Rec. office. Corresp. de Crumwell, VIII, l
engins nécessaires pour ce travail : — 70 livres 4 shillings 9 pence (1). »
Ici, comme ailleurs, ce furent les pauvres qui pâtirent surtout de la suppression de l'abbaye. De temps immémorial, on leur avait distribué, le jeudi saint, de larges aumônes à la porte du monastère, tandis qu'une centaine de jeunes garçons pauvres, réunis dans le cloître, recevaient chacun une somme égale à plus d'un shilling de notre argent. Tous les ans, à la fête de saint Crispin, on donnait cinq bœufs aux indigents du voisinage, selon le désir du fondateur, et on recommandait à leurs prières l'âme de ce dernier. « Chaque semaine, huit veuves » prenaient leur pain et leur bière à la cuisine de l'abbaye, et, depuis le jour de la fondation jusqu'à celui de la dissolution, trente pauvres furent constamment entretenus par les religieux. Ainsi, les aumônes régulières seules, desquelles les moines de Furness étaient dépositaires, atteignaient annuellement le chiffre d'environ 500 livres de notre monnaie (2). Il est facile d'apprécier la grandeur d'une pareille perte pour les pauvres du voisinage, même si l'on ne tient pas compte d'une foule d'autres services que les frères leur rendaient sans y être rigoureusement tenus. L'argent destiné par les bienfaiteurs à fournir du pain et des aumônes aux nécessiteux du district leur fut enlevé pour jamais et tomba dans la bourse du roi ou dans la poche de ses courtisans. Les treize malheureuses gens qui vivaient de la charité du monastère se virent gratifiés, par la générosité des commissaires royaux, d'un marc chacun quand on les chassa de leur ancienne demeure et qu'ils entrèrent
i. « Exchequer Aujmenla'ion office », ut supra. 2. « Valor EccJesiasticus », V, 270.
dans le monde pour y mendier leur pain (1). On jugera aussi de ce que la nation en général perdit à la destruction de cette abbaye par ce fait qu'à la bataille de Flodden-fîeld, Furness fournit, dit-on, un contingent de quatre cents cavaliers et de huit cents fantassins (2).
Une autre importante maison de Cisterciens, proche voisine de Furness, succomba de même et se rendit à Henri VIII. L'abbàye de Holm Caltram était située sur la baie de Morecambe, et le regard s'étendait, au delà du golfe de Solway, jusqu'en Ecosse. A l'époque de la dissolution, elle possédait un revenu de 535 livres 3 shillings 7 pence. C'était une fondation royale : elle servait une pension annuelle aux prêtres qui, dans l'église, disaient une messe quotidienne, à « l'autel de Jésus », pour le repos de l'âme d'Henri II et pour la prospérité d'Henri VIII. Chaque année, le jeudi saint^ on distribuait des aumônes d'une valeur égale à plus de 30 livres de notre argent aux « jeunes garçons élevés à l'intérieur du cloître » et « aux pauvres à la porte de l'abbaye », afin qu'ils se souvinssent de prier pour le roi, et cinq personnes nécessiteuses étaient nourries et logées dans le monastère à cette même intention. C'étaient aussi les religieux qui subvenaient aux frais d'entretien des digues et des murailles qui seules empêchaient les eaux du golfe de Solway de dévaster le pays environnant (3). A l'époque où Layton et Legh vinrent visiter les monastères du Nord, au début de l'année 1536, les fonctions d'abbé étaient remplies par Thomas Carter,et sa communauté se com-