‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 7 sur 278 · Calendar », X · texte numérisé non relu

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par les fonctionnaires du roi pour attirer dans le trésor de la Cour les revenus, le produit des ventes, les objets d'or et d'argent et les joyaux précieux des maisons et églises qui appartenaient aux monastères de second rang. Le système resta partout et toujours le même, et l'histoire d'une dissolution est celle de toutes les autres. Quel effet devait produire sur les religieux l'arrivée de six commissaires royaux, avec leur suite de serviteurs, dans les murs du couvent ou du monastère : on se l'imagine aisément. L'acte de dissolution,il est vrai, les avait préservés d'en venir à une capitulation volontaire, extrémité à laquelle s'étaient vusréduits un grand nombre de leurs frères plus puissants.Leurs demeures, que de pieux fondateurs avaient bâties bien des générations auparavant, et où, pendant des siècles, les hommes et les femmes de leur ordre avaient servi Dieu et secouru leur prochain, leur étaient enlevées pour toujours^ et la mutilation des sceaux du couvent mettait un terme à leur vie de communauté. Désormais il leur fallait passer les jours qui leur restaient à vivre dans un plus grand monastère, ou bien errer dans un monde que beaucoup avaient quitté depuis des années et auquel ils devaient fatalement rester étrangers. La profanation des églises où eux et leurs ancêtres en religion avant eux se rassemblaient, le jour et la nuit, pour chanter les louanges de Dieu ; la saisie, au nom du roi, de leurs ornements d'autel, d'une valeur si faible souvent, mais à leurs yeux toujours précieux par le passé qu'ils rappelaient; la brutale évaluation de leurs cloches et du plomb qui recouvrait les toits abritant leur tête ; la vente précipitée du méchant ameublement de leurs cellules et de ce que contenaient l'église, le cloître et

le réfectoire : c'était le cœur serré que moines et religieuses voyaient ces différentes étapes de la destruction à laquelle étaient condamnés les objets de leur affection.

La besogne, naturellement, ne fut pas achevée en un jour, mais elle fut commencée dans toute l'Angleterre très peu de temps après l'octroi des commissions. Or, à la Saint-Michel de l'année i536, c'est-à-dire six mois après que l'acte de dissolution fut voté, de vastes sommes avaient déjà été versées au trésor de la Cour d'Accroissement et quantité de monastères avaient été mis à sac. Dans bien des cas, la simple suppression occupa plusieurs semaines. Ainsi, le couvent de Clementhorpe, dans la ville d'York, vit arriver les commissaires le 13 juin ; mais ce ne fut que le 31 août que ceux-ci en vinrent aux mesures extrêmes et expulsèrent les religieuses de leur maison. Pendant tout ce temps, Isabelle Ward, la prieure, avait dû pourvoir à l'entretien de sa communauté, qui se composait de neuf soeurs, d'un nombre égal de servantes et d'une dame, Alice Tocotts, avec sa domestique, à qui le couvent fournissait une pension en nature. De plus, ici comme partout, il fallut pourvoir à la subsistance des serviteurs des commissaires qui étaient chargés d'exécuter la besogne. Pour faire face à ces dépenses, la prieure fut obligée de vendre un calice et une coupe d'argent, ainsi que des reliquaires (1).

Pareillement, Isabelle Savage, la prieure du couvent de Saint-Michel, à Stamford, dut vendre différentes pièces d'orfèvrerie pour maintenir l'hospitalité

1. Rec. Office.* Exchequer Augmentation Office », « Ministers'Accounts 27-28 Henr. VIII, n° 178, m. 14 d.

du couvent et nourrir les religieuses depuis le 31 mai, jour où commença la dissolution^ jusqu'au 18 juillet, jour où elle fut terminée (1). De nombreux exemples, que nous pourrions tirer de la « Comptabilité des Ministres » (Record Office)^ tendent à prouver que la dissolution des maisons religieuses de deuxième ordre prenait ordinairement de six à dix semaines. La situation des religieux ainsi privés d'asile dut être plus pénible qu'on ne le croirait tout d'abord. Beaucoup parmi eux avaient atteint une extrême vieillesse ou souffraient d'une infirmité. C'est ainsi qu'on alloua une maigre indemnité à Élizabeth Jonson, religieuse d'Arden, afin de subvenir à ses besoins^ « car elle est impotente et sourde, et l'on dit qu'elle a plus de quatre-vingts ans d'âge » (2). Semblablement, on donne à William Coventry, religieux du prieuré de Wombridge, la somme de 6 livres 8 schellings 4 pence, après l'avoir chassé de sa demeure, « parce qu'il est malade et décrépit » (3). Mais il semble qu'on n'ait que bien rarement témoigné une pareille considération aux membres des monastères dissous. A propos du couvent d'Esholt, dans le Yorkshire, marqué pour la suppression vers cette époque, il est dit que deux religieuses, impotentes et infirmes, furent laissées à la charge de leurs amis. « Dame Élizabeth Pudsey, prieure, déclare le procès-verbal, âgée de 70 ans, infirme et incapable de marcher ou de monter à cheval, — partie chez ses amis. » Même observation pour « Dame Johanna Hallynrakes, âgée de 54 ans, décrépite. On ne peut la transporter, car elle boite.

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