‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 80 sur 278 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dissolution par « bill d'attainder ».

Les troubles survenus dans le Nord, pendant l'automne de 1536 et le printemps de l'année suivante, mirent un frein aux projets de suppression d'Henri YIll. Depuis la Saint-Michel de cette première année jusqu'à la Saint-Michel de la seconde, peu nombreux furent les monastères qui tombèrent en son pouvoir, à en juger d'après les comptes de ses ministres. Dans le Yorkshire et les comtés limitrophes, les fonctionnaires royaux employèrent le printemps de 1537 à expulser de nouveau les moines et les religieuses que les insurgés avaient réintégrés dans leurs anciennes demeures. Sur ce point, les instructions du roi au duc de Norfolk étaient formelles. Il devait, aussitôt après l'exécution de Constable et d'Aske, rendre la garde des monastères primitivement supprimés aux fermiers royaux, « et aider les commissaires que Sa Majesté nommera à dissoudre les autres monastères venant sous l'effet dudit Acte et non encore supprimés ». En outre^ disaient ces instructions, « le duc de Norfolk

obligera tous les religieuxJ'se]|trouvant en les maisons ci-dessus indiquées d'allerjvivre dans^les autres monastères de leur ordre qui leur seront assignés, ou autrement, s'ils refusent d'obéir, il devra les punir comme vagabonds et ennemis de l'État^ de sorte qu'aucun de cette espèce ne vague en liberté dans ces pays ».

Norfolk et le comte de Sussex avaient, il est vrai, fermement garanti à l'assemblée de Doncaster,au nom du roi, que les religieux réintégrés seraient laissés en paix jusqu'à ce que le Parlement du Nord eût réglé de façon définitive la question de la dissolution. Mais il est évident que le roi ne se regardait pas comme lié par les actes de ses plénipotentiaires : « Et attendu que ledit duc de Norfolk et le lord Amiral, pendant leur récent séjour à Doncaster, ont promis de solliciter Sa Majesté le roi pour que les moines, chanoines et nonnes des maisons religieuses supprimées eussent victum et vestitum sur les biens des monastères auxquels ils appartenaient, jusqu'à décision ultérieurement prise à cet égard ; — et parce que certains agitateurs pourraient peut-être demander que lesdits chanoines, moines et nonnes continuent de rester en liberté et d'être ainsi entretenus, — le susdit duc adressera un discours à tous les hommes qui sembleraient si attachés à ces religieux : il parlera de leurs vœux essentiels de pauvreté, obéissance et chasteté, exposera combien ceux-là diffèrent des bons religieux, de ceux qui sont pauvres volontairement, et même des sujets fidèles, puisqu'ils voudraient faire la loi à leur prince et seigneur souverain, et refusent de vivre autrement qu'à leur gré ; — et c'est pourquoi il déclarera que Sa Majesté a légalement droit à la possession de ces monastères et que ceux qui veulent

ainsi faire la loi à Sa Majesté ne sont point tenus pour ses vrais et fidèles sujets, mais seront châtiés comme traîtres et rebelles (1). »

Dans une lettre précédente^ écrite au moment où le duc avait proclamé la loi martiale, Henri louait son général de la peinture « sage, exacte et franche » qu'il avait présentée au peuple de « ces personnes qui se donnent le nom de religieux ». « Et nous ne doutons point, continuait le roi, que plus vous approfondirez leur conduite, et plus vous en découvrirez un grand nombre coupables, soit par l'intention soit par l'acte, d'offenses qui nous touchent ou sont contraires à la paix du royaume, et moins vous hésiterez aies punir... » « En troisième lieu, ajoutait-il, nous approuvons fort et permettons le déploiement de notre bannière. Et vu que celle-ci est maintenant flottante et déployée, pour cette raison, avant qu'elle soit de nouveau enroulée, le cours de nos lois devra céder la place aux ordonnances et injonctions martiales, et notre bon plaisir est qu'avant de replier notre dite bannière, vous ordonniez l'exécution terrible de nombreux habitants de chaque ville, village et hameau qui ont pris une part criminelle à cette rébellion ; ils seront ou pendus aux arbres, ou écartelés, et leurs têtes et leurs membres seront exposés en chaque ville, grande ou petite, et en tout autre lieu où ils pourront être un spectacle effrayant pour tous ceux qui à l'avenir voudraient tenter pareilles félonies; — ceci, nous vous chargeons de l'accomplir sans pitié ni égard, selon les instructions de nos précédentes lettres; — vous souvenant qu'il est certes préférable que ces traîtres péris-

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