‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 114 sur 288 · Calendar », VII, 622, 7 mai · texte numérisé non relu

Calendar », VII, 622, 7 mai

Les visiteurs recoururent alors à un autre stratagème. Après échange d'observations, ils persuadèrent enfin à la communauté de s'en remettre, pour le règlement de l'affaire, à la sage décision de quatre membres pris parmi les anciens, « autrement appelés frères discrets », qui devaient être pleinement autorisés à agir en leur nom. Après avoir réussi de ce côté, les commissaires décidèrent que les quatre religieux à qui la communauté confiait le soin de son honneur et de sa conscience les viendraient trouver au monastère des Observantins de Greenwich et apporteraient avec eux le sceau du couvent, à la date du lundi 17 juin. « Et ainsi fut fait. » Les deux commissaires, Lee et Bedyll, arrivèrent à Greenwich fiers du succès de diplomatie remporté à Richmond. Ils se berçaient de l'espoir de pousser, ici encore, les frères dans le môme piège. S'ils se montraient dociles et soumettaient la question au jugement de quelques religieux, le profit serait double. On éviterait par là « les paroles superflues et les vaines discussions » ; puis, au cas où les « frères discrets » que l'on choisirait refuseraient d'acquiescer aux articles proposés, « il serait plus aisé de faire violence à un petit nombre qu'à une multitude ». Ce plan if aboutit pas, car leurs conseils furent repoussés. Les Observantins de Greenwich refusèrent positivement de remettre une question de ce genre à la décision de quelques délégués : « Comme elle concernait, dirent-ils, l'âme de chacun en particulier, chacun voulait répondre pour lui seul. »

Les commissaires furent donc obligés de discuter l'affaire en public. Après de longs débats, et après que chaque religieux eut été interrogé sur le poinl de savoir s'il voulait accéder aux désirs du roi, on s'aper-

çut que tous, du premier jusqu'au dernier, refusaient énergiquement de souscrire au rejet de l'autorité et de la juridiction papales. Les frères déclarèrent que l'article proposé était « nettement contraire à leurs vœux et a la règle de saint François» (1). Ce fut tout à fait en vain que Bedyll et l'évêque tentèrent ingénieusement de tourner cette objection. Ils arguèrent que saint François avait créé cette règle pour l'Italie et que, naturellement, les religieux italiens étaient soumis à l'autorité du pape, « comme tous moines non dispensés sont soumis à l'évêque de Cantorbéry », mais qu'une pareille clause ne pouvait s'appliquer à l'Angleterre. En second lieu, ils affirmèrent gravement aux frères qu'à leur avis, le chapitre de la règle qu'ils citaient était l'œuvre d'un faussaire ; et enfin, que ni le pape, ni saint François, ni leurs règles, vœux, serments ou professions de foi « ne pouvaient les délier en rien du devoir d'obéissance au roi que leur commandait la loi de Dieu ».

Sur ce dernier point, les visiteurs s'étendirent avec éloquence et avec beaucoup de savoir, à ce qu'ils pensaient du moins. Mais, en fin de compte, ils perdirent leur temps. Ils s'en plaignent à Grumwell : « Tous ces arguments ne purent pénétrer dans leurs cerveaux obstinés et pétris d'une longue obéissance au pape. » Ils firent cependant un dernier effort pour vaincre cette résistance. Ils représentèrent que les deuxarche-

1. Les paroles de la règle que le3 frères indiquèrent à Lee sont cellesci : « Ad haec per obedientiam injungo ministris ut pétant a domino Papa unum de Sanctae Romanse Ecclesiae Cardinalibus, qui sit gubernator, protector et corrector istius fraternitatis, ut semper subditi et subjccti pedibus sanctse Ecclesise ejusdem stabiles in fide Catholica paupertatem et humilitatem el secundum Evangelium Domini nostri Jesu Ghristi, quod firmiter promisiraus, observemus. »

vêques et presque tous les évoques du pays, ainsi que des prélats et de savants prêtres, avaient souscrit à la déclaration où il était stipulé que le pape ne tenait des saintes Ecritures (ex sciais literis) nulle autorité en Angleterre. Ils prétendirent que c'était de leur part pure présomption de persister dans un refus équivalait virtuellement à une condamnation de la conduite qu'avaient tenue tant d'ecclésiastiques vertueux et instruits. Sans aucun doute, cet argument pernicieux avait été employé avec succès pour conquérir l'adhésion de beaucoup de religieux qui ne laissaient point, au fond du cœur, de condamner la doctrine de la suprématie royale comme contraire aux enseignements de la foi catholique : mais il échoua auprès des Observantins, comme il échoua plus tard auprès de More et de Fisher. En eiïct, comme l'écrivirent les visiteurs déçus à leur maître, « malgré tout cela, leur conclusion fut qu'ils avaient embrassé la règle de saint François, et qu'ils vivraient et mourraient dans l'observation de cette règle. Nous sommes fâchés, disent-ils en terminant, de ne pouvoir les amener à de meilleures dispositions sous ce rapport, comme notre dévouement se le proposait, pour exécuter le bon plaisir du roi (1). »

Henri VIII, voyant ses plans déjoués, résolut de frapper vite et fort. Il n'y avait encore pas de loi qui pûl faire sentir le poids de son royal déplaisir à ces frères hardis et intraitables, qui portaient un défi à ses volontés. On n'avait pas encore émis la théorie de la trahison verbale, par laquelle les courageux Franciscains devaient tomber sous le coup des lois les plus

\. Wright, « Suppression of Moauteriei », p. 41- H.

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sévères. Impossible, donc, de les soumettre aux affreuses souffrances et au martyre dont les Chartreux furent peu après récompensés pour un refus identique. Et puis, ce refus de souscrire aux articles proposés — même au nom du roi — n'avait en soi rien d'illégal. La suppression de l'ordre tout entier des Observantins n'en suivit pas moins, au bout de quelque temps, leur refus catégorique de se laisser enchaîner par les articles de Lee et de Bedyll. « En l'espace de quelques jours, dit l'écrivain qui fait autorité pour l'histoire de cette époque, deux charrettes pleines de religieux furent vues qui se dirigeaient par la ville vers la Tour (1). » C'étaient les intrépides Observantins de l'ordre de Saint-François. Vers le commencement d'août, Chapuys écrit à son maître pour lui dire, que, « des sept (2) couvents d'Observantins, quatre ont déjà été évacués, parce que les frères n'ont point voulu jurer d'observer les statuts hostiles au pape. Ceux des trois autres maisons s'attendent à être expulsés (3). » Leur attente ne fut pas déçue -.trois semaines plus tard, l'ambassadeur de l'Empire écrivit de nouveau que « tous les Observantins du royaume avaient été chassés pour avoir refusé de prêter serment contre le Saint-Siège, et avaient été disséminés dans différents monastères, où ils étaient enfermés, chargés de chaînes et plus maltraités qu'en prison ».

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