : ce sont les principaux instigateurs de ces désordres. Ils sont maintenant en prison. Parmi eux se trouvent le saint D' Mackarel, le capitaine « Cobler », Manby, » etc. — Le roi veut faire face aux dépenses que lui a causées la suppression de la révolte : « 11 m'a donc ordonné, dit en terminant Wriothesley, de vous inviter à exiger un subside des gras ecclésiastiques de par-là : il m'a nommé le D' Wolman (doyen de Wells), le D' Bell (évêque de Worcester), le D' Knight (plus tard évêque de Bath et Wells), et d'autres encore aux environs de « Poules » ou ailleurs. » Il ajoute que le D' John Chambers, doyen de Saint-Étienne, avait déjà donné 200 marcs et le D"" Lupton, recteur du collège d'Eton,

100 livres sterling, « que Sa Majesté vous prie d'inscrire à leur crédit (1). »

Le roi vit tout de suite combien cette explosion du mécontentement populaire à l'égard de sa politique intérieure pouvait ébranler sa situation aux yeux de l'étranger. Il n'attendit même pas l'annonce de la répression : le 13 octobre, avant même que Sufîolk fût entré dans Lincoln, il écrivait à ses ambassadeurs à la cour de France, l'évêque Gardiner et sir John Wallop, pour les charger de détruire les impressions fâcheuses que la nouvelle de la rébellion risquerait de produire. « Vous saurez, disait-il, que, par l'ébruitement de certaines fables, — à savoir, que nous voulions nous emparer de tous les ornements, vases et joyaux de toutes les églises paroissiales de notre royaume, et les approprier entièrement à notre usage personnel; et que nous songions aussi à frapper d'impositions toutes nos communes, chose qui ne s'est jamais vue dans la chrétienté, et que, ni nous, ni aucun membre de notre conseil, n'avons jamais annoncée ni projetée, mais que certains traîtres (desquels deux ont déjà été exécutés, sans compter les autres fauteurs de troubles qui vont subir la même peine) ont imaginée et inventée, parce qu'ils tombaient déjà sous le coup de nos lois et qu'ils espéraient fuir et se sauver à la faveur du tumulte : — vous saurez qu'à la suite de ces faits, certains de nos sujets, avec un grand nombre de jeunes garçons et de mendiants, se rassemblèrent dans le comté de Lincoln. Et attendu

1. Papiers d'État, I, p. 471. « Chipter House Book », A, 2/28, p. 319-326. Ce deraier livre contient la liste des sommes versées par divers prélats et autres dans l'intention indiquée plus iiaut. Citons, entre autres : « L'abbé de Reading, 100 livres », et « L'abbé de Glastonbury, 100 livres ».

— Toque ce commencement d'insurrection pourrait être cru, là où vous êtes, plus important qu'il ne l'a été réellement, et qu'on pourrait en parler de façon peu honorable pour nous, nous avons jugé à propos de vous informer des causes et de l'état de nos affaires. » Il termine en disant que Suffolk, « qui est maintenant sur les lieux avec des forces considérables, donnera bientôt, sans nul doute, aux traîtres la récompense qu'ils méritent pour leur perfide tentative. » 11 ajoute encore qu'en l'espace de six jours il a « levé et transporté » à Ampthill une armée de 80.000 hommes aguerris, et il compte bien que ses ambassadeurs en informeront le roi de France « et tous les autres, quoiqu'on puisse raconter au sujet de cette révolte. Nous pouvons aussi, en tout temps^ ramener tous ces hommes chez eux, sans plus de retard, sans bruit ni aucun genre de difficulté » (1).

Aussitôt après la- soumission des habitants du Lincolnshire, Henri publia une nouvelle proclamation par laquelle il leur accordait son pardon et vantait, en cette circonstance, sa propre générosité. Il leur ordonnait « de déposer tous leurs harnois et toutes leurs armes sur la place publique de notre cité de Lincoln », puis de retourner paisiblement en leurs demeures. « Et si, ajoutait le document, vous ne voulez profiter tout de suite de ce pardon clément et misécordieux,si vous continuez la révolte un jour entier après réception de notre lettre, nous sévirons en toute

1. Tierney, « Dodd », tome I, appendice XLII : « extrait de l'original, qui est en ma possession. » L'armée dont parle le roi n'exista jamais. Onze jours plus tard, en effet, le Conseil privé demandait au duc de Norfolk s'il jugeait « utile que Sa Majesté levât une armée ». (Hardwicke State Papers, I, 26.)

rigueur et sans quartier contre vous, vos femmes et vos enfants : afin que cela serve aux autres d'exemple terrible et effroyable, tant que le monde durera (1). » 11 n'est pas mauvais d'entrer dans plus de détails sur la part que prirent les religieux à linsurreçtion. Nul doute que ce mouvement, né de la volonté de les défendre, n'eut toutes leurs sympathies ; mais, hors cela et le fait d'avoir fourni des vivres, et peut-être de l'argent, à la populace, qui contraignit par violence certains d'entre eux à l'accompagner^ rien ne saurait donner corps au soupçon de complicité. Le premier dont le nom se trouve étroitement lié au soulèvement du Lincolnshire, c'est le D' Mackarel, abbé de Barlings(2).Lui et ses religieux, qui appartenaient à l'ordre des Prémontrés, sont accusés de s'être activement employés à fomenter les troubles. Bien plus, l'abbé est donné comme le chef du mouvement : « Le U"" Mackarel, abbé de Barlings, commandait, armé de pied en cap, » dit M. Froude dans son récit, — que reproduisent presque toutes les histoires de cette insurrection. Les dépositions des témoins toutefois ne présentent pas l'affaire sous le même jour. On demandait à l'un des prisonniers « qui avait fourni aux traîtres de l'argent, des vivres et des armes? » Il répondit avoir « ouï dire que les traîtres avaient reçu de l'argent des abbés de Barlings et de Bardney » (3). Un autre, à propos de la révolte du Yorkshire, déclara que des lettres venues du Lincolnshire parlaient « du gros présent offert,, avec

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