‹ Henri VIII et les monastères anglais (volume 2)Chapitre 93 sur 278 · West, « Anti-juities of Furness · texte numérisé non relu

West, « Anti-juities of Furness

telligences. Nous pensons vraiment que vous découvrirez ainsi des détails qui mettront en lumière quantité de choses encore ignorées. Et nous désirons qu'après un interrogatoire plus étendu, vous arrêtiez le susdit abbé et ceux de ses moines que vous soupçonnerez de nous avoir offensé, et que vous les laissiez en prison jusqu'à ce qu'après nous avoir signifié les nouvelles découvertes que vous devrez à votre adresse^ vous soyez informé de notre bon plaisir (1). »

En réponse à cette communication, Sussex écrivit, le 6 avril, qu'il en avait, au cours de l'interrogatoire, agi à l'égard du « susdit abbé et de ses frères de telle sorte... qu'il était impossible d'en rien obtenir de plus. Nous avons expédié en prison et sous bonne garde, dans votre château de Lancaster, deux des moines en question (2), les seuls que nous ayons trouvés coupables. » Ainsi, comme il n'était pas vraisemblable que l'on relevât, à la charge de l'abbé et de ses moines, « aucune offense grave, commise après le pardon et de laquelle on pourrait tirer parti », le comte exposait au roi le plan qu'il avait conçu pour l'accaparement des riches propriétés de l'abbaye. « Moi, susdit comte, dit-il, méditant en moi-même et me demandant, si tel moyen échouait, quel autre servirait à nous débarrasser des moines de la susdite abbaye, et comment, en conséquence, celle-ci pourrait être mise à la disposition de Votre Majesté, j'envoyai chercher ledit abbé à Whalley et, après l'avoir interrogé et avoir compris que je ne parviendrais point à en apprendre davantage, moi, ledit comte, sur l'avis d'une personne de

i. Papiers d'État, I, 541.

2. L'un de ceux-ci devait être Henri Sawley, car son nom ne figure pas sur Vacte d'abandon.

votre Conseil, résolus de le tâter, comme si j'agissais de mon propre chef, pour voir s'il consentirait à donner, abandonner et céder ledit monastère à vos héritiers et ayants cause (1). »

Instruit du sort des abbés ses frères, et tandis que les corps de l'abbé Paslew et de ses compagnons se balançaient sans doute encore à la porte de Whalley où eut lieu son interrogatoire, il n'est guère surprenant que le supérieur de Furness se soit laissé convaincre par le comte de Sussex. Il fallait mourir ou se rendre. Dans l'un ou l'autre cas, le roi se saisirait des biens tant convoités et, comme le disait si clairement Sussex, on serait « débarrassé des moines de l'abbaye » et celle-ci serait « à la disposition de Sa Majesté ». L'abbé prit le parti que lui conseilla la faiblesse de la nature humaine. Il acheta la vie au prix de son honneur et de son monastère. Le 5 avril 1537, en présence de Sussex et d'autres personnes, il signa un acte par lequel il abandonnait sa maison au roi, à cause du « désordre et de la conduite perverse des frères de ladite abbaye tant envers Dieu qu'envers notre prince » (2). « Nous ne doutons point, continue le comte, que nous et lui n'obtenions que les moines ratifient cette donation sous le sceau du couvent, comme nous l'exigerons. »

Le document ne fut pas plutôt signé par l'abbé de Furness que l'on dépêcha de Whalley trois chevaliers à l'effet de « prendre en main la direction et le gouvernement de ladite abbaye pour le compte de Sa Majesté, et de veiller à ce que religieux et serviteurs fussent maintenus dans l'ordre et ne pussent rien

i. West, « Antiq. of Furness », p. 166. 2. Wright, p. 153.

détourner ». Sussex était évidemment enchanté de ces résultats : il informa le roi que Fitzherbert, auquel il communiqua ses plans, « les trouvait fort à son goût et déclarait qu'à son avis^ c'était le moyen le plus commode pour amener le monastère entre les mains de Votre Majesté, et que maintenant on pouvait les évincer ». Fitzherbert rédigea l'acte d'abandon qui n'attendait plus que la signature des moines, que le comte se proposait de demander peu de jours après (1).

Donc, le lundi suivant, 9 avril, les commissaires vinrent avec l'abbé. L'acte préparé par Antoine Fitzherbert ayant été lu, dans la salle du chapitre, à la communauté réunie, celle-ci adopta le seul parti qui lui restât à prendre et ratifia la décision de son abbé. Trente moines, sur les trente-trois qui, d'après Sussex, formaient la communauté, signèrent la cession de leurs droits. Deux étaient en prison. Un seul, selon toute apparence, n'apposa pas son nom sur ce document (2).

11 ne paraît pas qu'aucun des religieux reçût une pension en retour de l'abandon d'un monastère qui rapportait, tous frais payés, plus de 800 livres par an. Ils n'eurent pour toute ressource, en entrant dans le monde, qu'une quarantaine de shillings chacun, à l'exception de trois sur les trente et un, « qui, étant malades et impotents », en obtinrent soixante (3). L'abbé Roger fut pourvu l'année suivante : le roi lui accorda pour la vie les profits de la cure de Dalton, alors évalués à 33 livres 6 shillings 8 pence par

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