A York
prieur étant encore en vie et n'étant point déplacé légalement. Il reprit que, s'ils n'obéissaient pas, il pillerait leur maison et nommerait un supérieur luimême : « Il me semble », continua-t-il en montrant du doigt le prieur d'Ellerton, « que cet homme est digne d'être votre prieur ». Alors, comme ils craignaient, de leur propre aveu, que leurs biens ne fussent pillés, ils se réunirent et ils élurent pour prieur ledit prieur d'Ellerton. Lui, cependant, ne voulait point de ces fonctions, et les moines ne le reçurent pas comme prieur réel, mais comme prieur de nom, « par crainte du peuple » (1). Interrogé, en dernier lieu, sur la question épineuse entre toutes de la « suprématie spirituelle du roi » , le sous-prieur répliqua que. pour sa part, « il n'avait point la science suffisante pour discuter pareil sujet, mais que, de l'avis de tout le monde, si le roi ne renonçait pas à ce titre (de Chef suprême), les choses iraient mal ».
Les déclarations de deux autres religieux de Watton (2) n'ajoutent rien à celles du sous-prieur, dont elles confirment seulement l'exactitude en tout point. Nous pouvons donc nous regarder comme suffisamment éclairés par ces divers interrogatoires et dépositions sur la façon dont on s'y prit pour accuser le prieuré de Watton d'avoir trempé dans la révolte. Aucun des chanoines ne prit une part active au soulèvement : les secours qu'ils donnèrent furent bien minces, et encore furent-ils extorqués par la force.
i. Ch. H. BooV;, pp. 77-80. N'oublions pas que Robert Aske déclara qu'il s'était rendu alors à Watton pour mettre obstacle à cette élection.
2. La déposition de « J.-D. Thomas Lather, cellérier et g-rénetier », est précédée de ces trois phrases : « Jésus sit in adjutorio. » — « Jesu,adjuva me. » — « Deus in adjutorium. »
Quant à la question de l'élection, malgré toute leur antipathie pour le supérieur qu'avait nommé Crumwell et malgré les motifs qui les poussaient à se débarrasser de lui, ils semblent avoir agi loyalement à son égard jusqu'à l'instant oiî ils durent céder à la violence.
A part les exemples isolés que nous venons de mentionner, les nombreuses dépositions et relations de l'époque ne révèlent aucune accusation portée contre un monastère ou contre un religieux pour avoir apporté un concours actif aux insurgés. 11 faut, toutefois, excepter les abbayes de Jervaulx et de Whalley, le prieuré de Bridlington et l'ex-abbé de Fountains, lesquels furent impliqués dans la rébellion. Nous allons nous occuper de ces cas particuliers.
En ce qui concerne Jervaulx, le principal témoin cité contre les religieux est Ninian Staveley, qui fut lui-même l'un des chefs de la révolte et le représentant de l'élément belliqueux parmi les insurgés. Il vit dans le mouvement plutôt une entreprise aventureuse qu'un « pèlerinage », et après s'être compromis il tenta de sauver sa tête en incriminant d'autres personnes. Il paraîtrait, d'après sa déposition, que lors de la seconde révolte, l'abbé promit de se joindre aux insurgés « avec tous ses frères », et qu'en même temps il avait dépêché vers sir Thomas Percy un messager pour lui dire « d'avancer » et envoyé, en outre, un serviteur dans le Lincolnshire pour se rendre compte de l'état du pays et l'informer si le duc de Norfolk s'approchait* en armes ou non » (1). Telles sont les principales offenses de l'abbé. L'interrogatoire que ce dernier subit à la Tour, le 27 avril 1537, nous éclai-
i. Ghapter House Bk, A, 2/28, pp. 117, 118.
rera d'une manière très satisfaisante. « Adam Sedbar, abbé de Jervaulx, interrogé après avoir prêté serment, déposa qu'au moment de la première insurrection, vers la fête de Saint-Michel, il vint dans la cour de l'abbaye de Jervaulx quelque deux ou trois cents hommes. Il n'en savait rien alors, mais apprenant que leurs capitaines, MiddleLon et Staveley, le demandaient, il passa par une porte de derrière et se rendit en un lieu nommé Wilton Fell. Il n'avait avec lui qu'un jeune garçon, et il ordonna à ses autres serviteurs de s'en aller chacun chez eux et de sauver le bétail et les biens. Il resta caché quatre jours, ne. rentrant qu'à la nuit, et, pendant ces jours-là, les susdites gens du peuple erraient autour de ladite maison dans le pays avoisinant... A la fin, ayant été avisés que le prévenu avait déclaré que, si l'un de ses serviteurs ou de ses tenanciers allait avec eux, il ne resterait plus à son service ou ne demeurerait plus sur ses terres, les rebelles retournèrent à l'abbaye de Jervaulx et demandèrent à voir le prévenu. Mais il leur fut répondu que le prévenu était absent. Et alors ils dirent : Nous vous sommons, frères de Jervaulx, d'aller élire un nouvel abbé. Sur quoi, les religieux sonnèrent la cloche du chapitre et se préparèrent à l'élection. Mais certains d'entre eux ne voulaient aucunement consentir à la nomination d'un nouvel abbé. Alors le peuple leur donna le délai d'une demiheure pour en choisir un, et au cas où ils n'en éliraient point dans cet intervalle, le feu serait mis au toit qui les abritait. Les frères alors envoyèrent chercher le prévenu de tous côtés, et enfin un certain William Nelson découvrit le prévenu à Wilton Fell caché près d'un grand rocher, et il l'avertit que le peuple brûle-
rait le monastère s'il ne revenait point et que tous les frères criaient : Malheur à nous! Ainsi, pour préserver sa maison^ le prévenu s'en retourna; mais, en arrivant près de la grille extérieure, il fut arraché de sa selle et faillit être tué, aux cris de : A bas le traître I Enfin, quelques-uns de ses amis réussirent à l'emporter dans la maison. Et quand il parvint à l'entrée de la grande salle, un certain Léonard Burgb, l'un des émeuliers,. tira son poignard et l'eût tué sans ceux qui étaient là. Puis le prévenu rencontra un certain William Asleby, commandant en chef de ces pays, lequel lui dit : Traître bâtard, où as-tu été? Et il ajouta : Apportez-moi un billot pour qu'on lui tranche la tête. Et làdessus, le prévenu reçut l'ordre de prêter le serment que lui déféra le susdit Burgh, et il jura. Et ainsi, ils emmenèrent aussitôt le prévenu avec eux et ne lui donnèrent nul répit, mais ils le firent chevaucher en leur compagnie sur le cheval brun qu'il montait quand il était venu les trouver. »
Il fut contraint de rester plusieurs jours avec les insurgés, mais il finit par obtenir, grâce à l'intercession de l'un des chefs, la permission de retourner à l'abbaye. Pendant ce temps, les moines logeaient certains d'entre les rebelles chargés de recevoir et d'envoyer à destination les lettres adressées à Jervaulx par le peuple du district. Cet état de choses dura jusqu'à la convention de Doncaster, et alors seulement les étrangers quittèrent l'abbaye.
En réponse à la question qui lui fut posée sur les secours fournis par lui aux rebelles, l'abbé dit que le « peuple avait emmené tous ses serviteurs..., mais qu'il ne leur donna point un sou de gages ». « En outre, ajoute le document, il affirme ne leur avoir
jamais envoyé des vivres. Le peuple emmena deux des religieux du prévenu (1), contre le désir et le gré de celui-ci, et ils revinrent avec le prévenu ».
« Examiné sur le point de savoir s'il avait donné de l'argent lors de la dernière révolte, le prévenu dit qu'ayant perdu une trentaine de brebis, il s'adressa, sur le conseil de son économe, un certain James, à Edward Middleton pour que celui-ci, qui était un chasseur, s'occupât de retrouver les moutons. Le prévenu lui promit de le récompenser de sa peine, et l'autre accepta. Or, environ trois semaines après, le prévenu rencontra par hasard le susdit Middleton dans l'église de l'abbaye de Jervaulx, et il lui demanda s'il avait des nouvelles de ses moutons : Middleton lui répliqua que non, malgré toutes les recherches qu'il prétendit avoir faites. Le prévenu reprit : « Puisque vous vous êtes donné du mal, et quoique cela n'ait servi de rien, je vous donnerai un pourboire pour votrepeine. »Etil commanda tout de suite àson économe, le susdit James, qui était présent, de lui remettre deux ou trois shillings et quatre pence. Mais l'économe dit qu'il n'avait pas le moindre argent. Alors le prévenu dit : « Allez trouver le cellérier ou l'ancien abbé de Fountains, et priez l'un d'eux de vous donner l'argent ».
Quatre ou cinq jours après, « entrèrent dans la chambre du prévenu, immédiatement après le déjeuner, Staveley et Middleton, avec le fils et héritier de celuici^ et quantité d'autres étaient dans la grande salle d'entrée. » Staveley reprocha à l'abbé d'avoir jadis trompé le peuple, « et il lui commanda donc de venir
1. Les notes rédigées sur cet interrogatoire (Chapter House Bk, 2/21, B, p. 140) citent les noms de ces deux frères, Roger Hartlepool et John Stanton.
avec lui sans délai, en même temps qu'une demi-douzaine de ses religieux. Et le prévenu les supplia de les épargner; et il leur dit qu'étant ses voisins, ils devraient être ses amis, mais qu'ils étaient ses ennemis... Et tant à cause de ses instances et de son refus qu'à cause de l'intercession d'un certain Beckwith, lequel les accompagnait, ils laissèrent le prévenu et ses moines en paix. Mais contre la volonté du prévenu ils emmenèrent avec eux plusieurs de ses amis. »
Le lendemain, l'abbé prit la fuite et se réfugia au château de Bolton, chez lord Scrope, où il séjourna jusqu'au jour où les insurgés furent « dispersés à Richmond », et alors il regagna son monastère. « Depuis cette époque^ déclara-t-il, il n'entendit plus parler de ces choses. Et autre secours, aide ou assistance il ne leur a jamais, sur la foi de son serment et de son allégeance, procuré par parole, action ou écrit. »
En dernier lieu, il s'éleva contre le fond même des accusations de Staveley et nia « formellement avoir jamais envoyé ou fait envoyer un messager à sir Thomas Percy, et même avoir été instruit de pareil envoi; avoir mis ses serviteurs et tenanciers au service de Staveley; avoir donné aux rebelles aide et encouragement; avoir dépêché dans le comté de Lincoln un homme pour y demeurer et voir l'état du pays ; mais il affirme que le cellérier de la maison expédia un certain Jackson dans le comté de Lincoln, vers la fin des vacances de Noël, pour percevoir les loyers et à nulle autre intention, que sache le prévenu » (1).